
Mustapha Nedjaï, écrivain et homme de théâtre, animera, aujourd'hui, une conférence sur Ayred à Béni Snous. « Nous sommes des gens du spectacle. Dans les premières années de notre travail théâtral en Algérie, nous avions adapté des amateurs du théâtre universel à l'exception de « La poudre d'intelligence » de Kateb Yacine et de « El Agraa » d'un jeune amateur algérien, Zahir Bouzerar, mais les pièces étaient toujours travaillées pour une scène traditionnelle et les besoins d'une tournée. Mais le manque de documentation sur les us et coutumes nous a conduits à faire notre recherche personnelle à l'intérieur du pays, selon les nécessités du spectacle. Et dans les années 1980, en faisant du théâtre à la télévision concrètement en préparant la conception du film « Maître patelin », le manque d'écrits et de dramaturges a impulsé en nous le besoin d'en savoir plus en prenant en charge de manière personnelle la recherche d'anciennes formes de théâtre en Algérie », nous indique Mustapha Nedjaï, l'auteur de « Ayred, Ennayer chez les Béni Snous. Aux origines du théâtre... », un livre-album qu'il a publié dans le cadre de la manifestation « Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011 ». Et d'ajouter : « Etant praticiens du théâtre, notre but n'était pas de poursuivre des investigations strictement d'ordre théorique, mais de découvrir éventuellement des faits ou leurs traces pouvant étayer notre travail pratique. Cette recherche s'est avérée nécessaire dans le contexte culturel actuel de notre société où des questions comme la réécriture de l'histoire, la récupération du patrimoine culturel traditionnel sont à l'ordre du jour. » Notre interlocuteur rappelle que « le retour aux sources » en tant que recherche de toutes les expressions du passé, demeure comme une restitution de la mémoire collective, une restauration de vieilles traditions oubliées. « En plus, l'état de la réflexion sur l'histoire du théâtre algérien restait marqué par des limites n'allant pas plus loin que des descriptions formelles du conteur (Goual), le Garagouz (le théâtre d'ombres), le théâtre populaire du XIXe siècle et ce, sans investir de manière systématique des périodes plus anciennes, de type parathéâtral. » Selon Mustapha Nedjaï, les premiers résultats de sa recherche furent le recueil d'un certain nombre de rapports d'officiers de la colonisation, des chroniques de voyageurs, des textes de chercheurs européens. Il ressortait de cette documentation que dans les différentes régions du Maghreb, lors de fêtes religieuses ou des « portes de l'année », jours qui introduisaient chaque fois un nouveau cycle du calendrier agraire, il y avait de grandes festivités populaires pendant lesquelles on pratiquait d'anciennes formes d'expression théâtrale. « Ces fêtes étaient appelées Fordjas (jeu pour être regardé). Aux côtés de personnages masqués, costumés, avec des danses et des chants, toujours accompagnés de musique, il y avait une action, nommée « la grande action », qui consistait à faire le tour du village en bénissant, en contrepartie de dons alimentaires, les habitants et leurs maisons. Après la quête, le cortège, suivi de la population, se dirigeait vers la place du village où les « déguisés » interprétaient différentes scénettes aux textes improvisés pour enfin clôturer la fête par un grand feu autour duquel on festoyait avec les offrandes recueillies », fera-t-il observer. A l'origine, les personnages masqués, a-t-il expliqué, représentaient les ancêtres, forces invisibles, revenant sur terre aux jours sensibles du calendrier agraire afin de bénir les gens, la nature et porter bon augure. « Après l'étude de la documentation, nous sommes allés sur le terrain chercher les traces d'anciennes festivités. A notre grande surprise, nous avons rencontré trois vieilles personnes âgées de 70, 103 et 105 ans qui avaient été des acteurs de ces Fordjas. Les deux premières avaient interprété des personnages principaux de leur Fordja dans leur jeunesse. L'une d'elles nous raconta comment elle produisait un langage inventé, sons bizarres et mimiques appropriées, lorsqu'elle s'adressait au cadi. Le but était de caricaturer les notables turcs et leur langage incompréhensible au peuple. Le troisième témoin nous confirma sa participation en tant que musicien de leur Fordja », dit-il. « Dans un village des Aurès, à Menaâ, des habitants confirmèrent également l'existence de ces fêtes en évoquant les masques en cuir confectionnés par un cordonnier du village », ajoute Nedjaï. « Ce qui nous importait n'était pas de rechercher les origines de ces Fordjas par apport aux aspects magiques, rituels ou religieux, mais de réfléchir plutôt aux capacités de ces populations à s'exprimer à travers des formes parathéâtrales, de comprendre comment, avec le temps, les nouveaux contenus avaient émergé des anciennes formes, à quel point les innovations avaient transformé le caractère de la fête. Nous avons constaté que les Fordjas se sont transformés avec le temps en événements profanes où les problèmes des gens étaient représentés par les moyens de l'art. Notre travail de création pour la réalisation du thème de ''Maître patelin'' a été une tentative de réappropriation de ces anciennes formes à travers une reconstitution fictive des fêtes d'antan pour un public d'aujourd'hui », rappelle l'homme de théâtre. Et de conclure qu'« au-delà du cérémonial et pour que le mythe devienne réalité, il est à souhaiter que Yennayer soit un déclic pour un retour à la terre nourricière, car c'est là le message fondamental de la célébration de cette fête ». Que les portes du bien s'ouvrent et que les portes du mal se ferment ! Asseggas Ameggaz !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Medjahdi Mohamed
Source : www.horizons-dz.com