Tlemcen - Revue de Presse

L’apologie du prophète (Medh-an-nabi)



L’apologie du prophète (Medh-an-nabi) Mohammed b-Abd-Allah b-Abd-Al-Muttalib (Que Dieu prie sur lui et le salue) est le dernier prophète et messager divin à avoir reçu la révélation. Dieu lui révéla le Coran grandiose et inimitable (al-Quran al Azhim) pour prêcher la foi au genre humain et le guider dans la voie du salut. D’après une authentique tradition transmise de génération en génération, Mohammed, ce seigneur des fils d’Adam a reçu les paroles totalisantes «Les djawami al-Kalim». On lit dans le livre «La profession de foi» du Muhi-al-Din Ibn Arabi que «notre prophète est le seigneur parfait qualifié par les deux noms de «flambeau» et de «Celui qui illumine». Ce seigneur généreux (al Sayyid al karim), c’est lui l’élu (al Mustapha). Il est le vivant commentaire des secrets de la révélation». Abou-Djafar Mohammed Tabari écrit dans son ouvrage «Mohammed sceau des prophètes»: «Il y avait dans le visage du prophète Mohammed (que Dieu prie sur lui et le salue) tant de douceur, qu’une fois en sa présence on ne pouvait pas le quitter; si l’on avait faim, on était rassasié en le regardant et l’on ne songeait plus à la nourriture. Tout homme affligé oubliait son chagrin quand il était en sa présence. Il n’y avait pas sur la terre d’homme d’un caractère aussi agréable que lui, aussi généreux et aussi vaillant». Maints et maints historiens, théologiens et poètes musulmans et non musulmans ont glorifié au cours des quinze siècles écoulés les qualités et les vertus exceptionnelles de ce grand prophète et envoyé divin. Quel pays d’Orient ou du Maghreb n’en eut pas de ces apologistes? Parmi tous ceux qui ont chanté les louanges du prophète, deux grandes figures méritent une mention toute spéciale: Ka’b Ben Zoheir et l’imam El Bousiri. Ka’b Ben Zoheir Quel curieux homme et quel tribun fascinant! Par sa lignée paternelle, il était issu de la vielle famille médinoise de Mazin dont l’ancêtre était Nizar, un ascendant à la quatorzième génération de l’Envoyé de Dieu. Contemporain du Prophète, Ka’b Ben Zoheir comptait beaucoup de poètes dans sa famille. Il eut lui-même des dons poétiques assez précoces. A l’instar de son homonyme le poète Ka’b Ben Ashraf, Ka’b Ben Zoheir a composé dans les premières années de l’hégire des épigrammes pour satiriser les musulmans et inciter leurs adversaires à les combattre. Ses premiers brocards lui causèrent une sorte d’ivresse morale. Mais bien vite, il devint agaçant avec sa jactance, voir un mauvais sujet qui méritait la potence. Son frère Budjayr embrassa l’Islam avant, dit-on, l’année 7 de l’hégire. Cette conversion brouilla Ka’b Ben Zoheir avec son frère et suscita une violente polémique. Une telle audace démonta Budjayr au point qu’il le dénonça au prophète. Ayant eu vent de cette plainte, Ka’b Ben Zoheir se rendit dare-dare à la mosquée de la Mecque où se trouvait le prophète. Là, il présenta ses respects et reconnut sa faute. Et pour s’attirer le pardon, il récita son poème connu sous le nom de Banat Suad qu’il avait composé auparavant. Une sorte d’émanation spirituelle se lisait dans ses yeux quand il donna lecture de son poème. La délicatesse, la beauté des termes, l’élévation de pensées touchèrent le sens esthétique de l’auditoire composé essentiellement de prestigieux compagnons du prophète. L’expression des regrets sincères de Ka’b Ben Zoheir et il faut dire en plus la beauté du poème remplirent d’enthousiasme le prophète qui détacha aussitôt son manteau et le jeta sur les épaules de Ka’b Ben Zoheir. A cette distinction suprême, le prophète lui fit également don de cent chameaux. Beaucoup de poètes et de théologiens ne se sont pas fait faute d’envier Ka’b Ben Zoheir et de lui prêter