l Il a 80 ans. Son métier à tisser aussi. Des reliques pas encore mises au musée. Deux «jumeaux» qui perpétuent une tradition dans le vieux Tlemcen, datant des débuts des années 1900. «J'ai embrassé ce métier quand j'avais 7 ans et à 16 ans je me suis mis derrière un métier à tisser, celui que vous voyez aujourd'hui», confesse toujours avec passion Ammi Ahmed.
Debout, pendant 2h à 2h30, pour la fabrication d'un haïk «mramma», comme il le précise, le maâlem n'a d'yeux que pour l'objet de valeur qui prend forme et pour les fils enchevêtrés que son «apprenti», Mohamed Abdellaoui (68 ans), démêle avec adresse. «Mon maître a été le défunt Hami Bekhchi que Dieu ait son âme, mais, regrette-t-il et avec un ton de désolation, nos enfants fuient le métier. Ils sont passionnés par autre chose que l'artisanat de leurs aïeux. Il n'y a pas de relève et le haïk disparaîtra avec nous.»
Quant à l'invasion de la djellaba marocaine et autres vêtements de l'Orient dans notre société, M. Benabdelhakem réplique avec dépit : «C'est l'une des conséquences de l'abandon de nos traditions pour des raisons multiples. L'artisan, aujourd'hui, crée des trésors, pas pour faire fortune, mais pour sauvegarder une tradition, même si personne ne s'en soucie. Aujourd'hui, on n'aime plus la beauté et l'authenticité, on privilégie le bas de gamme qui n'a aucune relation avec nos us, mais qui ne coûte pas cher. Il y a l'influence de l'extérieur et le pouvoir d'achat qui a dégringolé'»
Un haïk est fabriqué avec du polyester, du coton, de la soie. Un produit noble, comme le rappelle Si Ahmed, mais, ajoute-t-il, «ce n'est pas toujours évident de pouvoir maintenir cette tradition. La nostalgie ne nous nourrit pas. Aujourd'hui, on importe la matière première qui nous revient cher. Nous n'avons pas de subventions des pouvoirs publics et les jeunes se détournent de ce métier». Pourtant, malgré l'amertume que l'on perçoit dans ses paroles, maître Benbdelhakem ne semble pas vouloir abdiquer. «La femme ne peut être réellement belle, authentique et pudique que dans un haïk mramma et rien que pour cela, je continuerai à filer du coton jusqu'à ma mort», conclut-il.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chahredine Berriah
Source : www.elwatan.com