Tlemcen - M'hamed Ben Rahal

Si M'hamed BEN RAHAL a été le premier Algérien à obtenir le. Baccalauréat en Algérie en 1874.



Si M'hamed BEN RAHAL a été le premier Algérien à obtenir le. Baccalauréat en Algérie en 1874.
M'hamed Ben Rahal, entre modernité et tradition :
M’hamed ben Rahal (1858-1928) appartient à une famille qui traverse l’histoire de l’Algérie coloniale : son père Hamza a été nommé cadi de Nédroma, médina historique de l’Ouest algérien, par l’émir Abdelkader et agha de Nédroma et des Traras par les autorités coloniales. En 1962, le fils de son neveu Tahar, Abdellatif Rahal, est le premier ambassadeur à Paris de l’Algérie indépendante et son représentant à l’ONU en 1971.
Engagement politique et soufisme
Né à Nédroma le 16 mai 1858, M’hamed Ben Rahal suit les cours de l'école franco-arabe ouverte dans la ville depuis 1865, et poursuit ses études au collège impérial d'Alger jusqu'en 1874. Il commence une carrière militaire, mais dès 1876 il est nommé khalifa d'agha (« vice-agha »), et, en 1878, il succède à son père comme caïd de Nédroma. Cette même année il se rend à Paris avec une délégation de personnalités algériennes invitées à visiter l'Exposition universelle. Sa démission de la charge de caïd en 1884 est certainement liée à la dévalorisation de cette charge, à la suite de l'arrivée en 1880 du premier administrateur de la commune mixte de Nédroma. En 1894, il lance une pétition pour la réorganisation des médersas. En 1896 on le voit polémiquer avec le secrétaire du groupe colonial à la Chambre. Il fait un voyage à Gibraltar, Tanger et Melilla. L'année suivante, il participe à Paris au congrès des orientalistes, et y prononce une conférence remarquée sur "l'avenir de l'Islam". L'année 1900 inaugure un tournant dans sa vie. Probablement déçu par le peu d'écho que trouvent ses propositions auprès des autorités françaises, voire de ses pairs de l'élite algérienne, il se retire dans sa ville natale et s'adonne au mysticisme (soufisme) pratiqué dans les confréries. Il choisit la confrérie des Darqawa, la relance, et tente probablement d'unifier les autres confréries, tentative qui ne réussira pas. Il n'est pourtant pas oublié : en avril 1903, lors de la visite en Algérie du président Loubet, c'est lui qui est chargé à Tlemcen du discours de réception et il lui expose avec sa franchise habituelle les revendications des musulmans : refus de l'assimilation et demande d'une représentation politique. En 1908, il rédige un mémoire contre la conscription prévue par le décret du député Adolphe Messimy, et il se rend à Paris pour défendre sans succès cette position à la tête d'une délégation qui sera reçue par le président de la République.
En 1913 il est élu conseiller général de Nédroma, mais c'est en 1919 qu'il reprend une activité politique intensive en étant élu délégué financier. Il lutte en vain contre le rétablissement du régime de l'indigénat et fait dans ce but un nouveau voyage à Paris en 1920 avec l'émir Khaled. En 1923, il est invité au Maroc par Lyautey, désireux de montrer aux Marocains une « réalisation française », et il donne une conférence à l'Université Qarawiyine de Fès. En 1925, il est réélu conseiller général, mais battu aux élections des Délégations financières. Il en ressent une grande amertume dont témoigne sa lettre d’adieu à se coreligionnaires du 14 décembre 1925. Le 6 octobre 1928, à soixante-dix ans, il meurt à Nédroma.
Son combat pour l’éducation
A l’instar de son contemporain Mohamed Ben Mouhoub à Constantine, M'hamed Ben Rahal pense que l'ignorance est la cause principale de la décadence de l'Algérie. Il a sans doute à cette époque en mémoire la situation d'avant 1830, une époque où les fondations habous permettaient l'existence de nombreuses écoles coraniques et d'instituts. Il pense en priorité à l'enseignement de la langue arabe. Certes il existe des écoles coraniques, mais leur niveau lui fait dire : "Pauvre enseignement! Pauvres moyens ! Pitoyable spectacle !". Dans le mémoire qu'il lit devant la « commission des XVIII » (constituée en mars 1891 par le Sénat français pour enquêter sur la situation en Algérie), il demande qu'on triple le nombre des élèves, qu'on double celui des professeurs musulmans, qu'on assure cinq ans de scolarité, suivis d'en enseignement supérieur. Il veut faire de l'université d'Alger la rivale d'Al-Azhar du Caire ou de la Zitouna de Tunis, lui donner une place parmi les grandes universités islamiques.
