
Sabeha Benmansour est maître de conférence en littérature à l'université de Tlemcen, présidente de l'association La Grande Maison, plus connue sous le nom la fondation Mohamed Dib, qui décerne le Prix Mohamed Dib tous les deux ans depuis la création de l'association. La cinquième édition du Prix, prévue pour 2014, a été reportée à 2015 et un nouveau Prix serait sur le point d'être créé. Mme Benmansour a bien voulu nous livrer quelques explications?-La cinquième édition du prix d'encouragement Mohamed Dib (2013/2014) a été reportée à 2015. Pouvez-vous nous en donner les raisons 'Nous avons décidé de retarder la cinquième édition du prix Mohamed Dib pour des raisons pratiques, de financement. Mais aussi parce que nous avons eu une faible participation, avec seulement 10 textes soumis. Au lieu de faire la politique de l'autruche, nous avons préféré en discuter et nous avons décidé qu'il fallait repenser ce prix, qui vise à assurer la promotion et l'encouragement de la jeune écriture autrement.Avec les membres du jury permanent installé lors du lancement du prix, constitué d'écrivains et d'auteurs critiques, tous amis de Dib ou de l'Algérie, nous avons décidé de placer la barre plus haut en créant un Grand prix : un prix d'auteur et non plus un prix d'encouragement. Nous souhaiterions que le prix Mohamed Dib soit un prix qui sélectionne, à l'aide des éditeurs qui mettraient à notre disposition des titres, mais aussi avec l'aide des membres du jury qui feraient circuler leurs coups de c?ur, édités en Algérie ou ailleurs. L'idée est de mettre en place un prix de Consécration plus prestigieux. Ce qui n'exclut pas pour autant qu'on maintienne le prix d'encouragement.-Après plus de dix ans d'existence, ce prix d'encouragement a bien évolué pourtant...Lors de sa création en 2001, date à laquelle notre association a également été créée, nous avions pour ambition de promouvoir la jeune écriture algérienne sous l'intitulé symbolique de Mohamed Dib, qui avait d'ailleurs donné son accord. Nous étions donc tenus à une obligation de qualité et de sérieux. Nous avons cautionné le prix par un jury international. Il a été le premier prix du genre à être créé tout de suite après la décennie de terrorisme. Depuis, on remarque la multiplication de prix d'encouragement en Algérie. Ce qui est en soi positif. Cela dit, on peut remarquer qu'il y a un éparpillement de la production. L'encouragement est largement assuré. Lors de la première session, il avait été financièrement soutenu par les autorités locales (wilaya de Tlemcen), la seconde et la troisième éditions ont été soutenues par le groupe Sonatrach. Pour la quatrième session, nous avons délibérément fait coïncider l'événement avec la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture arabe». Ce qui nous a permis de marquer notre présence à la manifestation, mais aussi d'élargir le concours aux arabophones et aux berbérophones.-Cela représentait un intérêt particulier...Oui, le problème de la langue ne s'est jamais posé pour Mohamed Dib, qui est l'un des rares écrivains maghrébins à ne pas être passé par les crises qu'ont connues beaucoup de nos grands écrivains.Il n'avait pas de rapport conflictuel avec son moyen d'expression. Il explique d'ailleurs très bien comment il a intégré une musique qui lui était au départ étrangère à sa propre partition. C'est assez exceptionnel dans notre champ littéraire. Si vous aviez eu l'occasion de le connaître, vous auriez tout de suite remarqué la symbiose entre l'homme et son écriture.-Vous teniez à ce que le prix qui porte son nom lui reste fidèle...A chaque fois que j'allais à Paris, je ne manquais pas de lui rendre visite après notre première rencontre suite au premier hommage qui lui a été consacré dans les années 90'. J'ai beaucoup appris à la rencontre de l'homme. Il était serein, très détaillé dans la moindre de ses analyses. Il avait beaucoup de modestie et était toujours à l'écoute. Il lisait beaucoup les jeunes auteurs, dont certains sont maintenant devenus de grands écrivains. A tous ceux qu'il lisait, il faisait un petit mot personnalisé. Nous voulons inscrire le prix dans cet esprit. Lorsque nous avons créé l'association «La grande maison» en 2001, notre principal objectif était de promouvoir son ?uvre auprès des plus jeunes, mais aussi encourager la jeune écriture.-Fondation Dib, Association Mohamed Dib, Association «La grande maison», votre association est connue sous plusieurs appellations?Lorsque nous avions créé l'association en 2001, nous avions décidé de l'appeler Fondation Mohamed Dib. Nous voulions organiser une structure articulée autour de deux éléments forts. Tlemcen, comme lieu emblématique, (dont Mohamed Dib est originaire, ndlr), mais aussi la glorification de l'?uvre tout en assurant la relève. Il était tout de même important pour nous de rester fidèles à son ?uvre ouverte sur l'extérieur. Lorsque nous avons déposé notre dossier administratif pour la création de la fondation, nous avons eu deux couacs administratifs : d'abord nous avons découvert qu'une autre association portait déjà son nom. C'était une association qui travaillait dans le théâtre. Nous avons ensuite réalisé qu'il n'y avait aucune différence entre une fondation et une association en Algérie. Quelques années plus tard, nous avons fait l'objet d'attaques de la part du neveu de Mohamed Dib, qui a décidé sans que personne ne le lui demande de défendre les intérêts de l'écrivain.Pendant six ans, il a tout fait pour nous discréditer. Ça s'est finalement terminé par une affaire en justice. Il a été débouté. On a fini par opter pour un intitulé métaphorique, qui est La grande Maison, titre du roman qui a propulsé Dib au-devant de la scène littéraire. Les grandes maisons chez nous ne sont pas fermées. Elles sont en même temps repliées sur leur intimité, puisque tout se passe à l'intérieur : les fenêtres donnent sur le patio. Mais en même temps, il y a des codes d'entrée?Nous avons, au regard de tous ces éléments, décidé de nous cramponner à notre intitulé «La grande Maison», qui est très bien, je trouve.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Bouredji Fella
Source : www.elwatan.com