Du Palais du festival où je me trouve, voici chers lecteurs un compte-rendu que je suis obligé de boucler en moins d?une heure car, d?autres journalistes attendent leur tour pour accéder aux ordinateurs. Le temps, voilà la vedette du festival de Cannes! On parle du temps qu?il fait aujourd?hui ou qu?il va faire demain, comme si c?était la chose la plus sacrée de cette quinzaine festivalière, la présentatrice météo va-t-elle supplanter le critique cinéma ? Â Ce matin, j?ai pris le temps de prendre un petit-déjeuner dans un café du bord de mer. Le temps de lire la presse, de commander un autre double expresso et d?entendre une discussion fort intéressante entre journalistes américains au teint californien. Ils se partagent les tâches de la journée et font leurs choix des films en fonction de leur durée. La plus jeune du groupe se plaint d?avoir à voir le film russe de la compétition « IZGNANIE » (Le Bannissement) d?Andreï ZVIAGUINTSEV qui fait 155 minutes (ou 2h35). Â Curieusement, on retrouve cette même obsession du temps dans les films qui se projètent dans les salles. A commencer par le film d?ouverture, celui du maître de Hong Kong, Wong Kar-wai, qui est passé à l?heure américaine avec « My blueberry Nights ». On pourrait résumer ce film myrtille en disant qu?il s?agit d?une année dans la vie amoureuse d?une brave fille larguée par son boy-friend. Le film, délicieux et léger à la fois, est tourné comme un journal intime, avec un compteur qui nous indique les jours et les mois qui passent. Entre la fille larguée, jouée par la chanteuse Norah Jones, et le barman incarné par Jude Law qui va finir dans ses bras, il n?y aura eu qu?un seul et même baiser qui dure quelques précieuses secondes et que Wong Kar-wai filme avec brio et nous livre en deux épisodes distincts dans le temps du film. Si j?avais le temps de trouver les bonnes formules, je vous aurais dit à quel point ce film ? certes mineur dans la filmographie du grand auteur de « In the mood for love », « Chungking Express » et « Together Alone » - a un atout maître : le plus beau baiser du cinéma vu ces dernières décennies... Â Le temps est tout aussi crucial dans le beau film roumain de Cristian Mungiu intitulé « 4 mois, 3 semaines et 2 jours ». D?une durée de 113 minutes, le film nous transpose 20 ans en arrière, dans un petit village roumain, quelques années avant la chute du communisme. En ces temps-là l?avortement était considéré comme un crime, or, Gabita, jeune étudiante un peu gourde, tombe enceinte et sa copine de chambre Ottila est bien décidée à l?aider... Tant pis pour l?invitation à déjeuner sur le yacht d?un des nababs de l?industrie cosmétique, puisqu?on n?a pas le temps de tout faire à Cannes, autant aller à la conférence de presse de ce jeune réalisateur roumain qui promet. Qu?est-ce qu?on apprend au juste ? Que la loi interdisant l?avortement, instaurée en Roumanie en 1966, a causé la mort de plus de 500 000 femmes. Depuis la chute du dictateur Ceausescu en 1989, l?une des premières mesures prises dans le pays fut le rétablissement de la légalité de l?avortement. Aujourd?hui, d?après le réalisateur roumain qui a l?air de connaître son sujet, plus de 300.000 cas sont recensés chaque année. A ce stade, le Vatican va bientôt regretter le bon vieux temps du stalinisme. Â Un mot sur la cérémonie d?ouverture. Contrairement aux prévisions, la grande foule n?était pas au rendez-vous en bas des marches pour le 60ème anniversaire du festival. La Faute à l?Elysée et à son nouveau locataire. Mercredi 16 mai, c?était aussi la cérémonie d?ouverture du quinquennat de Nicolas Sarkozy à Paris. A Cannes, où l?on a voté en masse pour le candidat de la droite (71,79%), on a préféré suivre la cérémonie parisienne à la télé plutôt que la cérémonie locale en direct. Nicolas et Cécilia sont donc plus adulés que Norah Jones et Jude Law. Les temps changent comme toujours, mais de plus en plus vite semble-t-il et bien sûr jamais dans le sens où l?on veut. Â Bon, maintenant il est grand temps de parler de la petite place réservée à l?Algérie dans ce grand festival des cinémas du monde. Le vrai scandale c?est la non sélection du troisième film de Nadir Moknèche, « Delice Paloma », beau film sur l?Algérie d?aujourd?hui, avec Biyouna et Nadia Kaci qui n?ont jamais été aussi bonnes à l?écran. Les sélectionneurs cannois lui ont préféré un film de « l?immigré de longue date », Mehdi Charef, « Les cartouches gauloises », parabole sur la guerre d?Algérie vue à travers le regard d?Ali, un petit garçon de dix ans vendeur de journaux et son ami « européen » Nico. Nouée en dépit de la cruauté de la guerre, l?amitié des deux gamins va être interrompue à la fin du printemps 1962. Le film est produit par Constantin et Michèle Costa-Gavras qui, pour la petite histoire, avaient tôt fait d?acquérir les droits du Thé au harem d?Archimède, à la sortie du roman, et avaient alors encouragé Mehdi Charef à en faire un film. Pour mémoire, Le Thé au harem d?Archimède a été couronné en France du prix Jean-Vigo en 1985 et du César du Meilleur réalisateur pour une première oeuvre en 1986. Vingt ans plus tard, les voilà de nouveau engagés dans « Les Cartouches gauloises » qui a été tourné à Maghnia, la ville natale du cinéaste, et dans les environs de Tlemcen. Le film sera projeté le 25 mai à Cannes, hors compétition, et sera suivi d?une fête aux couleurs algériennes dans la boîte la plus courue de la croisette (on en parle en fin de semaine donc). L?autre film qui pourrait nous intéresser est signé par Barbet Schroeder, c?est un documentaire consacré à Jacques Vergès : « L?Avocat de la terreur ». Le film dure près de 2h40 mais le cast - en quelque sorte - est alléchant : Djoher Akrour, Abderahmane Benhamida, Mohamed Boudia, Djamila Bouhired, Bachir Boumaza, Bruno Breguet (activiste pro-palestinien), Miloud Brahimi, Carlos, Zohra Drif, Waddi Haddad, Anis Naccache, Yacef Saadi... A l?heure qu?il est on ne sait pas s?il y aura une super boum à l?issue de ce film mais, dores et déjà, on peut vous dire que Georges Habbache, Saddam H. et Pol Pot ne seront pas de la fête pour cause de décès et qu?un certain Oussama B. qui devait être le MC de la surboum a réservé sa réponse comme l?exige son statut de célébrité planétaire.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Envoye Special A Cannes Tewfik Hakem
Source : www.lequotidien-oran.com