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Littérature Accéder à la citoyenneté des lettres



Littérature Accéder à la citoyenneté des lettres
Débat - May Telmissany est une romancière égyptienne, d'origine algérienne. Ses aïeuls qui ont quitté Tlemcen au cours de la seconde moitié du XIXe siècle pour fuir la colonisation, se sont installés en Egypte.Traductrice et critique de cinéma, elle enseigne le cinéma et les études arabes à l'université d'Ottawa, au Canada. Mais sa passion et sa vocation sont la littérature. Car, pour elle, l'écriture est, outre une prise de position, un acte de création.
«L'écriture, pour moi, est un acte de création», dit-elle. Et de nuancer : «Mais tout acte de création est une prise de position. Puisqu'elle est l'illustration d'une vision du monde. En écrivant, je me positionne par rapport au monde qui m'entoure, mais pas le monde que l'on définit en termes de nationalité et d'identité nationale ou culturelle, le monde dans sa complexité et sa multiplicité.»
Celle qui refuse le provincialisme et prêche la citoyenneté des lettres, déclare vouloir s'inscrire sur la scène internationale, donc adhérer au paysage universel.
«Je veux m'inscrire dans la citoyenneté des lettres, c'est-à-dire un monde qu'on s'est créé où on prétend être écrivains, donc on prétend appartenir à ce monde d'écrivains. Pour moi, ce monde d'écrivains est une nation qui traverse toutes les autres», explique-t-elle.
May Telmissany dit avoir un passeport égyptien, mais cela ne veut pas dire que son écriture soit égyptienne.
«Ce n'est pas parce que je suis Egyptienne que j'écris forcément sur l'Egypte. La génération d'écrivains à laquelle j'appartiens est celle issue des années 1990. Cette génération est considérée comme celle de l'écriture intimiste, une écriture qui veut aller contre les courants déjà établis par le roman traditionnel de Najib Mahfoud jusqu'aux écrivains des années 1980», souligne-t-elle. C'est ainsi que May Telmissany, qui écrit en arabe, mais dont les 'uvres sont traduites dans d'autres langues dont le français, se réclame d'une écriture intimiste, qui se penche plus sur des questions personnelles, autobiographiques.
«Cette écriture s'intéresse plus aux préoccupations psychologiques des personnages qu'aux problèmes sociaux», dit-elle. May Telmissany est une femme écrivaine, mais à aucun moment elle ne s'est réclamée écrivaine féministe. «On s'attend toujours, en tant que lecteurs de femme écrivaine, que celle-ci va parler de l'oppression de l'homme exercée sur la femme, alors que dans mes écrits je donne à voir autre chose, à savoir la répression que les femmes exercent sur les autres femmes, sujet qui, normalement, ne plaira pas aux féministes», explique-t-elle. May Telmissany, outre son éducation égyptienne, est de culture méditerranéenne, d'où la question : est-ce que l'identité de l'auteure s'inscrit dans l'identité méditerranéenne '«Moi, étant donné que je suis Egyptienne, l'identité méditerranéenne fait partie plus au moins de mes identités multiples», dit-elle, et d'étayer : «La Méditerranée, pour moi, est un mélange. C'est la mer entre deux terres.
C'est ce mélange de différentes cultures. Je la prends comme identité de façon très métaphorique : j'appartiens à l'identité égyptienne et à l'identité francophone, ces liens se tissent autour de la Méditerranée, ce sont des liens qui me définissent quelque part, mais je ne pense pas qu'il y ait une littérature dite méditerranéenne.» Ainsi, May Telmissany estime que tout ce qui a été écrit par les critiques sur le concept «identité méditerranéenne» ait été fait seulement pour susciter le débat. «Je n'aime pas me ranger sous ces catégories, à savoir ''écrivaine féminine'', ''écrivaine féministe'', ''écrivaine méditerranéenne''»... Je refuse qu'on me qualifie ainsi. Je refuse aussi qu'on me qualifie d'auteure égyptienne ou égypto-canadienne, puisque je suis également canadienne. Je rejette toutes ces appellations ou ces catégorisations identitaires qui s'imposent et excluent les autres.» Autrement dit, s'il y a un mot qui peut résumer tout cela en même temps, c'est juste et simplement celui d'auteur. «Et moi je suis fière d'être auteure», lance-t-elle. «Donc, cette identité dite méditerranéenne, on ne la retrouve pas dans mes romans», conclut-elle.
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