En même temps, il revendique pour les Algériens, comme ouverture à la « civilisation », cet accès à l’école française dont il avait bénéficié lui-même à l’école franco-arabe de Nédroma et au collège impérial d’Alger ; or cet accès leur était massivement refusé par les colons et les autorités coloniales. Etant lui-même ce qu’on nomme aujourd’hui un « parfait bilingue », il en apprécie les avantages. On ne trouve donc pas dans ses écrits de critique contre l’enseignement français, alors qu’il est conscient des craintes que celui-ci peut inspirer aux musulmans : "L'Arabe peut subir l'instruction mais ne la demande pas, car il y voit une sorte de piège en vue de lui ravir sa nationalité et sa religion", précisant par ailleurs que "rien ne tient plus au cœur du musulman que la langue qu'il suce avec le lait, celle dans laquelle il lit le Livre Saint et invoque Dieu".
Dans sa lutte pour le développement de l'instruction, M'hamed vise un double objectif. A travers la langue française, il veut que des Algériens puissent prendre pied dans le système moderne introduit par la colonisation, comme il avait pu le faire lui-même. A travers la langue arabe, il vise la consolidation de la personnalité algérienne, mais aussi, comme le feront plus tard les réformistes à la suite de cheikh Abduh, une lutte contre les superstitions au bénéfice d'une religion reposant sur des fondements rationnels.
Reconnaître l'Islam en Algérie
M'hamed Ben Rahal est persuadé que le renouveau de sa société passe par la renaissance de l'islam. Dans une première phase de sa carrière, il semble espérer faire comprendre, sinon aux colons, du moins aux milieux éclairés de Paris, que l'intérêt bien compris de la France serait de favoriser l'islam et non de le combattre. Il parle du "libéralisme un peu vague et surtout platonique du Français de France, suffisant cependant pour entretenir l'espérance des musulmans et leur permettre de garder foi en des jours meilleurs". En 1897, il déclare : " Quand on rêve de s'annexer la moitié d'un continent, réduire l'indigène à la misère, même par la voie légale, n'est pas une politique ; le charger de tous les crimes n'est ni une justification ni une solution. Nous sommes de ceux qui croient qu'il n'est pas difficile de faire mieux. Mais il faut se hâter si l'on ne veut pas que toute réconciliation devienne impossible. Le XX° siècle verra nécessairement une politique franco-musulmane mieux appropriée ou une catastrophe. Si l'islam occidental africain ne se civilise pas par la France et pour la France, il se civilisera malgré elle et contre elle". Il ajoute ce constat : « La note dominante de sentiments du monde civilisé envers l’islam est l’hostilité…Mais ces menées ténébreuse n’auront pas l’effet qu’il en attend et c’est sous le canon de la chrétienté que se fera la renaissance de l’islam » déclare-t-il à Paris en 1897, dans une communication sur l’avenir de l’islam, au congrès des orientalistes.
M’hamed Ben Rahal n’était ni nationaliste ni panislamiste. Il avait pris pied dans la culture française tout en restant profondément enraciné dans sa culture arabe et musulmane. Son ambition était de reconstruire une société algérienne blessée sur la base des apports symbolisés par les langues arabe et française : l’islam comme enracinement identitaire, le savoir comme ouverture à la modernité. Deux apports qu’il jugeait indissociables. Sa position se heurta à la fois au mépris colonial et au traditionalisme religieux. La synthèse qu’il réussit à titre personnel, comme d’autres Algériens, demeure une référence dont l’actualité continue de s’imposer.
Pour en savoir plus
M’hamed Ben RAHAL, « L’avenir de l’Islam », conférence au Congrès des orientalistes, Paris, 1987, Revue des questions diplomatiques et coloniales, Paris, 1° novembre 1901.
Gilbert GRANDGUILLAUME, Nédroma, l’évolution d’une médina , Brill, Leiden, 1976.



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