Oued En-Namous ou... la face cachée de Remchi
Remchi, s’est radicalement transformée, depuis qu’elle a accédé au statut de daïra. De petit village colonial, l’ancienne «Montagnac» est passée au rang de ville qui ne cesse de grandir au fil des ans. Sa situation géographique stratégique et le grand essor qu’elle a connu ces deux dernières décennies, font d’elle l’une des villes les plus sollicitées de la région.
Il faut dire que Remchi suscite l’engouement de nombreux transfuges algériens, lesquels n’hésitent plus à venir s’y installer. La ville chère à feu l’Abbé Alfred Berenguer, un valeureux militant de la cause nationale, voit ses immeubles pousser comme des champignons, pour faire face à une demande en continuelle croissance; le commerce, qui touche, aujourd’hui, les domaines les plus variés, y est devenu florissant. En somme, Remchi prend de plus en plus d’ampleur et commence à s’imposer en tant que pôle économique incontournable dans la wilaya de Tlemcen. Cependant, comme toute médaille a son revers, ce développement spectaculaire et la nouvelle stature qu’il a donné à cette ville, n’est pas sans aiguiser la convoitise de pauvres gens, venus des alentours mais aussi de divers horizons, pour s’y installer coûte que coûte. Certains n’ayant pu bénéficier de logements sociaux, ont choisi leur terrain et investi les lieux en construisant illicitement des abris de fortune, en attendant croient-ils, d’entrer ultérieurement en possession d’habitations plus décentes. Leur lieu de prédilection est justement «Oued En-Namous», où s’entassent, pêle-mêle, de nombreuses constructions bâties hâtivement, le temps d’un week-end.
Naissance et extension d’un bidonville
«Oued En-Namous», comme son nom l’indique, est un ancien cours d’eau aujourd’hui tari, dont le lit est envahi par les mauvaises herbes alimentées par la stagnation des eaux pluviales. De part et d’autre de ce lit, les constructions se sont élevées au fur et à mesure que la ville s’étendait. Les habitants des environs ont pris alors l’habitude d’y déverser leurs détritus. L’eau sale et les déversements anarchiques des déchets ne manquent pas d’attirer toutes sortes d’insectes, vecteurs de maladies. Le terrain qui était occupé au départ par quelques familles, sans logis, s’est retrouvé le réceptacle de tous les «sans domiciles». Las d’attendre un logement qui tardait à venir - malgré les demandes répétées et les promesses faites au fil des années par les élus qui se sont succédé - les familles ont commencé à s’installer sur les flancs quelque peu abrupts, creusés jadis par les eaux de ruissellement ou carrément sur le lit asséché de l’oued. Ces gens-là et d’autres qui les rejoindront, n’ont trouvé d’autre refuge que cet endroit pour construire tant mal que bien leur nouveau chez soi. Leur nombre a considérablement augmenté, durant les dernières décennies, sous la pression de l’insécurité qui régnait dans les villages isolés. Les services de l’APC y ont recensé dernièrement pas moins de 470 habitations, mais ce chiffre est largement dépassé, nous a-t-on dit, puisqu’il ne se passe pas de week-end, sans que ces lieux n’enregistrent d’autres arrivants.
Absence des éléments fondamentaux d’une vie décente
Les maisons bâties à la va-vite - les candidats à la construction préfèrent activer le week-end, pour éviter d’être dérangés par les fonctionnaires - n’obéissent à aucune règle. Elles sont un assemblage grossier de parpaings, parfois de blocs faits avec de la terre argileuse mélangée à de la paille. Leurs toits sont recouverts, le plus souvent, de plaques de tôle ondulée et leurs courettes entourées de roseaux, de tôles voire de châssis récupérés de vieilles voitures, en somme tout ce qui pourrait soustraire les occupants à la curiosité malsaine et sauvegarder ainsi la «horma» de la famille.
Il est évident que les habitants de ce bidonville ne bénéficient d’aucune sollicitude de la part des autorités locales, de la SONELGAZ ou de l’ADE, en raison du caractère illicite de leurs constructions. De part ce statut, ils n’ont pas droit à l’accès aux réseaux d’AEP et encore moins à l’électrification. Ainsi, pour se procurer de l’eau, ils font souvent appel aux colporteurs de citernes tractées et pour avoir de la lumière, ils sollicitent les voisins pour se raccorder à eux de manière frauduleuse, appliquant ainsi à leur manière, le vieux précepte divin qui «recommande de prendre soin de son voisin».
