Tlemcen - Revue de Presse

Essai monographique sur la Ville de Béni-Saf



Béni-Saf, une petite ville aux grandes perspectives Il arrive souvent que des personnes, plus ou moins bien intentionnées, croient qu’en un laps de temps, elles peuvent connaître et écrire l’histoire d’une ville, d’une commune, mais la tâche est si intéressante que ce modeste aperçu m’a permis de lire et de relire les récits et les découvertes rapportés par des historiens, les descriptions des géographes, et même les traditions verbales relatées par les anciens, et ne rien laisser perdre des détails qui peuvent aider à retrouver ce passé que beaucoup de nos concitoyens semblent ne pas connaître. Il s’agit, en fait, de quelques points de repères historiques, ethnologiques, géographiques et sociologiques sur cette vieille commune qui figure parmi l’une des agglomérations urbaines les plus anciennes de la wilaya d’Aïn Témouchent. Pour ce qui est de l’origine de l’appellation de Béni-Saf, elle fait l’objet jusqu’à l’heure actuelle de plusieurs suppositions... Mais l’explication qui a pu être retenue est définie selon l’hypothèse suivante: Les «Saf-saf», arbustes à feuilles blanches que les Français appellent les trembles ou faux peupliers et qui poussaient sur les rives de l’oued Ahmed, seraient à l’origine de la composition du nom de Béni-Saf. D’autres versions qu’il est possible de reconstituer sont avancées mais n’ont pu être vérifiées. Découpage territorial Le territoire de la commune de Béni-Saf est composé d’un chef-lieu qui est lui-même composé de 92% de la population totale et d’une population éparse occupant des localités agricoles essentiellement : El Bradj, Rachgoun (situé sur le littoral), Ouled Boudjemâa. Béni-Saf qui bénéficiait déjà du statut de sous-préfecture avec une superficie de 118 km2, est érigée, après l’indépendance, en vertu du décret n°63-189 du 16 mai 1963, en chef-lieu d’arrondissement dépendant du Département de Tlemcen puis confirmée par l’ordonnance n°63-421 du 28 octobre 1963 portant réorganisation territoriale des communes. En 1974, des corrections sont apportées à ce découpage territorial par l’ordonnance n°74-69 du 2 juillet 1974 et le décret n°74-136 du 12 juillet 1974 constituant la daïra de Béni-Saf, avec comme chef-lieu la ville de Béni-Saf et les communes de Béni-Saf, Oulhaça Gheraba, Honaïne et la partie nord ouest de la commune de Sidi ben Adda. Béni-Saf bénéficie toujours du statut de chef-lieu de daïra et continuait à faire partie de la wilaya de Tlemcen jusqu’au nouveau découpage territorial de 1984. Le nouveau découpage institué par la loi n°84-09 du 4 février 1984 crée la nouvelle wilaya d’Aïn Témouchent à laquelle sera rattachée la commune de Béni-Saf comme chef-lieu de daïra. Les nouvelles communes Émir Abd El Kader et Sidi Safi, résultant de la division de la commune-mère de Béni-Saf, en constituent les seules communes de rattachement. Béni-Saf fait partie d’une région qui demanderait une étude historique et ethnographique approfondie. Nous y découvrirons certainement beaucoup de richesses qui apporteront à nos connaissances des éléments pour apprécier les diverses civilisations qui s’y sont superposées pour lui donner son visage et ses caractères actuels. Repères historiques La région de Béni-Saf a été habitée en dehors de son vieux fond berbère, par tous les peuples qui se sont successivement installés dans le pays depuis la plus haute antiquité. C’est ainsi que la découverte de poteries et de pièces de monnaies phéniciennes à l’embouchure de la Tafna, à l’Ile de Rachgoun et sur le plateau des Ouled-Boudjemâa, atteste que les Phéniciens ont fondé dans les environs de la ville actuelle de Béni-Saf, un de leurs comptoirs d’échanges. Les ruines de l’ancienne cité romaine de Siga dont l’emplacement avait été certainement choisi pour son importance stratégique et pour la richesse en céréales de campagne d’alentour, prouvent que la pénétration et la présence romaine dans notre région ont été profondes. Siga devait être une ville considérable puisqu’on lui attribue une population de plus de 30.000 habitants. Selon des historiens, Siga est placée en face de Malaga (Espagne). Cette remarque géographique sous-entend un trafic