
Sid Ahmed est parti rassuré, en ce jour du lundi 16 novembre, ses amis et proches sont venus en force pour suivre allègrement quelques fragments d'un «inkhilass» majestueusement restitués, à l'ombre d'un olivier ancestral, à quelques mètres de la mosquée de Sidi Yahia...En déclarant, dans son message de condoléances adressé à la famille de Sid Ahmed Serri, que la scène culturelle nationale perdait en la personne du grand maître da la musique classique algéroise une «icône dont le souvenir servira de référence aux générations montantes d'artistes» pour la préservation et la promotion d'un patrimoine culturel national parmi les plus riches, Abdelaziz Bouteflika ne se sacrifiait nullement aux règles protocolaires d'usage. Mélomane averti, il sait de quoi il parle et ce n'est pas sans raison si le patrimoine porté par le défunt maître n'a été versé au fonds patrimonial national que grâce à une initiative de son propre frère qui encouragea le ministère de la Culture, avec à sa tête Khalida Toumi, à acquérir tout le répertoire jalousement propagé et sauvegardé par un homme de culture qui eut tant à souffrir de l'indifférence des clercs.Sid Ahmed est parti rassuré, en ce jour du lundi 16 novembre, ses amis et proches sont venus en force pour suivre allègrement quelques fragments d'«inkhilass» majestueusement restitués, à l'ombre d'un olivier ancestral, à quelques encablures d'une mosquée algérienne. Une mosquée dont il défendit crânement les psalmodies citadines, des années durant, nonobstant quelques velléités. Mamed Benchaouch, un de ses plus fidèles camarades et musiciens, était à l'appel au milieu de nombreux élèves, devenus à leur tour professeurs, qu'il forma à El Djazaïria El Mossilia et plus tard, au niveau de l'Association El Djazaïria At-Thaâlibiyya. Revigoré par l'adversité des clercs, il avait toujours su transformer chaque mauvaise fortune en possibilités d'action, notamment durant la période hamrouchienne où il se fit remarquer par la création d'une Association nationale de sauvegarde de la musique classique algérienne, un projet en commun, qu'il réalisera cependant seul, en partie, puisque nous assistâmes à la défection des représentants de l'école de musique de Tlemcen alors que les Constantinois étaient en force. Comme de bien entendu, cette initiative n'était pas du goût des commis de l'idéologie dominante qui s'attelleront à faire en sorte qu'elle s'effiloche chaque jour davantage.Le ministre de la Culture était présent au cimetière de Sidi Yahia en présence de nombreuses personnalités artistiques, culturelles et des médias parmi lesquelles il était aisé de reconnaître Mohamed Lamari, un enfant de la Casbah éternelle, lui aussi, un fan avéré du maître. Azeddine Mihoubi me confiait en aparté qu'il avait pris langue avec le défunt, quatre jours avant sa mort. Ce fut une occasion inespérée pour découvrir ou redécouvrir, c'est selon, l'immensité du personnage qui aura tout sacrifié, à l'image de son maître vénéré Abderrezak Fakhardji, pour porter haut l'étendard de la culture citadine, en général et la musique classique algéroise, en particulier. Ce qui est loin d'être peu de chose. Ce fut même très rude tant les incompréhensions étaient vivaces et les procès d'intention légion. Quand j'avais décidé en 1981, avec la création de la société musicale El Fakhardjia, de sortir le concert de musique classique algérienne des cercles restreints pour le donner dans des salles publiques ouvertes à tous les Algériens, il avait été parmi mes rares soutiens. Il avait été à mes côtés aussi lorsque j'avais soutenu que la sauvegarde de la musique ancestrale passait indubitablement par la constitution d'un large front musical national autour des trois écoles. L'homme de gauche que j'étais, que je demeure du reste, aura été à l'origine de l'ouverture de Sid Ahmed Serri sur sa société, sur un peuple qui demeure le véritable propriétaire de son patrimoine.Le grand maître l'avait compris et c'est pour cette raison qu'il tint à enregistrer tout son répertoire qui est, désormais, la propriété exclusive de tout un peuple. Ce même peuple qui le lui rendit de fort belle manière en ce jour d'inhumation. Je sais, sa revanche est dure à être acceptée par les fossoyeur de la culture nationale, mais que peuvent-ils y faire surtout lorsque nous avons à l'esprit que l'histoire parvient inéluctablement à rattraper son monde...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelhakim MEZIANI
Source : www.lexpressiondz.com