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Zineb Ali-Benali à propos des contes populaires



Zineb Ali-Benali à propos des contes populaires
Zineb Ali-Benali, professeur à l'Université Paris 8 (France), département de Lettres, a estimé que les contes algériens ont été minorés culturellement pendant la période coloniale, puis, a-t-elle fait observer, ils étaient considérés comme étant une quantité négligeable, «khourayfate».«L'Etat-Nation s'est construit et continue à fonctionner dans une conception culturelle de l'exclusion du monolithisme. Les contes sont rejetés, plus que la poésie, car ils parlent d'un monde de la fantaisie, de l'imagination. Ils parlent une langue tendancieuse, racontent des histoires tendancieuses, irrévérencieuses», a-t-il dit. La posture, logique, de l'Etat-Nation à l'égard du conte, notamment de 1962 à 1980, s'inscrit dans une conception culturelle», a-t-elle indiqué. Elle s'exprimait lors d'un colloque national organisé par la direction de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, à la maison de la culture Mouloud Mammeri, sur le thème : «La littérature de l'oralité et le conte populaire : de la transmission culturelle à la construction identitaire». Dans sa communication intitulée : «Ce que le conte dit sans dire, pour une lecture archéologique», la conférencière a proposé une lecture archéologique de quelques contes algériens. «De quelles croyances, très anciennes, de quelles traces d'histoires, ces contes sont-ils la mémoire '», s'est-elle interrogée relevant que le conte vient de loin, du monde de la légende, et peut-être de plus loin encore, du temps où l'homme se fait homme, par les conquêtes successives sur lui-même et le monde. Evoquant ce qu'elle a qualifié de conception habituelle du conte et sa place dans le culture, la conférencière a relevé que le conte défini comme étant un ensemble d'histoires dites par les femmes dans le cercle familial aux enfants, est considéré comme faisant partie des littératures sans importances. «Les contes, considère-t-on, n'ont pas prise sur le réel qu'ils ne reflètent pas et parlent des pays lointains et d'êtres fantastiques». Si bien que qu'ils (les contes, ndlr) plongent dans des profondeurs culturelles et humaines que l'on devine à peine, mais qui peuvent se révéler, par fragments, par ressemblances et par allusion, dès qu'on se fait archéologue de la culture. Mme Zineb Ali-Benali reprendra, à cet effet, Taos Amrouche qui, parlant de sa mère, Fathma Aït Mansour, dit avoir eu de la chance d'avoir en elle, une admirable narratrice. «J'entends encore, disait-elle, sa voix inspirée prononcer sur le ton de l'incantation la formule initiale qui nous faisait pénétrer comme par magie dans l'univers de la légende (...) et la formule finale (...) qui nous indiquait que le conte devait passer en nous comme un ruisseau, nous enchantant pour toujours, et poursuivre sa course de bouche en bouche et d'âme en âme, jusqu'à la fin des temps». Pour la conférencière, le conte ne peut être contenu, instrumentalisé. Il parle, a-t-elle dit encore, une langue canonique, regrettant qu'on l'ait contenu dans la littérature, comme secondaire, sans importance. «Le conte qui nous permet de replonger dans une histoire qui se déploie sur plusieurs plans, a toujours été tenu à l'écart de l'efficience du monde», a-t-elle poursuivi. Le conte est oral et demande des conditions d'énonciation précises, a encore rappelé la conférencière. «Un conteur, et souvent une conteuse dit (et le dire est important) ? quand et où, dans quelles circonstances ' ? à un auditoire», a-t-elle indiqué faisant observer que le conte garde dans ses structures fondamentales, les marques de ce qui l'a fait être. Car, «l'histoire des êtres humains, si elle évolue et change, reste celle des confrontations fondamentales, comme celles de la vie et de la mort, du mystère du monde et des peurs, des pulsions violentes et animales qu'il a fallu apprendre à surmonter par la symbolisation, des croyances...». En un mot, a-t-elle conclu, le conte garde les traces et la mémoire de ces questions fondamentales.


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