entre les deux ports et confirme les rapports commerciaux entre les rivages d’Afrique et d’Andalousie. L’île et les Arabes Tous les géographes arabes mentionnent dans leurs itinéraires, le nom de l’Ile de Rachgoun (2). Les historiens l’appelèrent «Djezirat Archgoul». Elle est si peu éloignée de la terre qu’un homme dont la voix est forte peut se faire entendre d’un bord à l’autre (1800 mètres) quand la mer est calme. Cette île s’étend en longueur (964 mètres) et s’élève à une hauteur de 64 mètres au point culminant: le phare. El Bekri (3) appelle Archgoul, la ville qui se trouve face à l’île. Selon d’autres, il faudrait dire «Archgoun» mot à mot «la rugueuse (ou rocheuse) baie» car les falaises de ce littoral sont abruptes. Mais leur description marque généralement une confusion qui tient au rôle attribué à l’île dressée en face de l’embouchure de la Tafna. Certains la prétendent habitée et pourvue de sources et de citernes: il faudrait admettre que les sources ont tari car l’îlot n’offre à l’heure actuelle aucune ressource en eau sinon celles des pluies. L’île fait partie des sites proposés au classement national puisqu’elle constitue un site naturel et archéologique très important. Le projet de son classement date de 1998. Sa richesse archéologique et sa diversité biologique sur le plan animal et végétal intéresseront sans nul doute les chercheurs scientifiques versés dans ce domaine. Béni-Saf fait partie de ces villes côtières associées à l’Histoire de la Mer Méditerranée, elle a gardé les traces d’une époque riche en migration et d’une civilisation florissante d’échanges commerciaux avec le Moyen-Orient et la péninsule ibérique. Selon certains géographes, la région de Béni-Saf aurait connu des déplacements de population ainsi que d’anciennes escales phéniciennes. Puis le nom de Siga est retrouvé au VIIe siècle avec ARCHGOUL (aujourd’hui appelé communément Rachgoun). L’antique Siga qui reprend vie avec la reconstruction de la Cité Idrisside sur les ruines romaines. Des historiens parlent encore de l’Ile de Rachgoun que même les géographes arabes mentionnent dans leurs itinéraires: - L’île de Rachgoun (comptoir punique), - Siga - citadelle et port fluvial, capitale de Syphax, roi des Massaesyles. En 203 avant J.C., Syphax allié aux Carthaginois est vaincu et capturé. Il figure à Rome au Triomphe de Scipion. - Le Mausolée de Béni-Ghenane : Ce Mausolée royal était aussi appelé le Dôme des Mariés ou «Kerkoub El Araïs», car l’usage voulait que les jeunes mariés, suivis par les cortèges de noces, en fassent rituellement le tour plusieurs fois afin de s’assurer la fidélité et la pérennité du foyer. Ces sites (Siga et Mausolée mis à part) sont surtout riches en dépôts de céramique. Des vestiges historiques datant de l’époque phénicienne ont été trouvés à Ghar El Baroud, localité située à 4 km environ sur les hauteurs de Béni-Saf. (Ghar-Baroud était le lieu où l’on fabriquait de la poudre à canon pour les troupes de l’Émir Abd El Kader) Les Turcs (1518-1830) L’organisation administrative, que les Français ont trouvée devant eux lors de leur établissement, date de 1671, période des deys. L’Algérie était divisée en trois provinces ou beylicats à la tête desquelles étaient placés des beys. Notre territoire faisait partie du beylick de l’Ouest dont la capitale fut successivement Mazouna, Mascara et Oran. Dans notre région, le système d’administration des Turcs n’allait pas au-delà de la collecte d’impôt. On rapporte qu’une colonne escortait chaque année un Cadi juriste et juge à l’embouchure de la Tafna au lieu dit «Djemaa el Haqq». «Avant la conquête française, pendant la période arabe et turque, la région où la commune de Béni-Saf devait être créée ne présente aucune particularité qui la distingue des autres régions de la tribu des Béni-Rimane (peut-être altération du mot «romain») dont elle fait partie. Le centre administratif de la tribu, en l’occurrence la Mahkama du cadi, se trouvait à Oulhaça Gheraba à proximité de Souk El Tenine.» Les Français (1830-1962) 5 juillet 1830, prise d’Alger sous Charles X. En France, c’est la révolution de Juillet, Charles X est remplacé par Louis Philippe, le 9 août 1830. L’occupation française était en fait une