Tlemcen - A la une

La drogue et ses questions Point net



En moins d'une semaine près de dix tonnes de résine de cannabis ont été interceptées par les Douanes algériennes à Nedroma et Maghnia, dans la wilaya de Tlemcen. On aura d'abord remarqué l'importance de la quantité.
Ce n'est pas tous les jours que des tonnes de kif tombent dans les filets des douanes même si on sait que tous les jours de grosses quantités «transitent» par nos frontières Ouest avant d'être distillées à travers' le territoire national.
Et y être commercialisées et consommées entièrement. Qu'on ne s'y méprenne pas, selon un spécialiste, l'Algérie n'a même pas ce statut de pays de transit que les gros trafiquants, par intérêt évidemment, mettent généralement à l'abri des grandes transactions, de la distribution et donc de la consommation massive.
Quasiment tout ce qui nous vient du Maroc comme drogue est consommée «localement», en dehors d'une quantité insignifiante acheminée vers l'Europe par de petits trafiquants qui n'ont généralement aucun lien avec les réseaux organisés. Bien sûr, le regard peut s'arrêter également sur la zone géographique où a eu lieu l'interception de ces importantes quantités mais il y a longtemps que ça ne fait même plus sourire les malins : le monde entier sait que l'essentiel de ce qui se vend à travers quatre continents comme cannabis vient du Maroc, dont la production se fait sous l il bienveillant du palais royal.
La drogue aurait pu être interceptée ailleurs que dans cette région, par contre elle ne pouvait venir que du Maroc, c'est une certitude. Tout le monde a vu comment a fondu comme neige au soleil la tentative de diversion qui croyait accréditer la thèse d'autres sources d'approvisionnement en cannabis commercialisé et consommé en Algérie. Depuis que de jeunes clandestins des pays du Sahel, dont l'écrasante majorité a été poussée vers notre pays par la misère et la violence,
se sont rendus coupables de menus larcins, des voix organisées se sont élevées pour nous suggérer que les frontières ouest du pays n'auraient finalement pas le monopole de l'approvisionnement du cartel algérien de la drogue.
Quelle que soit l'appréciation qu'on fait des résultats obtenus et de la volonté politique à combattre le «fléau», les services de sécurité, depuis le temps qu'ils sont confrontés à ce trafic, savent pourtant parfaitement d'où vient le péril. Et pour cause, tout le monde le sait ! Reste le «phénomène» et la manière avec laquelle est envisagée la lutte pour l'endiguer. Tout un programme. Evidemment, la meilleure manière de couper l'herbe sous les pieds d'un trafiquant et de mettre fin à la consommation de la «marchandise» qu'il propose, ou du moins d'en réduire l'ampleur.
A commencer peut-être par ce qui est le plus largement admis dans le monde, c'est- à- dire prendre les consommateurs pour ce qu'ils sont : des malades. Et surtout ne pas les prendre pour ce qu'ils ne sont pas : des délinquants. Et comme la chose la plus évidente à faire avec un malade est de le soigner, combien de centres de désintoxication y-a-t-il en Algérie '
Combien de jeunes consommateurs consentiraient à se faire prendre médicalement en charge parce que rassurés qu'ils ne sont pas de dangereux criminels que la société traque mais des gens en difficultés que la société veut aider à s'en sortir ' Combien de parents, de proches ou de connaissances de drogués tiennent à ces derniers le langage du réconfort au lieu de les accabler par le discours de la morale quand ce n'est pas celui de la culpabilisation ' Bien sûr, ils sont aussi des victimes qu'il faut prendre en charge et dont il faut punir sévèrement les bourreaux.
Est-ce que notre législation et notre appareil judiciaire le fait avec une rigueur qui soit à la hauteur du préjudice que la drogue cause à la société ' Les questions peuvent se multiplier, tellement le «programme» est gigantesque. Le problème est que sur la question de la drogue comme sur beaucoup d'autres,
on n'aime pas trop les questions. Sans doute que dans le cas précis, celles qui viennent tout de suite à la bouche est : pourquoi, quand il s'agit de drogue, il y a des questions qu'on ne se pose qu'à la faveur de l'interception d'une importante quantité de' drogue ' Et pourquoi on n'arrive pas à «rendre hermétique» cette frontière ouest, pour reprendre la formule du général Bousteila parlant du sud-est '
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