
"Tout me touche, rien ne m'atteint", aurait dit Abdou avec Sénèque. Il a été touché mille fois, mille fois il a vacillé. Mille fois, il n'est pas tombé. On lui a exproprié ses terrains de Tlemcen, sa station d'essence, il était riche, il est reste riche, mais avec une autre richesse : celle de la bonté. Il a perdu des milliards, il a dû recommencer à zéro dans la dignité et l'honneur. Il n'a plus le train fastueux qui était le sien.Mais il a toujours le maintien droit et la tête haute. Et toujours hospitalier. Il a une pomme, il la divise en quatre. Un 'uf, il vous l'offre. Un livre, il vous oblige, oui messieurs, il vous somme de le prendre. Justement je l'ai connu il y a déjà quelques années grâce aux livres. En fait à un livre que je préparais : Comme des ombres furtives, publié en 2004 chez Casbah. J'avais besoin de quelques éléments biographiques sur un certain nombre de personnalités dont je faisais le portrait. Premier réflexe : faire des recherches sur Internet. Je l'ai fait. Pour certains, des infos à profusion. Pour d'autres, illustres inconnus qui ont eu leur quart d'heure de célébrité, rien. Comment faire ' Un ami, le très sémillant Haffaf Faycal, si je ne m'abuse, me fait rencontrer Abdou : "C'est une banque de données incroyable", me dit-il, "Tu trouveras tout ce qui te manque".
Je rencontre alors un homme élégant, aimable en dépit des avanies que j'apprendrai plus tard. Mais ce qui me surprendra, c'est surtout son sourire. Il souriait tout le temps comme s'il était touché par la grâce. Je lui exposais mes recherches et mes manques, et ô surprise, il avait tout ce qui me faisait défaut. Je citais un nom au hasard, il me répondait : "J'ai sa fiche", un autre nom beaucoup moins connu, même réponse positive. J'apprendrai que votre serviteur a aussi sa fiche. Fichtre, fiché sans le savoir ! Et là, surprise, je trouve même un article de 1986 du journal Horizons sur ma biographie de Belloumi, un footballeur algérien. J'étais suivi à la trace avec une chemise portant mon nom. Il y avait une multitude d'autres chemises sur d'autres personnalités qui ont eu un jour ou l'autre les honneurs de la presse. Mais comment est-ce possible ' Abdou m'avouera qu'il est collectionneur. De collectionneur, il passera à archiviste. Et c'est à ce titre qu'il archivera tout ce qui compte, à ses yeux, en Algérie.
Ce qui lui vaudra les félicitations et la reconnaissance des plus hauts représentants de l'Etat ainsi que d'un certain nombre de personnalités contentes de retrouver un témoin qui garde leurs traces sans rien leur demander, car voilà, Abdou ne demande rien même s'il a été spolié. Si, il demande une seule chose : un peu de justice. Ce n'est pas par hasard qu'il a fait sienne cette citation de Willy Brandt, l'ex-chancelier allemand : "Celui qui laisse commettre une injustice ouvre la voie à d'autres injustices". Il parle en connaissance de cause...
H. G.
hagrine@gmail.com
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hamid GRINE
Source : www.liberte-algerie.com