Le Forum des chefs d'entreprise a organisé, les 4 et 5 avril derniers, une rencontre régionale avec les opérateurs de la wilaya de Tlemcen.
La rencontre devait se dérouler en présence du wali de Tlemcen. Mais, à la dernière minute, le directeur de la PME informe les opérateurs que le wali 'regrette de ne pas pouvoir assister à la rencontre', alors que la veille, il avait confirmé sa présence. Les chefs d'entreprise auraient voulu que le premier magistrat de la wilaya écoute, 'pour la première fois', leurs doléances et apporte des solutions à leurs problèmes. Mais ils étaient déjà persuadés que le wali, même annoncé, ne sera pas parmi eux. 'Il ne viendra pas', nous a indiqué un chef d'entreprise, bien avant que le directeur de la PME n'annonce son absence. Le président du Forum des chefs d'entreprise, n'ayant pas peut-être apprécié la dérobade du wali, a décidé de 'zapper' la rencontre prévue le lendemain matin avec lui, préférant, en raison du manque de temps également, visiter quelques usines et s'enquérir sur le terrain des difficultés rencontrées par les patrons, un rôle normalement dévoué à l'administration.
Pour autant, le 'faux bond' du wali n'a pas empêché les opérateurs de Tlemcen de débattre avec le président du Forum des chefs d'entreprise de leurs problèmes dont le plus crucial reste l'accès au foncier. 'Le Comité d'assistance à la localisation et à la promotion de l'investissement et la régulation du foncier (Calpiref) ne s'est pas réuni depuis sept ans', rapporte un investisseur, alors que des terrains, d'entreprises publiques, en faillite, ne sont pas exploités. La plupart des chefs d'entreprise rencontrés dans la wilaya se plaignent de la difficulté d'accéder au foncier. Certains attendent depuis plusieurs années que le Calpiref statue sur leurs demandes. La wilaya, souligne-t-on, a connu dans les années 1970 une expérience d'industrialisation publique dans différentes branches. 39 entreprises ou unités publiques ont été créées dans les domaines de l'électronique, des textiles, des matériaux de construction, de l'agroalimentaire'
'Malgré les investissements consentis, ce tissu industriel n'a pas atteint les résultats attendus et connaît en règle générale une dépréciation de l'outil de production et un vieillissement des équipements', lit-on dans un livre sur la wilaya de Tlemcen, écrit par l'ancien ministre des Finances, Abdellatif Benachenhou et Choaïb Taleb Bendiab.
'Il n'y a plus rien à Tlemcen', constate un opérateur. 'Tlemcen ou Gaza, c'est la même chose. Peut-être c'est un peu fort. Peut-être je serai pénalisé par la suite. Mais cela m'est bien égal', a-t-il ajouté avec désenchantement.
'Il n'y a aucune écoute. On règle les problèmes seul. Le tapis de Tlemcen, l'anchois de Ghazaouet, la lavande' où sont-ils ' Personne ne cueille, personne ne travaille et on ne nous laisse pas travailler', fulmine un autre chef d'entreprise. La wilaya de Tlemcen, par rapport à sa voisine Oran, connaît une certaine stagnation industrielle, en dépit des atouts dont elle dispose. Les chiffres de l'observatoire du Forum des chefs d'entreprise sont éloquents. Tlemcen vient bien loin derrière Oran en matière de création d'entreprises industrielles. Au gré des minutes, la rencontre s'est transformée en une sorte de thérapie de groupe.
'Nous sommes venus vous écouter et nous enquérir de la situation, nous souhaiterions prendre vos observations, vos commentaires pour les intégrer dans le programme du FCE pour que dans nos différents contacts, nos autorités et les administrations économiques puissent également les restituer', rassure le président du Forum des chefs d'entreprise, Réda Hamiani. 'Nous avons besoin d'un autre type de croissance, s'appuyant sur le développement de l'entreprise et non seulement sur les dépenses publiques', souligne Réda Hamiani, reconnaissant, tout de même que beaucoup d'efforts ont été faits. Pour autant, malgré ces efforts et le souci constamment affirmé par les autorités de prendre en charge les préoccupations des chefs d'entreprise, à chaque fois l'organisation patronale relève qu'entre le sommet et la base, il y a une trop grande distance et de l'inertie. Pour le président du FCE, il y a une incapacité de traduire sur le terrain les bonnes orientations qui ont été prises par les décideurs. En dépit des difficultés, des opérateurs passionnés tentent, tant bien que mal, de fructifier leurs affaires. La Sarl El-Alf ingénierie nutrition, LIT-MAG, la Sarl M. T. A. Mazar et fils, Africafé, pour ne citer que ces entreprises, sont des exemples de sociétés qui innovent malgré un climat d'investissement difficile. La Sarl El-Alf, qui produit tous types d'aliments, volaille, ruminant et équin, attend depuis six mois l'arrêté d'exploitation. Pourtant, l'entreprise a démarré en 2006 ; à l'époque, le propriétaire a obtenu tous les documents de conformité. En 2008, parce que la loi a changé, l'arrêté d'exploitation doit être signé par le wali, et non pas par la commune auparavant, il a été obligé de refaire tout le dossier. Depuis six mois, l'arrêté est sur le bureau du wali en attente de signature. L'entreprise ne désarme pas pour autant, elle compte lancer une autre usine de traitement thermique d'aliments. Le patron de la Sarl M. T. A. Mazar et fils se plaint de la concurrence déloyale qu'exercent les importations sur son entreprise. L'entreprise ne travaille aujourd'hui qu'à 50% de ses capacités. Plusieurs machines sont à l'arrêt. De 180 travailleurs, la société n'emploie aujourd'hui que 78 personnes. Elle produit entre 400 000 et 500 000 couvertures par an contre 1,4 million auparavant.
LIT-MAG souffre surtout du manque d'espace. Comme beaucoup d'entreprises de la wilaya, elle attend une assiette de terrain depuis une année. La délégation du Forum des chefs d'entreprise a également visité l'usine de torréfaction du café, Africafé, entièrement automatisée. Selon les responsables de cette entreprise, certains cafés vendus sur le marché algérien contiennent jusqu'à 25% de sucre brûlé qui risque de provoquer le cancer.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Meziane Rabhi
Source : www.liberte-algerie.com