Un précepte qu’ils ne sont nullement tenus de suivre en matière d’hygiène, tant cet endroit est parsemé de déchets de toutes sortes (sachets en plastique, ordures ménagères, pneus usagés...) et, par conséquent, infesté de moustiques avec tous effets d’ordre sanitaire. Un citoyen interrogé sur ses conditions de vie, nous avouera: «Elles sont tout simplement exécrables. Notre vie est un enfer quotidien, marqué par la saleté, la promiscuité et l’absence totale d’hygiène. Voyez, tout autour c’est le désordre et la désolation!...»
Les propos de cet homme ne sont pas tellement exagérés ni alarmistes, car ils reflètent une réalité vécue. On ne peut s’empêcher d’avoir un haut-le-cœur en voyant ces tas de ferraille servir de murs ou de portes, cette saleté omniprésente qui jonche le sol. Un décor de contraste qui ne sied pas à une ville en pleine expansion.
Les habitants de ce bidonville sont-ils vraiment dans le besoin ?
Dépitées de ne pas avoir eu droit à un logement, malgré leurs demandes répétées et contraintes de trouver, coûte que coûte, un gîte pour leurs familles, certaines gens nécessiteuses étaient donc contraintes de s’installer à «Oued En-namous», en attendant que les services concernés leur attribuent un logement plus décent. Certains attendent encore, à l’instar de cette femme piégée depuis de longues années: «A la mort de mon mari, il y a de cela plus de 20 ans, j’ai dû m’installer ici avec mes enfants en bas âge, parce que nous n’avions plus de toit pour nous abriter». Si plusieurs habitants en transit ont pu obtenir leur sésame et ont quitté les lieux, leurs constructions n’ont par contre jamais été détruites. Parmi eux, quelques-uns sont revenus «chez eux», après avoir pris le soin de se désister à prix d’or de leur nouvel appartement, dont ils étaient incapables de payer le loyer. D’autres ont tout simplement, légué leurs «gourbis» à des membres de la famille, en attendant que ces derniers puissent à leur tour bénéficier un jour d’un appartement, dans l’un des bâtiments qui ne cessent de pousser sans pour autant rattraper la demande.
Enfin, une autre catégorie a choisi de les revendre à 10 unités voire 15 si ce n’est plus, selon les dires. Il est évident que de très nombreux citoyens ne sont pas là de gaieté de cœur et si les circonstances ne les avaient pas accablées, ils n’auraient jamais choisi un endroit pareil. Ce sont, peut-être, ces familles, dont le besoin de logement est réel, qui ont du mal à avoir un logement, car les autres, plus opportunistes, s’en sortent toujours.
La mosquée Omar Ibn El-Khattab entravée
Le projet de construction de la mosquée «Omar Ibn El-Khattab», dont le permis de construire date du 03 mai 2006, n’a pas encore vraiment démarré, en raison justement de l’implantation sur son terrain d’assiette, de certaines de ces constructions illicites. Le comité chargé des travaux a pourtant fait des pieds et des mains, auprès des autorités locales et wilayales, pour que les 07 familles concernées soient relogées et puissent libérer les lieux. Jusqu’à maintenant, cela n’a rien donné, puisque ces familles sont toujours là et empêchent le lancement des travaux. Le comité en charge du projet devra donc patienter, le temps qu’il faudra, car le chantier ne pourra être mis en place, que lorsque ces habitants entreront en possession des logements qui leur ont été promis. Quand donc en bénéficieront-ils? Là est la question...
500 logements pour lutter contre les bidonvilles
Selon le premier vice-président de l’APC de Remchi, un projet de construction de 500 logements a été récemment mis en chantier au niveau du quartier périphérique de Sidi Ahmed. Ce projet entre dans le cadre de la lutte contre les bidonvilles. Les bâtiments à ériger sont donc destinés, dans leur totalité, aux gens qui habitent dans les taudis de Sidi Ahmed, mais le programme touchera également une partie de ceux qui sont installés à «Oued En-Namous». Le problème de ce grand bidonville ne sera donc résolu que partiellement et les autorités locales, malgré les nombreux immeubles qui ont été construits ces derniers temps, ne sont pas en mesure de reloger toutes les familles dans l’immédiat. Cela signifie que l’éradication de ce regroupement hétéroclite ne pourra pas se faire dans un proche avenir. La situation est déjà incontrôlable dans ces lieux et le restera sûrement encore pendant longtemps, car il est difficile de reloger tant de monde, dont le nombre augmente de façon exponentielle.
En attendant de reloger ceux qui sont déjà installés, il faudra, peut-être, penser à mettre fin à la prolifération des «gourbis», tout en veillant à la démolition immédiate des constructions de ceux à qui on attribue un logement. Les autorités communales pourront alors éradiquer progressivement un cantonnement qui ternit l’image de Remchi.
R. Zenasni
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com