L’Ecole religieuse du Cheikh Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir que Dieu ait son âme
Le Cheikh et savant Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir est né en 1911, correspondant à 1330 du calendrier hégirien au lieudit Ghemara, dans la commune de Bouda relevant de la wilaya d’Adrar dans le sud-ouest algérien.
Du côté paternel, sa filiation remonte au khalife Othmane ibnou Affane que Dieu l’agrée alors que du côté maternel il descend de la lignée des Cherifs de la Maison du prophète QLSSSL, Al El-Beït. Sa mère morte alors qu’il ne dépassait guère les sept ans, son père prit une autre épouse et se chargea lui-même de son éducation. Le jeune Mohamed Ibnou El-Kebir apprit le saint Coran auprès de son oncle qui lui inculqua aussi les principes du fikh et la langue arabe.
A 18 ans, il accompagna son oncle maternel Sidi M’hamed Rahmouni à Timentit où il fit, pendant deux ans, l’apprentissage du rite malékite et de la langue auprès de son maître Sidi Ahmed Didi, un saint homme de la lignée des Bekri. Le Cheikh n’ayant pas de frère de son âge ou qui soit plus âgé que lui, son père le ramena, trois années après l’avoir quitté à Bouda, son lieu de naissance où il l’aida à travailler la terre. Deux années plus tard, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir s’installa à Tlemcen où il s’initia au dikr et à l’éducation soufie auprès du cheikh de la zaouia Kerzazia, Sidi Boufeldja ben Abderrahmane, qui officiait alors comme imam et éducateur dans la grande mosquée de Tlemcen mais qui dut cesser ces activités en raison de son âge avancé. Le jeune Sidi Mohamed ayant prié Sidi Boufeldja de l’orienter sur un autre enseignant, ce dernier lui conseilla de retourner auprès de son maître à Timentit. Le jeune étudiant répondit à Sidi Boufeldja qu’il craignait que son père ne soit pas d’accord et que ce qu’il avait déjà appris à Tlemcen suffisait largement à sa quête. C’est ainsi qu’il demeura à Tlemcen chez un autre chérif du Touat et ami de son père, un érudit qui possédait une riche bibliothèque où il passa ses nuits et jusqu’à l’aube à lire. Au lever du soleil, il se rendait auprès de son maître pour discuter de ce qu’il avait lu. Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir demeura quatre mois à Tlemcen et assista aux funérailles de Sidi Boufeldja. Son maître disparu, Sidi Mohamed ne se sentait plus à l’aise à Tlemcen. Des notables de la ville d’El-Aricha lui demandèrent alors de s’installer parmi eux pour sortir leurs enfants de l’ignorance et leur apprendre le saint Coran. Avant de se prononcer, il fit part de la requête à son père qui l’autorisa à répondre à leur vœu et à demeurer parmi eux pendant une année. Les douze mois convenus épuisés, les notables le prièrent de rester auprès d’eux et de ne pas les quitter. Une fois encore il en fit part à son père qui lui signifia son accord pour une autre année. Des émissaires de Mechria l’ayant sollicité pour éduquer leurs enfants, Sidi Mohamed en informa son père qui l’autorisa à satisfaire leur demande pour une année. A Mechria, il eut comme disciples un groupe d’étudiants auxquels il enseigna le Saint Coran, le fikh malékite ainsi que la grammaire (Alfiat Ibnou Malik). De ce groupe d’élèves se distingua avec brio Hadj M’hamed que son père récompensa en lui offrant deux vaches laitières, l’une pour lui-même et l’autre pour le maître, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir. Hadj M’hamed fit don des deux vaches laitières à son éducateur qui les revendit 30,15 dirhams la bête. Cette somme en poche, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir se rendit à Tlemcen dont il parcourut les innombrables bibliothèques où il acheta tout ce dont il avait besoin, à l’exemple de Rouh El-Bayane traitant de l’interprétation du Saint Coran, un dictionnaire de la langue arabe intitulé Kamous mouhiti de la langue, charrah El-Mouwataa, Sahih El-Boukhari, entre autres livres de valeur pesant plus d’un quintal. Pour transporter ces acquisitions, Sidi Mohamed acheta une grande caisse. De retour à Mechria, il se maria. De cette union naquit une fille qui mourut peu de temps après. Ayant appris que son père était souffrant, Sidi Mohamed retourna au bercail et avec lui ce qu’il avait de plus cher, ses livres. Il laissa son épouse chez ses beaux-parents. Le nouveau cheikh de la zaouia Kerzazia auprès duquel il se rendit lui conseilla de rester à Bouda et ne pas retourner à Mechria. Il resta donc auprès de son père qu’il aida dans le travail de la terre et envoya à sa femme une lettre dans laquelle il lui demandait de le rejoindre. Son épouse ayant préféré demeurer auprès de ses parents, il lui notifia le divorce et lui paya la pension à laquelle elle avait droit.
Dès qu’il se levait, Sidi Mohamed préparait, pour lui-même ainsi que pour son père, une soupe et du thé, à l’instar de ce que faisaient les gens de la région. Ses ablutions accomplies, il prenait le petit déjeuner avec son père et, tout deux, récitaient cinq versets du Saint Coran en même temps qu’ils dégustaient leur thé.
Ils prenaient ensuite le chemin de la mosquée pour y accomplir, en groupe, la prière du sobh (matin). Ceci dura jusqu’au jour où un commerçant venu de Timimoun, Hadj Ahmed Akacem, le pria de l’accompagner à Timimoun qui disposait d’un internat avec 40 étudiants. Sidi Mohamed se rendit en 1947 au chevet de son père toujours malade et qui rendit l’âme cette même année. Il assista à ses funérailles et, la période de la «oudda» observée par la veuve terminée, il la ramena avec lui à Timimoun.
