
La photo que vous avez partagée offre une vue aérienne saisissante en noir et blanc d'un village niché sur une colline boisée, dominé par une tour élancée qui semble être un minaret. Ce paysage évoque immédiatement le quartier d'El Eubbad, situé à l'est de Tlemcen en Algérie, où se dresse le complexe religieux dédié à Sidi Boumediene – un ensemble comprenant une mosquée, une médersa et un mausolée. Cette image, avec ses bâtiments en pierre agglutinés le long des pentes, entourés d'une végétation dense et de montagnes en arrière-plan, capture l'essence d'un site chargé d'histoire et de spiritualité. Mais d'où vient cette photo exactement ? Après une recherche approfondie dans des archives historiques, des bases de données académiques et des sources en ligne, explorons son origine probable et le contexte riche de ce lieu emblématique.
Malgré des recherches extensives sur des sites comme Wikimedia Commons, Archnet, Getty Images, Alamy et des archives universitaires algériennes (telles que celles de l'Université Abou Bekr Belkaid de Tlemcen), aucune source précise n'identifie cette photo exacte avec un photographe ou une date confirmée. Cependant, plusieurs indices pointent vers une origine dans la période coloniale française (1830-1962), probablement entre les années 1930 et 1940.
À cette époque, l'Algérie faisait l'objet de nombreuses campagnes photographiques aériennes par l'armée française ou des explorateurs, souvent pour des fins cartographiques ou documentaires. Des collections comme celles de la Granger Historical Picture Archive mentionnent des vues d'El Eubbad datant du début du XXe siècle, décrivant le village comme un "lieu pittoresque près de Tlemcen" avec la mosquée de Sidi Boumediene en point focal. Ces photos étaient couramment publiées sous forme de cartes postales ou dans des ouvrages sur l'Algérie coloniale, comme ceux édités par des maisons comme Lévy ou Neurdein Frères. Le style noir et blanc, l'angle aérien (probablement pris depuis un avion militaire ou un ballon) et l'absence de développements modernes (pas de routes pavées visibles ni de constructions récentes) correspondent à des prises de vue des années 1930, une période où la photographie aérienne s'est démocratisée grâce aux avancées de l'aviation.
Des comparaisons avec d'autres images historiques, telles que celles conservées dans des blogs dédiés à l'Algérie ancienne ou des diaporamas sur Slideshare, montrent des similitudes : des villages berbères sur collines, avec des toits plats et des minarets carrés typiques de l'architecture marinide. Il est possible que cette photo provienne d'archives militaires françaises, comme celles de l'Institut Géographique National (IGN), qui a cartographié l'Algérie pendant la colonisation. Malheureusement, sans marque ou légende visible sur l'image, son attribution reste hypothétique. Si elle fait partie d'une collection privée ou d'un fonds non numérisé, elle pourrait émerger dans des ventes aux enchères ou des expositions futures – un phénomène courant pour les photos coloniales.
Pour comprendre l'importance de cette photo, replongeons dans l'histoire du site qu'elle représente. Sidi Boumediene, de son vrai nom Abu Madyan Shu'ayb ibn al-Husayn (1126-1197), était un mystique soufi andalou originaire de Séville. Précurseur du soufisme au Maghreb, il a étudié à Fès et Béjaïa avant de devenir une figure spirituelle influente. Accusé d'hérésie par les Almohades, il mourut en route vers Marrakech, et son corps fut inhumé à El Eubbad, un village déjà sacré pour la tombe de Sidi al-Abbad. Ce lieu, à environ 2 km au sud-est de Tlemcen, devint un centre de pèlerinage majeur.
Le complexe actuel fut édifié au XIVe siècle par le sultan mérinide Abu al-Hasan (connu comme le "Sultan Noir"), qui agrandit le site en y ajoutant une mosquée, une médersa et un hammam. L'architecture est un joyau hispano-mauresque : la mosquée mesure 28,45 x 18,9 m, avec une cour carrée, un bassin d'ablutions et un minaret carré de 27,5 m de haut, orné de céramiques et inspiré de la Koutoubia de Marrakech. Le mausolée, une qubba carrée surmontée d'un dôme, abrite la tombe de Sidi Boumediene, séparée par une cloison en bois sculpté. Des éléments ottomans, comme des colonnes, s'ajoutent à l'ensemble, témoignant des influences successives : almoravide, almohade, zianide, mérinide et ottomane.
El Eubbad lui-même est un quartier pittoresque, adossé au promontoire de Lalla Setti, dominant la plaine de Tlemcen. Intégré au parc national de Tlemcen, il protège des vestiges archéologiques et symbolise le rôle intellectuel de la ville – Ibn Khaldoun y enseigna dans la médersa Al Khaldounia. Au Moyen Âge, Tlemcen était un carrefour culturel, attirant savants et artistes andalous fuyant la Reconquista.
Aujourd'hui, le complexe de Sidi Boumediene reste un lieu de vénération et un site touristique majeur, restauré en 2011 lors de l'événement "Tlemcen, capitale de la culture islamique". Il attire pèlerins et visiteurs pour son architecture raffinée – arcs en fer à cheval, stucs floraux, calligraphies et muqarnas – et son ambiance spirituelle. La photo aérienne que vous présentez rappelle comment ce village isolé, autrefois un havre de mysticisme, s'est intégré à la ville moderne tout en préservant son héritage.
Posté par : tlemcen2011