
Le Pr Berrached a contribué à mettre sur pied le laboratoire de robotique de l'USTO dans les années 1980, à un moment où le concept de recherche n'était qu'à ses balbutiements. Aujourd'hui, il dirige ce même laboratoire qui est devenu un laboratoire des systèmes intelligents, car les choses ont évolué, y compris au niveau mondial. Il nous livre dans cet entretien les caractéristiques de cette entité et les enjeux auxquels elle fait face.Un laboratoire de recherche en robotique ou en systèmes intelligents, quelle est la différence 'Auparavant, c'était le laboratoire de robotique et cela depuis 1984. Nous l'avons mis en place avec une très forte présence de coopérants, notamment ceux des pays de l'Est. En 1986, il y avait des objectifs de recherche orientés vers la pédagogie, mais il y avait une stagnation, car ce n'était pas évident en matière de financements. A partir de 2000, on nous a demandé de nous mettre à jour par rapport au cahier des charges avec la refonte des laboratoires de recherche. Nous nous sommes donc inscrits depuis dans cette nouvelle logique et nous avons créé ce laboratoire de recherche en systèmes intelligents, qui est le prolongement du laboratoire de robotique.Les objectifs ont-ils changé 'C'est le monde qui a changé. Nous nous sommes adaptés aux exigences de la robotique, c'est-à-dire que nous avons essayé d'avoir un prolongement mécanique de tous les travaux que doivent effectuer les humains individuellement et collectivement pour répondre à des besoins parfois spécifiques, comme pour le cas des handicapés. Notre objectif consiste à réaliser des produits et essayer, dans la mesure du possible, de suivre le peloton de tête dans ce domaine de recherche, mais il s'agit aussi d'être visionnaire plutôt que de faire dans le suivisme. Il nous est arrivé d'être à contre-courant de ce qui se dit, c'est-à-dire que beaucoup de gens considéraient, et considèrent encore, que ce n'est pas évident de faire de la recherche en Algérie.Non ! Pour nous, la recherche, ce n'est pas de répondre à des besoins immédiats, mais plutôt à des besoins à venir. Je vous ai parlé de la robotique et beaucoup de gens pensaient qu'il n'était pas question de robotiser à tout bout de champ mais, puisque nous sommes importateurs d'équipements d'industrie manufacturière, nous leur avons expliqué que, de toutes façons, ces derniers allaient être robotisés.Dans ce cas, deux options se présentent : soit on se prépare à maîtriser ces équipements qui vont venir, soit on va continuer avec ce qu'on a, mais dans ce cas, le risque est de se retrouver éternellement à la traîne. Nous avons préféré nous inscrire dans une logique de prédiction et essayer d'imaginer ce que sera le monde dans 10 ou 20 ans.Quels sont vos projets 'Nous travaillons sur ce qu'on appelle les interfaces cerveau-machine. C'est une application qui permet, pour ne citer qu'un cas, à des handicapés moteurs de pouvoir maîtriser leur environnement et vivre normalement en développant un système de commande d'un fauteuil roulant mais qui, au lieu d'utiliser une touche par télécommande, va juste faire appel à son intention.On imagine pouvoir doter cette personne d'une instrumentation qui permet de saisir l'intention de commande (aller à gauche ou à droite, décrocher un téléphone, ouvrir une porte, etc.) directement à partir du cerveau avant de l'expédier via un équipement informatique et électronique vers la partie commande du fauteuil qui l'exécute. Nous avons des projets pour des choses beaucoup plus pratiques et qui permettraient de faire des économies énormes. Il s'agit de l'enseignement à distance, mais nous, ce qui nous intéresse, ce sont les travaux pratiques à distance. Voici un atelier flexible branché sur un réseau et un étudiant de Relizane ou de Tlemcen pourra le manipuler à distance. Cela permet de faire des économies dans la mesure où on ne sera plus obligés de doter tous les centres universitaires des mêmes équipements.On pourra alors diversifier les contenus et chaque centre mettra à disposition ses équipements au profit des chercheurs des autres régions. Nous avons développé une plateforme, il y a à peu près 6 ans, qui fonctionne en boucle, en réseau local. Nous sommes en train de développer une nouvelle plateforme avec une dimension supplémentaire que j'ai déjà présentée lors d'une rencontre euro-méditerranéenne. Le projet est à l'étude au niveau euro-méditerranéen.Nous travaillons aussi sur le pronostic industriel. Ce sont des plateformes qui permettent de prévoir à l'avance la durée de vie restante d'un équipement. Dans ce cas, l'application sert avant tout le domaine de l'économie. Vous avez une flotte de navires ou d'avions et vous voudriez savoir comment celle-ci va se comporter dans dix ou quinze ans.A partir d'outils intelligents, nous pouvons établir des prévisions sur le comportement à venir en utilisant les données actuelles. Nous travaillons également sur certains diagnostics médicaux, comme les arythmies cardiaques dont certaines posent problème du fait qu'un ECG de quelques minutes ne pourra pas les déceler. Il faut des enregistrements de très longue durée et c'est sur cette base qu'on va essayer de déceler des indicateurs de santé pour pouvoir intervenir. Nous travaillons également sur la connexion entre machines, une thèse qui va être soutenue sur ce sujet. Nous travaillons aussi et cela depuis 10 ans sur les SIG pour la gestion des réseaux routiers. Nous en sommes au 5e prototype qui intègre le réseau urbain.Etes-vous connectés avec le reste du monde 'Nous sommes dans un monde en perpétuelle évolution. Nos étudiants sont connectés, mais malheureusement nous ne pouvons pas travailler sur tous les sujets. Nous avons de très bons rapports avec nos partenaires qui nous font confiance, que ce soit au Japon, en Europe ou en France en particulier, mais, comme vous voyez, j'hésite à en parler, car personne ne vous fait de cadeau. Le deuxième postulat, c'est que nous sommes dans le domaine de la technologie et donc ce n'est plus de savoir ce dont il s'agit, mais de savoir-faire et pour maîtriser le savoir-faire, il faut justement «faire». Si vous ne mettez pas la main à la pâte, vous n'aurez pas de résultat.Il s'agit de «faire» quel que soit le niveau de maîtrise, car c'est toujours mieux qu'un maximum de savoir. Le savoir est maintenant plus ou moins à la disposition de tous, même s'il reste quelque peu sélectif, car ce ne sont pas tous les savoirs qui ont une valeur exploitable et ce n'est pas toujours disponible. En général, c'est de là que découle le mensonge de la Toile et nos dirigeants se trompent quand ils croient qu'il suffit d'acquérir un savoir pour avancer.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com