Tlemcen

Samir dans la poussière et 600 euros se parlent



Samir dans la poussière et 600 euros se parlent
Le programme de la deuxième journée des 14es Rencontres cinématographiques de Béjaïa a commencé avec un documentaire qui a dialogué avec le long métrage de la soirée.S amir dans la poussière, de Mohamed Ouzine, a été projeté pour la première fois en Algérie. Le réalisateur a posé sa caméra sur son neveu, un trentenaire algérien, dans un village perdu de Tlemcen, aux frontières avec le Maroc, qui vit de la contrebande de mazout et dans des tribulations et aspirations. Samir est un personnage solitaire, calme mais anxieux, que la vie ne semble pas avoir gâté dans ces montagnes oubliées.Le film dresse son portrait et lui ouvre un large espace d'épanchement saupoudré d'une fine couche de poésie. Samir aspire à une meilleure vie et à un travail stable qui puisse lui garantir un avenir digne de ses ambitions. «En France ou ailleurs» dit-il, à un moment de ses confidences. Marco Calderone (joué par Adlène Chennine), le personnage de 600 euros, le long métrage de Adnane Tragha, vit justement en France. Une vie beaucoup moins calme que celle de Samir, le contrebandier.Chanteur de bistrot occasionnel et surtout malchanceux, son ambition est contrariée par le manque de sous. Tout son malheur vient de la somme de 600 euros, une dette qui le met dans la tourmente. La jeune Leila (Liza Cavazini) qui vient habiter avec lui en sous-location les lui procure comme avance exigée de trois mois de loyer. Mais, aussitôt il les perd dans un jeu et replonge dans les soucis financiers, au moment où sa mère le croit grand chanteur vivant de ses spectacles.Il est un chômeur menacé de devenir paria dans une France qui ne le secourt pas. Marco et Leila sont deux personnages que la politique sépare. Le premier, qui n'a cure des politicards, est un abstentionniste qui ne croit pas à l'acte de vote, alors que le second personnage est pleinement engagé derrière le candidat socialiste à la présidentielle française : François Hollande. Moussa, un personnage de peau noire, s'implique, quant à lui, dans la campagne du candidat Mélenchon. Trois personnages issus de l'immigration dont le rapport à l'acte politique différent, mais dont celui de Moussa est le plus absurde parce que Moussa, étranger, n'a pas le droit? de voter.Marco est expulsé de son appartement le 6 mai 2012, le jour même de la proclamation des résultats de la présidentielle française qui consacre Hollande grand gagnant du scrutin, coiffant au poteau Sarkozy. La liesse qui éclate place de la Bastille engage Leila à aller festoyer contre la défaite de Sarko, mais reste inquiète de la montée du FN. Marco, lui, est au bord du gouffre. Le succès de Hollande ne change rien à sa situation. Leila ne répond pas à ses appels téléphoniques.Au bout du rouleau, il se soûle à la vodka et entreprend de s'immoler. Il s'asperge d'essence, allume son briquet et?le générique du film entrecoupe la fin de l'histoire où un téléphone a finit par sonner. Marco s'est-il immolé en plein Paris qui se soûle de joie pour Hollande ' Ses tentatives désespérées d'exister ont fini par une ultime tentative qui est celle de se mettre «dans la lumière», comme l'explique l'acteur Adlène Chennine, originaire de Béjaïa et formateur d'improvisation théâtrale en France. «Oui on s'immole aussi en France» dit-il, comme pour répondre au personnage de Samir dans la poussière.Un dialogue à distance et avec un personnage d'écran. Entre ces deux films ont été projetés aussi un court métrage de Yassine Qnia, F-430, qui a pour personnages de jeunes «beurs» vivant de voleries, et un long métrage de Michel Zango du Burkina Faso, La sirène de Faso Fani, qui retrace l'histoire des pagnes du pays. Au programme d'aujourd'hui, les RCB, qu'organise l'association Project'heurts, continuent avec deux reportages libanais, Géographies (14h30) et Des hommes debout (17h), et deux courts métrages français, Jungle (17h) et Ennemis intérieurs (20h). La soirée se terminera avec Le chant des hommes, un long métrage franco-belge.
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