Les confessions d?un ancien opposant condamné à la peine capitale
« Certes, j?avais une grande relation avec cette formation islamiste, mais je n? étais pour rien dans les troubles qui se produisaient sur la région de la bande frontalière ». Mehdi a été mis dans la malle d?un véhicule banalisé, les mains menottées dans le dos et emmené à Oran. De Magenta, le quartier de la sécurité militaire, on m?a présenté au tribunal militaire avec un autre, un certain Miloud. Nous avions bénéficié de la liberté mais, un officier de la DRS m?avait conseillé de quitter le pays, si je ne voulais pas risquer ma peau. » Un conseil qui n?était pas tombé dans l?oreille d?un sourd. Mehdi, sans crier gare, reprend la route. Il repart en France en passant par le Maroc. Toujours clandestinement. « En 1986 à Paris, j?ai rencontré les militants du RPN, le parti de feu Boudiaf. Ils connaissaient mon passé. Je me réunissais avec eux. Un de leurs responsables, un certain Ammar, m?a proposé d?installer une cellule clandestine de leur parti dans l?Ouest algérien. Ma hiérarchie au MDA, à son tour, a insisté pour que j?aide le groupe de Boudiaf et de me rendre à Kenitra pour rencontrer le leader. J?ai refusé pour des raisons personnelles que je préfère ne pas révéler. » La suspicion et la méfiance commencent à naître chez Mehdi lorsqu?il fait connaissance de Simon et Raphaël, deux Israéliens présentés comme deux hommes d?affaires mais qui, en réalité, étaient deux grands trafiquants d?or et de devises. « On s?était réunis dans un hôtel du 18e arrondissement, appartenant à un certain D. J?étais abasourdi par la teneur de leurs discours anti-arabe. Un révolutionnaire algérien du nom de Brahim K., un Ben belliste pur et dur, un certain M. et Ammar du RPN assistaient également avec nous. Un jour, Simon appela le leader de ce parti clandestin à Kenitra et lui conseilla de caner sa garde. Raphaël, qui avait aussi une clinique à Casablanca comme couverture, intervenait dans nos réunions pour ?uvrer dans le but de « décimer » le sens de l?orgueil et l?esprit arabo-islamique des Algériens? ». A ce sujet précis, nos avons contacté Mohamed B. commerçant dans la région de Tlemcen, qui a témoigné ouvertement « Je connais Simon et Raphaël pour les avoir vus dans notre région de Sebdou avec de grands éleveurs d?ovins, trafiquants de bétail. Ici, tout le monde sait que notre cheptel est destiné à ces deux personnages, de l?autre côté de la frontière. Je suis prêt à témoigner devant n?importe quelle juridiction. Je suis menacé par les mafieux, complices de ces trafiquants étrangers parce qu?ils savent que je suis en possession de ces informations. C?est pour cela que je n?ai pas de domicile fixe. » A une certaine époque, avant qu?il ne disparaisse, notre interlocuteur nous avait montré les correspondances qu?il avait transmis aux autorités civiles et militaires pour dénoncer ce grand trafic. « Je n?irai pas à Kenitra, Mehdi renchérit « J?étais effaré et je me sentais davantage en danger au sein d?opposants qui avaient des idées nihilistes. Je me demandais, si j?étais avec des opposants algériens en Europe ou dans un nid d?espions. Dans nos conciliabules, j?ai connu aussi des francs-maçons, à leur tête Simon et l?avocat Antoine L., fervent défenseur des opposants algériens connus pour leur haine au pays. J?ai eu, également, l?honneur de faire connaissance avec Abdelouahab B. opposant algérien, qui avait porté plainte contre un haut responsable de l?Etat de l?époque pour tortures. Abdelouahab avait été menacé, on lui avait proposé une forte somme d?argent en francs français pour retirer sa plainte. Il avait refusé. » Impliqué jusq?à l?os contre le régime algérien de l?époque, Mehdi était dans l?expectative « J?étais condamné dans mon pays et en danger en Europe » L?ancien jeune pêcheur, qui évitait les requins de la mer au large de Ghazaouet, se retrouve entouré d?autres requins nageant dans les eaux troubles de la politique, de l?espionnage et du trafic en tout genre. « A Paris, au crépuscule de mai 1994, j?étais responsable d?une association islamique. Les services de police me menaient la vie dure. Je recevais convocation sur convocation. Un jour, ils ont été clairs en me proposant de collaborer avec eux. Ma réponse était simple et expéditive : mon père n?était pas un harki, son fils ne le sera jamais. » Entre-temps, il sera entendu par l?adjoint du patron de la DST à la Cité, au bureau 432, 4e étage. « Ils sont revenus à la charge : ma collaboration avec les services de renseignements contre des privilèges. » Il sera arrêté un mois plus tard à Perpignan et ramené à Villacoublay en bimoteur. « Par la suite, j?ai été interrogé par le juge Bruguière, puis Ricard avant d?être mis sous mandat de dépôt à la Santé, puis à Fresnes pendant quatre ans ». Dans ces prisons, il fera connaissance avec Carlos, les membres d?Action directe, ceux de l?ETA et les opposants corses. Il purgera cinq années pour association de malfaiteurs? Mehdi affirme, aujourd?hui, avec un sourire amer qu?il est à la retraite. Il veut être réhabilité. Il ne craint plus les requins mais, la mer ne lui inspire plus confiance. Mais quelle mer ? Et qui est Mehdi K. d?abord ? Fin
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Chahredine Berriah
Source : www.elwatan.com