
L'architecture des bains maures de Tlemcen est appropriée : un corridor en zigzag, orné de carreau de faïence émaillée et colorée, d'ogives dessinées dans la muraille, conduit à la salle de repos qui est aussi celle où l'on ôte ses vêtements. Ce couloir descend en pente vers l'intérieur du bain et forme un crochet retourné afin que l'air et la température de l'extérieur ne communiquent avec l'atmosphère de l'étuve et du vestiaire. Dès son entrée, « El Kyass » donne au baigneur une paire de sabots pour se rendre dans la salle de bain. Le sol est glissant. Le bois de hêtre des sandales l'est aussi, et il faut marcher avec précaution, sinon on finira par tomber. Dès que le baigneur se déshabille, « El Kyass » place autour de sa taille « une Fouta ». A l'intérieur, on s'habitue peu à peu à la température de l'étuve qui est étouffante. La salle est remplie de vapeur. Des baigneurs sont couchés à même le sol. Après que le baigneur s'est imprégné de la chaleur ambiante, celui-ci est prié de se tenir dans une position assise. « El Kyass » commence à le masser. Après le massage, il savonne son client des pieds à la tête. La sensation plus douce de l'étoupe ruisselante d'eau et de mousse de savon se promène sur le cou, les épaules, le dos, les bras et les jambes. Puis, des torrents d'eau chaude se déversent sur la tête pour nettoyer le corps du savon écumant qui y a adhéré. Les cheveux, un moment blanchis par cette neige grasse, reprennent leur couleur, et sur les membres gonflés par l'afflux du sang, la peau brille d'un éclat inaccoutumé. Après cela, le client sort de l'étuve pour se diriger vers la salle de repos. Il enveloppe à nouveau sa taille d'un linge sec et met deux autres sur ses épaules et sa tête. Il chausse les sandales de bois, puis repasse la porte de l'étuve, accompagné du garçon de bain qui, aussitôt qu'ils sont dehors, entoure le baigneur d'une épaisse couverture. Il regagne avec précaution la place où il a accroché ses habits, et s'y étend chaudement, emmitouflé, sur un matelas le temps de se reposer et de se sécher complètement. Aujourd'hui, « El Kyass », dont la majorité d'entre eux sont des septuagénaires, est peu présent dans les bains maures de Tlemcen. Ce métier tend à disparaître. Tout simplement les temps ont évolué et les habitations sont dotées de salle de bain. Même les bains de la région ont été modifiés. Seules les femmes s'y rendent en masse. Et là un autre métier de Tayabate el hammam est également en voie de disparition. Celles-ci se contentent aujourd'hui de remplir l'eau ou de s'occuper des enfants en bas âge.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M M
Source : www.horizons-dz.com