Créées dans le cadre des différents dispositifs d'emploi de jeunes, les micro-entreprises de conditionnement du ciment sont confrontées, depuis plusieurs mois, à l'éternel problème d'approvisionnement en matière première, le ciment en vrac, à partir de la cimenterie de Béni Saf, l'unique usine dans toute la région et qui couvre les besoins des wilayas de Tlemcen et de Aïn Témouchent.Et pour cause. La direction de cette cimenterie leur oppose une fin de non recevoir malgré la conformité de leurs dossiers et le dépôt d'un cautionnement de garantie de 50 millions de centimes auprès du service commercial, comme exigé. Ces jeunes, venus nous exposer le traquenard dans lequel ils se retrouvent, après avoir frappé vainement à toutes les portes, se disent «embourbés dans une situation catastrophique avec au bout la ruine et l'endettement».
Tout en soulignant qu'«après la galère bureaucratique de plus de deux années pour la finalisation de nos projets, vient aujourd'hui le traquenard de l'exploitation de nos entreprises et le remboursement des dettes bancaires». Au fil des jours et des mois, leurs rêves commencent à se dissiper et aucune lueur ne semble pointer à l'horizon pour exploiter le matériel et les équipements acquis chèrement et qui risquent la déperdition, car inexploités et exposés à l'érosion.
Nous avons décidé de les accompagner pour essayer de comprendre les raisons de ce blocage inexpliqué.
Inexpliqué, car il est bien spécifié dans l'article 22 du code des marchés de 2012 que les entreprises de jeunes doivent bénéficier d'un plan de charge de 20% des marchés publics des collectivités locales et des entreprises publiques. Une mesure incitatrice pour pousser les jeunes à créer des micro-entreprises.
Mais c'était peine perdue, car pour eux, la cimenterie de Béni Saf est devenue une forteresse infranchissable, y compris pour nous, la presse.A partir de sa lucarne, l'agent en faction nous a signifié sèchement et d'un ton autoritaire qu'«il était impossible d'entrer et qu'il fallait formuler une demande écrite et attendre que la réponse de la direction»
Nous avons alors compris le calvaire de ces jeunes et leur endurance. Ils n'ont toujours pas trouvé d'interlocuteur susceptible de les écouter et de leur fournir les explications nécessaires en vue d'une solution à leur problème qui perdure depuis plus d'une année.
La production passe de 1 million à 600 000 tonnes
Nullement découragés par les propos presque menaçants des vigiles, nous décidons d'attendre jusqu'à midi, heure à laquelle sortent les travailleurs pour la pause-repas. Loin des regards, nous accostons deux d'entre eux qui s'avèrent être des cadres et bien au fait de tout ce qui se passe dans cette cimenterie. «Depuis l'entrée dans le capital de la Société de ciment de Béni Saf (SCIBS), à hauteur de 35%, du groupe saoudien Pharaon, la gestion est entre les mains des étrangers qui font la pluie et le beau temps. Tous les cadres algériens sont devenus de simples exécutants sans aucun droit de regard. Même le syndicat a été réduit au silence.
Il ne défend ni les intérêts des travailleurs ni ceux de l'unité.» Et d'ajouter : «Le directeur, Ion Trotin, est un Roumain qui a été chassé par les travailleurs de la cimenterie de M'sila, et la direction commerciale est assurée par Hocine Mazhar, un Pakistanais et homme de main des Saoudiens, surnommé le «bon de ciment». Les deux cadres concluent avec sarcasme :
«Cette association n'a rien ramené à l'usine qui affichait une bonne santé financière. Bien au contraire, si avant on produisait 1 million de tonnes annuellement, actuellement, on n'en produit que 600 000.»
Poursuivant notre enquête, nous avons appris que c'est le même groupe qui a dilapidé huit navires de la Cnan par des procédés obscurs. Pire. D'après les révélations des cadres, «la diminution de la production est due à l'exportation illégale du Clinker, une matière première pour la production du ciment, chargée sur le navire le Blida intercepté par des pirates aux larges des côtes somaliennes.
Et de conclure : «Les Saoudiens finiront un jour par mettre la main sur l'usine.» Ils nous recommandent d'aller faire un tour du côté de l'entrée du service commercial pour comprendre «les dessous de la magouille et l'opacité avec laquelle est gérée l'usine».
Magouilles à tous les niveaux
Devant le portail de l'entrée du service commercial, à l'extrême nord de l'usine, une dizaine de voitures de luxe sont stationnées. A notre arrivée, leurs propriétaires nous ont proposé des bons de ciment de 20 tonnes négociables entre 22,5 et 26 millions de centimes.
On n'en revenait pas ! Cette pratique se fait au vu et au su de tout le monde sans que personne n'inquiète ces intermédiaires qui travaillent, selon les cadres de l'entreprise, avec la complicité des nouveaux patrons qui amassent ainsi des sommes colossales.
Initialement, le groupe Pharaon devait réaliser une usine de ciment blanc à Béni Saf pour un investissement de 360 millions de dollars et une production annuelle de 2 millions de tonnes. Ce projet étant tombé à l'eau, ils se sont rabattus sur la cimenterie de Béni Saf et devaient, par un contrat de management, augmenter la capacité de production de l'unité et la moderniser. Rien de tel n'a été fait à ce jour et le cahier des charges n'a jamais été respecté.Ainsi, les jeunes sont retournés bredouilles. De notre côté, cette visite nous a permis de découvrir comment des unités publiques ont été bradées à des étrangers, sans aucun suivi ni contrôle.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B S
Source : www.letempsdz.com