Des camions pour le transport scolaire à Remchi
Le problème lancinant du transport se pose toujours pour les élèves des bourgades éloignées de Remchi (Tlemcen) et pour qui les années se suivent et se ressemblent, certaines localités comme Sidi Chérif et El-Hadjera étant réduites à utiliser des… camions en guise de bus de ramassage scolaire. Ces moyens de transport d’un autre âge et qui ont pu passer les tests d’on ne sait quel centre de contrôle technique pour se faire homologuer, ont fait leur apparition, rappelle-t-on, il y a quelque trois décennies, voire au plus fort de la crise de transport vécue par les usagers de la wilaya. Ce moyen de locomotion devenu public, par la force des choses, s’est aussi vite généralisé dans les communes rurales que les fameux taxis-brousse en Afrique subsaharienne. C’est ainsi que des élèves des localités de Ouled Riah, Zenata, Aïn Youcef, Sebaâ Chioukh, El-Fehoul et d’autres petits patelins, ne trouvaient guère d’inconvénient à se rendre à leurs CEM ou lycées, à bord de ces étranges «camions bus», souvent dans des conditions rendues très difficiles en hiver. On se rappelle, que du temps de la «révolution agraire», certaines coopératives agricoles ont aménagé leurs remorques de tracteurs, spécialement couvertes et dotées de sièges collectifs, l’essentiel étant que leurs enfants arrivent à bon port et les pieds au sec…
Ce n’est, toutefois, pas encore le cas des enfants de Sidi-Chérif et d’El-Hadjera, entre autres ceux qui, à ce jour, ne sont pas arrivés à se débarrasser de ces véhicules bons pour la réforme. Il est vrai qu’à Sidi Chérif, les filles, favorisées comparativement aux garçons, peuvent rallier leurs établissements en prenant quotidiennement le bus, bien que celui-ci soit, parfois trop exigu pour les contenir toutes. Quant aux garçons, eux, ils continuent à se déplacer dans ces «camions cellulaires», fermés de tous les côtés et ne laissant que quelques petites ouvertures pour leur aération. Pire, la localité d’El-Hadjera ne sait pas encore ce que modernité veut dire, puisque le déplacement de ses élèves s’effectue toujours à bord d’un camion, où s’entassent tant mal que bien, filles et garçons. Certains de ces élèves, aujourd’hui lycéens, s’installent au même endroit peut-être, que leurs génitrices avaient occupé, il y a de cela 16 à 18 ans. Comme autrefois, ces camions sont assez souvent bondés, selon nos interlocuteurs, et cela, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires.
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Des conditions de transport exécrables
Interrogé sur les conditions de transport dans ce genre de camion, un élève nous dira: «Comme vous pouvez le constater, le camion n’offre aucun confort. Quand il fait chaud, nous suffoquons à cause du nombre et du peu d’aération et quand il pleut, nous pataugeons dans l’eau boueuse qui envahit notre camion tout délabré.» Et un autre d’ajouter: «Nous sommes les derniers à continuer à emprunter ces camions, alors que nos camarades des autres communes en ont fini avec depuis belle lurette. Nous demandons aux autorités de s’intéresser à notre situation et de faire ce qu’il faut pour nous permettre de nous déplacer dans des conditions décentes. Seul un minibus pourrait le faire». Les chauffeurs aguerris et qui affichent de 13 à 20 ans à leur compteur de conduite, ne sont pas non plus satisfaits de leurs conditions de travail. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, ils sont tenus de se présenter avec leurs engins, souvent de très bonne heure le matin. Du coup, les élèves qui sont débarqués le plus souvent, bien avant l’heure, devant leurs établissements, se pelotonnent comme ils peuvent dans un coin pour se mettre à l’abri, en période de froidure glaciale, en attendant l’ouverture des portails libérateurs, synonymes de chauffage en classe.
Les gros risques pris par les chauffeurs
Dans une assez longue intervention, l’un des chauffeurs de ces camions nous dira sur un ton blasé: «Nous effectuons notre travail dans des conditions très difficiles. Le nombre d’élèves dépassant largement les capacités des véhicules mis en service, nous éprouvons beaucoup de peine à les transporter tous. On est bien obligé de «charger» jusqu’à 40 enfants, alors qu’un minibus roule, parfois, avec à son bord jusqu’à 60 élèves. Nous savons que nous prenons d’énormes risques, en surchargeant nos véhicules, mais comment faire autrement? Faut-il fermer les portières, une fois le nombre règlementaire atteint et laisser les autres sur le bord de la route? Notre conscience ne nous le permet pas. Pourtant, nous avons patiemment attendu une amélioration de nos conditions de travail, mais pour le moment, rien ne se profile à l’horizon». Et d’ajouter après un long moment de silence: «Je serais bien parti ailleurs, si je n’étais pas aux portes de la retraite».
R. Zenasni
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com