toutes sortes d’intentions. Pour sûr, Ka’b Ben Zoheir avait dès sa tendre jeunesse un sentiment instinctif par lequel il se sentait attiré vers l’Envoyé de Dieu. C’était donc une hostilité de surface qu’il affectait d’avoir contre les musulmans. Ka’b Ben Zoheir s’est engagé tout entier dans son poème Banat Suad, comme il le fit d’ailleurs dans le panégyrique qu’il consacra en l’honneur des Ansàrs. Il acheva sa vie dans une noble position sociale et en fervent admirateur et apologiste du prophète. Ka’b Ben Zoheir a abordé dans les cinquante-sept vers qui constituent son poème Banat Suad les thèmes les plus fréquemment traités par les poètes arabes: la description de la chamelle, du lion, de la journée d’été, des héros de Qoraïch. Les vers sont assez bien frappés: «Suad a disparu et mon cœur aujourd’hui est attristé; il s’attache à ses traces avec passion comme un esclave non racheté et chargé de biens». «Suad s’est trouvée le soir dans une terre où l’on ne peut parvenir qu’avec l’aide de chamelles de race, vaillantes et rapides». «Qu’un lion retiré dans un antre, dans la vallée de Aththar où abondent les repaires des fauves». «Il part le matin pour nourrir ses lionceaux, dont la pâture est la chair humaine traînée dans la poussière». Les vers en l’honneur du prophète ont une beauté énergique: «Le Prophète est un glaive qui répand la lumière, un glaive indien, des épées de Dieu, tiré du fourreau». Exaltant les Mohadjirs, Ka’b Ben Zoheir écrit: «C’étaient des héros à la narine dédaigneuse, revêtus au jour de la bataille, de côtes de mailles comme celles que fabriquait David» «Ils s’avancent, majestueux comme des chameaux blancs et se défendent par des coups lorsque les nègres de petite taille prennent la fuite». Banat Suad est un chef-d’œuvre, sans doute le chef-d’œuvre de la littérature de la glorification (Medh) qui inspirera six siècles après un poème d’une immense beauté, la Bordah du cheikh El Bosiri. El Imam El Bosiri El Imam El Bosiri, dont le nom complet est Cherif Eddin Mohammed Ben Saïd Ben Hammad, Ben Mohsin, Ben Sanhadj, Ben Hilal es Sanhadji, est né le 7 mars 1212, le premier de choual 608 à Dellys (wilaya de Boumerdes). Il est issu d’une vielle famille originaire de la Kalaa de Beni Hammad (wilaya de M’sila). Il fit à Dellys de solides études coraniques qui décidèrent du brillant avenir qu’il allait connaître. Il avait seize ans quand il se rendit en Egypte où il se jeta avec ardeur dans les études religieuses. En même temps qu’il fréquentait la Mosquée d’El Azhar Ech-Cherif, il suivait l’enseignement du célèbre soufi Abou-l-Abbas Ahmed El Marsi. Le neuvième et le dixième siècles ont connu d’éminents traditionnistes tels que Muslim et El Boukhari. Cheikh El Bousiri n’avait pas l’érudition de ses deux grands prédécesseurs. Mais il avait ce qui leur manquait un tant soit peu, un enthousiasme ardent, un amour pénétrant pour tout ce qui avait trait au prophète et notamment à ses dits et propos. C’est le trait original de ce grand traditionniste que fut cheikh El Bousiri. Après avoir mené une existence bien remplie et passée toute entière à Alexandrie, Cheik El Bousiri mourut saintement dans la localité de Busra située à l’est d’Alexandrie. D’où son surnom d’El Bousiri, dans les années 694-697 de l’hégire (1294-1298). Il est enterré à côté du tombeau de l’imam Ech-Chafei, le fondateur du quatrième rite orthodoxe qui porte son nom. Dans son abondante production poétique, il y a deux œuvres qui comptent: El Hamzia et surtout El Bordah. Il n’existe aucun poème consacré à la glorification du prophète qui eut la renommée de la Bordah. Maints et maints lettrés d’Orient et d’Occident ne manquèrent pas de s’emparer de la Bordah et de la commenter. Plus de quatre-vingt-dix