colonie de peuplement et ensuite d’exploitation des richesses du sol et du sous-sol du pays. Et le «coup de l’éventail» est loin d’être la raison de cette occupation si ce n’est qu’il a servi de prétexte. «C’est le 1er octobre 1835 que les troupes françaises occupent l’Ile de Rachgoun pour couper tout ravitaillement par mer de la ville de Tlemcen. Après le débarquement des Français, une garnison est installée en 1835 dans l’Ile de Rachgoun pour empêcher les Anglais d’amener des armes. Des opérations militaires dans la région devaient aboutir en 1837 à la signature du Traité de la Tafna entre l’Emir bd El Kader et le général Bugeaud. En cette même année, l’ingénieur de la marine française LIEUSSOU propose l’installation d’un mouillage d’été dans la baie de la Tafna, d’une plage de débarquement, propice au petit cabotage, qui faciliterait l’exportation de marchandises.» C’est en 1850, au cours d’une excursion à Rachgoun, d’après ce que rapportent les historiens de l’époque, mais certainement en mission de prospection, qu’un géographe français Mac Carthy, apprend et note l’existence de mines exploitées depuis l’Antiquité. Vers 1860 apparaissent quelques européens venus d’Espagne, soit directement après une traversée hasardeuse, soit d’Oran longtemps occupée par les Espagnols, sont venus s’installer. Mais c’est la découverte en 1865 de gisements de minerai de fer à Dar-Rih à proximité du centre actuel de Béni-Saf qui provoque la création du village sur les pentes de l’ Oued Hammad (ou Oued Ahmed). Notre commune, qui faisait partie de la commune mixte de Remchi portait le nom de douar Rachgoun, a été formée en commune de plein exercice par un décret présidentiel daté du 20 mars 1883. Ce décret stipule que «le centre de population européenne de Béni-Saf et les fractions des Béni Fouzech et des Béni-Riman, situées sur la rive droite de la Tafna et composant l’ancienne tribu des Oulhassa Gheraba, sont distraits de la commune mixte de Remchi, ils formeront à l’avenir dans l’arrondissement de Tlemcen, département d’Oran, une commune de plein exercice dont le chef-lieu est placé au village de Béni-Saf et qui en portera le nom.» Depuis, la population du village s’est décomposée ethnologiquement des autochtones venus d’autres régions de l’Algérie, des ressortissants marocains, originaires du Tafilalet, des Béni-Znassen, du Sous et du Rif, venus s’établir dans la région pour travailler dans la mine, des descendants d’anciens émigrés espagnols (presque tous les colons de Béni-Saf étaient des émigrés espagnols fuyant la misère de l’Espagne...) des Israélites d’origine algérienne ou marocaine, d’un petit nombre de Français métropolitains qui forment les cadres de la compagnie des mines ou s’adonnent à l’agriculture. Toutes les situations vécues au cours de la période coloniale seront mêlées à un long combat, à cette lutte économique, sociale et culturelle qui commença à partir de 1962, année de l’indépendance... S’il est une cité qui peut se vanter d’avoir les meilleures potentialités pour devenir un grand centre touristique, un point d’attraction renommé et une station balnéaire de premier choix, c’est bien la ville de Béni-Saf. Située sur la côte Nord Ouest de l’Algérie, entre la frontière marocaine et Oran, Béni-Saf va être créée par la colonisation française sur une côte construite en amphithéâtre, étagée sur le flanc oriental d’une vallée étroite. Ancien centre minier et important port de pêche, Béni-Saf est peuplée principalement par des marins pêcheurs et d’anciennes familles de mineurs. Pour comprendre la situation actuelle de Béni-saf, il faut analyser son développement. A suivre Par M. Omar Brahami(1) 1 Administrateur, wilaya d’Aïn Temouchent. Auteur d’un mémoire de DESS (Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées en Management Public Local initiée par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales) sur la mise en œuvre d’une politique publique locale de tourisme durable - Cas de Béni-Saf. 2 Le père P.J. Lethielleux «Le littoral de l’Oranie occidentale» (1974) 3 «Kitab El Maghreb : Description de l’Afrique septentrionale» 4 Monographie de la wilaya de Tlemcen (Mai 1980),
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