Tlemcen - A la une

DALIL SACI EXPOSE À TLEMCEN L'art digital pour sublimer le patrimoine



Du 15 mars au 5 avril, l'artiste plasticien Dalil Saci expose 150 œuvres inédites au palais de la culture Imama de Tlemcen. Une toute nouvelle collection entièrement consacrée aux sites et monuments historiques de la cité des Zianides.
Avec cette importante exposition intitulée «Tlemcen, pigments et patrimoine», l'opportunité est donnée au large public de découvrir une forme d'art plastique très avant-gardiste, mais encore méconnue. Il s'agit de ce que son précurseur (et toujours unique représentant en Algérie) appelle l'«art digital», une nouvelle technique qui a ses adeptes dans quelques rares pays développés tels le Japon, les Etats- Unis... Il faut dire que l'originalité, la richesse première du travail de Dalil Saci résident dans l'infinie variété d'une palette de couleurs puisées de la lumière. Ces couleurs au nombre illimité, invisibles à l'œil nu, correspondent, en physique, aux centaines de milliers de métaux qui composent l'univers. Précisément, le tout nouvel art digital se résume en la technique maîtrisée de mise en valeur des couleurs véhiculées par la lumière. Sur les toiles de Dalil Saci, cela donne de magnifiques dégradés et des nuances inattendues. Par exemple, la même image représentée dans deux tableaux distincts peut être habillée de couleurs chaudes ou froides, selon la fantaisie de l'artiste. La beauté d'un site ou d'un monument historique est ainsi sublimée grâce à cette extraordinaire gamme chromatique. Pour réussir de telles œuvres d'art, il faut savoir conjuguer avec bonheur la photographie, l'informatique et la peinture. Un processus dans la création qui nécessite une parfaite maîtrise de chacun des trois volets, et donc beaucoup de professionnalisme. A la base, l'artiste fait appel au traitement numérique de l'image par l'outil informatique, avec des logiciels spécialisés de dernière génération. Bien sûr, cette phase finale est précédée par l'étape des repérages sur site puis celle des prises de vue avec un appareil photo numérique. Au final, Dalil Saci ressort ses œuvres sur toile par le moyen d'imprimantes ultra-perfectionnées. Ces dernières années, l'artiste s'est spécialisé dans la «décomposition » de la lumière dans l'intérêt exclusif de la valorisation du patrimoine historique et archéologique de l'Algérie. Toutes ses collections, ses expositions sont dédiées à ce patrimoine. Avant Tlemcen, il avait consacré un travail au palais Mustapha Pacha, Alger, du 29 mai au 9 juin 2011. L'exposition était organisée par le Musée national de l'enluminure, de la miniature et de la calligraphie, sous le patronage du ministère de la Culture. Une palette de 45 tableaux qui a eu des échos favorables, y compris en haut lieu. Il nous confie à ce sujet : «La représentante du ministère de la Culture, Mme Zahia Benchikh, m'a félicité pour ce travail. Elle a fait part de ses appréciations à Mme Khalida Toumi. Après cela, j'ai été appelé à soumettre un projet sur Tlemcen. Ma proposition acceptée par le ministère de la Culture, je me suis rendu à Tlemcen, où, durant quinze jours, j'ai pu visiter tous les sites du patrimoine de la ville. Il y a eu d'abord les repérages ensuite les prises de vue. A mon retour à Alger, je suis passé à la phase de traitement des clichés.» Dalil Saci précise que trois mois de travail ont été nécessaires pour créer cette collection de 150 tableaux à partir d'un millier de photos. Mieux encore, nous dit-il : «J'ai accompagné ces toiles d'un coffret de 20 œuvres puisées de la collection, selon un format carte-postale.» Dalil Saci nous montre également le prototype d'un beau livre conçu en parallèle avec son exposition. «C'est un livre d'art de 180 pages. Il contient les 150 tableaux, en plus d'un texte sur chaque site et monument. Je l'ai intitulé également ‘'Tlemcen, pigments et patrimoine''. Tout cela sans oublier le film vidéo d'une durée de 25 mn que j'ai réalisé sur le sujet et qui peut servir d'intermède durant l'expo», nous explique l'artiste aux multiples talents. Lorsque nous l'avons rencontré à Alger, quelques jours avant le vernissage, il était dans l'expectative et se posait des questions. Les responsables concernés observent un silence radio, le ministère de la Culture ne s'est pas encore manifesté. Toujours cette manie de faire les choses à la dernière minute, ensuite de parer au plus pressé... Enfin, espérons que Dalil Saci n'ait pas été vite oublié alors que son exposition avait été programmée. Il s'interroge, inquiet : «C'est une exposition thématique qui concerne exclusivement le patrimoine tlemcénien. Je m'y suis investi totalement malgré mon état de santé, et cela représente huit mois de travail. Qu'est-ce que je vais en faire des 150 tableaux, dans le cas où... ' Il faudrait bien que cette création aille quelque part.» Un peu amer, il ajoute : «Chez nous, la création est orpheline. Ici, l'artiste a beau créer, il n'y a aucun retour d'écoute. Certes, la création est une belle vitrine, et on est bien content de la trouver, de la montrer, mais l'artiste, lui, est toujours oublié. Pourtant, il a besoin de vivre, de se sentir entouré. C'est tellement important.» Quand on pense que Dalil Saci, qui expose régulièrement depuis 1992, n'a pas encore eu droit à la reconnaissance qu'il mérite (ni prix ni distinction, alors qu'il a consacré sa vie à l'art et au patrimoine). Espérons que cet artiste incompris (car en avance sur son temps ') soit enfin reconnu à sa juste valeur pour l'encourager à immortaliser le patrimoine national en temps réel. A noter que l'exposition sur Tlemcen sera transférée, en mai prochain, au Musée national de l'enluminure, miniature et calligraphie d'Alger.
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