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Expériences



Expériences
«On ne finit jamais d'apprendre, car chaque jour nous apporte des leçons et des expériences qui enrichissent notre vie.» AnonymeLe rédacteur se tourna vers lui en pianotant sur son bureau, puis, en composant une moue dubitative secoua la tête et lâcha: «Attention! Ce n'est pas cela que je t'ai demandé! Je ne crois pas que le lecteur soit intéressé par les tribulations d'un quidam dans les méandres d'une bureaucratie que tout le monde connaît. Ce que je voudrais, c'est une série avec des épisodes bien distincts même si tu y mets un fil conducteur pour que le lecteur le suive attentivement. Un épisode, c'est quoi' C'est une petite histoire avec un début et une fin. Une courte exposition pour présenter les personnages, une intrigue qui se noue à propos d'un évènement ou d'un fait divers qui va cristalliser l'attention des personnages, une montée de la tension dramatique et enfin un dénouement ou une chute qui va projeter le lecteur vers l'épisode suivant.
C'est exactement ce que je pense, moi aussi! Je ne vais pas transcrire textuellement ce que je viens de te raconter. C'est seulement pour t'éclairer sur les caractères et les motivations qui vont faire agir les protagonistes de la série. Mais en même temps, il ne faut pas t'attendre à une série policière ou à des aventures rocambolesques qui arrivent à des gens normaux ou supposés tels, comme toi et moi. C'est avant tout une peinture de moeurs que je tenterai d'esquisser. Une série de tableaux de la société comme je la vois en ce moment même. Mon but est de mettre en relief l'effacement de l'Etat dans l'environnement où vont évoluer les personnages. Et si l'Etat se manifeste, c'est simplement par des rondes de voitures de police, les diverses rentrées sociales, les mesures populistes qui se manifestent par-ci et par-là. Aucune mesure effective pour peser sur les marchés, sur les produits de première nécessité et surtout aucune initiative pour juguler l'inflation qui pousse des pans entiers de la société vers l'indigence. Peut-être que je vais me tromper et que des lecteurs désintéressés ou des fonctionnaires grassement rétribués vont m'interpeller pour me dire que je me trompe et que je dois rectifier mon tir. J'accepte toute critique à condition qu'il y ait des arguments convaincants. Je vais te raconter une expérience que j'ai personnellement vécue, il y a quatre décennies de cela. Je travaillais alors avec un réalisateur, aujourd'hui disparu. Il avait tourné un film dans le cadre de la Révolution agraire qui battait alors son plein. Son scénario avait été lu et accepté par la commission de lecture qui avait donné un avis positif. Une fois le montage terminé, il fit visionner le film au directeur de l'entreprise qui désavoua tout de suite le ton du film. Ce n'était pas les longueurs qui le gênaient mais deux séquences particulières. L'une montrait un riche propriétaire terrien qui détruisait avec un tracteur le gourbi d'un pauvre travailleur agricole provoquant la mort de ce dernier. L'autre séquence essayait (car on ne distinguait pas grand-chose à cause du manque de lumière) de faire sentir au spectateur les conditions moyenâgeuses dans lesquelles travaillaient des jeunes filles dans la région de Tlemcen. Ces employées d'un très riche marchand de tapis travaillaient dans ce qui ressemble à une écurie bâtie en pierre, sans éclairage aucun, pour un salaire minable de 3 DA par jour. 3 DA, c'était le prix du modeste repas que nous prenions alors à la cantine. Le directeur avait exigé que ces deux séquences soient retirées du film, l'une à cause du manque de lumière, l'autre à cause de la non-intervention des institutions de l'Etat dans le décès d'un citoyen. Le réalisateur refusa et son film fut bloqué. Le réalisateur qui n'avait pas daté son film voulait montrer que l'Etat ne peut travailler que pour une classe. Et l'Histoire lui a donné raison.»
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