commentaires en ont été faits. Parmi les principaux commentaires, il s’impose de rappeler celui d’Abou Shama Abd al-Rahman b-Ismail Dismashki (596-665 / 1199-1266), celui de Mohammed Ibn Merzouq surnommé El Hafid (1364-1439), celui de Ahmed Ben Mohammed b-Abi Bakr El Kastalany (923-1014 de l’hégire), celui de Mohammed Ali Ben Alan Es-Sadiki El Mekki (1157-1244 de l’hégire). En Occident, beaucoup de traductions du poème El Bordah ont vu le jour parmi lesquelles celle en latin par les soins d’Uri, en allemand, par Rolls, en anglais, par Redhousse, en italien, par Gabriel, et puis en turc, en persan et en français. En 1894, René Basset qui fut professeur et doyen de la faculté des lettres d’Alger publia une traduction et un commentaire de la Bordah dignes du savant et orientaliste distingué qu’il était. S’épanchant auprès de ses lecteurs, Cheikh El Bousiri a livré le motif qui l’a poussé à composer la Bordah. «Un jour, dit-il, je fus atteint contre toute attente d’une hémiplégie qui paralysa la partie gauche de mon corps. L’idée me vint d’écrire ce poème de la Bordah. Sitôt le poème composé, je prie Dieu de me guérir. Puis tout en pleurs je me mis à réciter mon poème et je m’en dormis. Dans mon sommeil, je rêvai du Prophète et je le vis passer sa main bénie sur la partie malade de mon corps et jeter sur mes épaules son manteau. A mon réveil, je fus délivré de ma paralysie et remis sur pied. Ce poème que j’avais intitulé initialement El Kaouakib ed daroyah fi medh Kheir et Barryah porta désormais (éloge de la meilleure créature) le nom de Bordah». Le poème se compose de 160 vers et les Tlémceniens en ont ajouté 18 vers. On lui attribue une vertu surnaturelle soit pour l’allégement des douleurs morales soit pour la guérison des maux physiques. Les Tlémceniens le chantent aux enterrements dans l’espoir d’attirer sur le mort la miséricorde divine qu’a obtenue Cheikh El Bousiri en récitant la Bordah. Certaines familles ayant subi l’influence des réformistes algériens s’abstiennent depuis longtemps de réciter la Bordah aux enterrements. C’est dommage! El Bousiri a parlé de la bonté, de la mansuétude, de la générosité, de la tolérance de Sidna Mohammed (Que Dieu prie sur lui et le salue) Et comment en a-t-il parlé? Ce poème mérite donc d’être cité intégralement ici. Mais il est impossible de le faire compte tenu du manque d’espace. Que les lecteurs nous pardonnent de n’en citer que quelques extraits qui feront suffisamment saisir la beauté de cette œuvre poétique.   Notes 1- Est-ce le souvenir des voisins de Dzou Salam qui fait couler de tes yeux des larmes mêlées de sang? 2- Est-ce le vent qui souffle de Kâzhimah, ou l’éclair qui brille dans les ténèbres, du côté d’Idham? 3- Qu’ont donc tes yeux à verser des pleurs, quand tu les avertis de cesser, et pourquoi, lorsque tu dis à ton cœur: «Prends le dessus» continue-t-il à être éperdu? 4- L’amoureux pense-t-il pouvoir dissimuler sa passion, quand elle se manifeste par des larmes et un cœur brûlant? 5- Si ce n’était l’amour, tu ne répandrais pas de pleurs sur les traces d’un campement: le souvenir de ce saule musqué et de ce point de repère ne te causerait pas d’insomnie. 6- Et le souvenir des tentes et de celles qui les habitaient ne t’aurait pas donné un extérieur affligé et misérable. 7- Comment nierais-tu ton amour, alors que la maladie et tes larmes prêtent contre toi un témoignage sincère? 8- Et que la passion a écrit le chagrin et l’affliction sur tes joues, pâles comme le buphthalmum et rouges comme le «anem»? 9- Qui (j’aime, et) l’image de l’objet adoré m’est apparue pendant la nuit et m’a tenu éveillé: l’amour a mêlé tes douleurs aux délices.   Me Rachid Benblal (Avocat et historien)
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