En 1948, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir revint à Bouda où il devait inspecter, entre autres, les vergers. Au cours de son absence, c’est au disciple Seddik qu’a échu la charge d’assurer l’intérim. A cette occasion, Seddik bastonna l’un des élèves. Le dos de l’élève, qui fréquentait aussi l’école publique, ayant enflé, l’instituteur lui demanda de se tenir correctement. Il lui montra alors les traces des coups qu’il avait reçus. Informés, les gendarmes français jetèrent Seddik en prison. Ayant appris cet incident, le cheikh qui se trouvait à Bouda se rendit à Timentit et informa son maître de l’ingérence des autorités coloniales dans les affaires de son établissement. Le maître, Sidi Ahmed Didi, lui conseilla de retourner à Bouda. De retour à Ghemara (Bouda), il se mit en devoir de construire sa propre école. L’établissement ayant drainé de nombreux élèves, il demeura deux années à Ghemara.
En 1950, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir reçut la visite d’un commerçant d’Adrar, Hadj Ahmed Kabouya qui lui déclara que son maître voulait le rencontrer. Ils firent ensemble le voyage à Timentit pour rencontrer le cheikh Sidi Ahmed Didi. Ce dernier lui apprit que les gens de «Timmi», à Adrar, le réclamaient comme Imam lors de la prière collective du vendredi et que leur mosquée avait besoin d’un Imam. A cette occasion, le cheikh Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir lui déclara que la ville d’Adrar était pervertie et qu’il ne pouvait y demeurer. Son maître lui fit savoir que si cette ville était pervertie, il lui appartenait à lui de redresser, avec l’Aide de Dieu, la situation. Il lui demanda d’y exercer pendant une année et, une fois ce délai épuisé, retourner dans son village s’il le désirait.
Alors qu’il se trouvait à El-Aricha, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir fit un songe. Il se vit armé d’une pioche et en train de démolir un mur. Au fur et à mesure que le mur s’effondait, des pièces de monnaies en or en sortaient. Le cheikh posa sa main sur son épaule et lui déclara que les frais de son pèlerinage aux Lieux Saints de l’Islam, pour l’année considérée, étaient à sa charge. A El-Aricha, les populations versaient au cheikh une rétribution d’un montant de 1.000 centimes en plus de la restauration. Le premier versement de la rétribution perçu, Sidi Mohamed envoya à son Cheikh un mandat de 50 centimes, soit le montant du prêt qu’il avait contracté auprès de lui le jour où il devait se rendre à Tlemcen. A cette époque, son père n’avait pas encore vendu la récolte de dattes et lui avait ordonné de se rendre auprès de l’un de ses amis, du nom de Ba Kadir, un homme aisé. Son Cheikh lui proposa alors de lui prêter les frais du voyage et qu’il allait prélever cette somme d’un dépôt dont le propriétaire n’avait pas besoin pour le moment. Avec ce prêt, il acheta des vêtements pour la veuve de son père. D’autre part, comme les élèves ne prenaient du thé qu’une fois par semaine, le mercredi, en raison de leur indigence, il acheta aussi du sucre et du thé. Pour se rendre à Bechar, il prit place à bord d’un taxi collectif appartenant à un colon français auquel il paya 10 centimes. Il paya de même le prix du ticket du train qui devait le conduire de Bechar à Oujda en passant par la ville de Fez au Maroc. A son arrivée à Tlemcen, il n’avait plus en poche que 30 centimes. Il en donna à son Cheikh 20 pour ne garder que 10 centimes. Un jour, l’un de ses amis lui conseilla de déposer l’argent qu’il possédait à la poste pour le retirer le jour où il en aurait besoin. Sidi Mohamed remit la somme à l’un des élèves auquel il demanda de la déposer à la poste. Un an plus tard, l’un de ses élèves lui demanda ce que prévoyait la chariaa à propos de l’argent déposé auprès de la poste et qui produit un intérêt. Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir lui répondit que les intérêts sont considérés comme usure et sont par conséquent illicites et qu’il ne fallait pas déposer son argent auprès de la poste si ce dépôt produit des intérêts. Le lendemain, le cheikh fit venir l’élève qu’il avait chargé de déposer son pécule auprès de la poste et lui demanda de le retirer. L’élève s’étant présenté à la poste et ayant demandé la restitution de la somme déposée, le receveur refusa de s’exécuter et exigea la présence du cheikh. A la poste, le receveur lui demanda pourquoi il ne voulait plus que son argent soit déposé dans son établissement. Le cheikh eut cette réponse: «Au moment où je n’en avais pas besoin, je vous l’ai confié. Maintenant que j’en ai besoin, devrais-je laisser mon argent chez-vous et tendre la main ou voler?» Le receveur lui dit alors de prendre son argent puisqu’il en avait besoin et lui restitua la somme déposée avec en plus le produit des intérêts. Le cheikh prit son argent et ne toucha pas aux intérêts. Le receveur lui ayant demandé de prendre la totalité de la somme qu’il avait déposée devant lui, sur la table, le cheikh lui rétorqua qu’il avait pris son argent et que le reste ne lui appartenait pas et qu’il -le receveur- pouvait en faire l’usage qu’il voulait. Le receveur se mit alors à vociférer et lui dit de prendre son argent et qu’il n’étant pas un voleur. Le cheikh tourna les talons et se retira. Il apprit par la suite que le receveur était de confession juive et qu’en fait il voulait lui faire manger le produit de l’usure, une pratique interdite par Dieu et qui expose ceux qui y ont recours aux sanctions divines. A ce propos Dieu dit dans son livre: «Ô croyants, évitez l’usure si vous croyez vraiment en Dieu».
Abdou Ghalem et Sahli Mohamed
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com