
On se serait cru sous le régime de Pinochet ! La vidéo amateur montrant la terrible répression qui s'est abattue sur les jeunes manifestants du Printemps berbère a fait l'effet d'un gros pavé jeté dans la mare de la? sérénité affichée par les promoteurs du quatrième mandat, et servie à tout-va comme élément central dans la réussite de la construction citoyenne sous l'ère de Bouteflika. La police au service du citoyen, voilà un slogan qui vient certainement de voler en éclats avec les récents événements de Kabylie. Un gros scandale en fait qui fera date et que l'Algérie risque de traîner longtemps comme un boulet sur le plan international étant entendu que les réseaux sociaux n'ont pas attendu pour lui faire faire le tour du monde.La vidéo donne en tout cas des frissons à tous ceux qui voyaient s'étaler au grand jour devant leurs yeux la vraie nature du régime. Et l'effet d'horreur n'est pas près de s'estomper. Cela se passe en Algérie, comment est-ce possible ' C'est bien sûr l'image de la police ? en uniforme ou en civil ? qui a été ternie en premier par ces séquences d'un autre âge diffusées sur le Net avant d'être reprises par les télés qui ne sont pas de connivence avec le Pouvoir. Tous les Algériens qui ont visionné ce film de pas plus de deux minutes ont été choqués par l'extrême brutalité des flics qui se sont acharnés avec une rare violence, une agressivité inouïe sur une jeunesse traitée comme du bétail et dont le «crime» a été de marcher pacifiquement pour défendre la liberté d'expression et les droits de l'homme dans le contexte de la célébration d'une date symbolique et marquante.Sous un angle plus large, c'est la politique sécuritaire musclée, colonne vertébrale du système de gouvernance de Bouteflika, qui a été mise à nu par le comportement exécrable d'un service d'ordre qui dans des situations de tension pareilles donne l'impression d'avoir été formaté et conditionné pour réprimer et montrer sa haine face aux citoyens. La répression a été filmée en plein air, on imagine ce qu'elle a pu être à l'intérieur des commissariats, c'est-à-dire à l'abri des regards indiscrets.Ces séquences qui ont vraiment dépassé le seuil de l'entendement dans une Algérie qu'on avait toujours du mal à comparer aux pires dictatures africaines ou sud-américaines reflètent-elles «un cas isolé» de dépassement incontrôlé, une dérive comme on dit dans le jargon policier, ou traduisent-elles dans les faits la volonté qu'on prête au Pouvoir de réagir par une main de fer contre tous ceux qui contestent politiquement la tournure prise par l'élection présidentielle ' Sans tomber dans le jeu d'une généralisation facile, il y a lieu d'admettre cependant que le comportement ultra brutal du service d'ordre chargé de maîtriser les manifestations de Tizi Ouzou aurait posé un vrai problème de conscience et de responsabilité sécuritaire au patron de la DGSN qui a d'ailleurs, pour limiter les dégâts d'une médiatisation ruineuse, ordonné immédiatement une enquête pour sévir contre les auteurs de ces actions punitives intolérables.En tout état de cause, cette sinistre affaire est tombée à un moment où il ne fallait pas aux yeux du Pouvoir qui voulait, après l'euphorie d'un scrutin dirigé, rester le plus longtemps possible dans la démagogie candide d'une gouvernance démocratique virtuelle. Quand on chasse le naturel, il revient au galop? quand bien même il a été question, lors de la campagne de Bouteflika, de cette notion de l'Etat de droit que le Président-candidat aurait assuré aux Algériens et qui devrait être consolidé durant sa nouvelle mandature. Le mot d'ordre, à force d'être galvaudé par Sellal et ses compagnons du gouvernement, a fini par perdre tout son sens.Le voilà donc complètement désavoué par des agissements de policiers qui se croient tout permis et qui, sous prétexte de vouloir faire régner l'ordre et la sécurité se sont laissés entraîner dans une glissade collective qui a pris malgré elle une dimension politique à l'opposé des thèses officielles. Avant de savoir si la police et ses corollaires sécuritaires ont droit de réprimer ou non, il faut se demander d'abord si dans notre pays le droit à la manifestation publique pacifique existe ou pas.C'est à partir de la réponse à cette question qu'il faut définir les rapports extrêmement caducs entre la police et les citoyens, autrement dit deux entités couvertes par la même Constitution, chacune ayant des droits et des devoirs, et bien entendu des limites à ne pas franchir. Comment donc envisager, comme dans tout pays démocratique, une manifestation publique comme source de contestation citoyenne si le Pouvoir refuse de l'admettre en tant que telle et l'interdit sous prétexte qu'elle est porteuse de troubles à l'ordre public ' C'est à force de comprimer et de vouloir étouffer les cris de détresse des citoyens que les tensions deviennent ingérables et synonymes de débordements dans tous les sens.La vidéo amateur que certaines chaînes de télévision privées, ?uvrant ouvertement pour le Pouvoir de Bouteflika, ont voulu discréditer en la présentant comme une vulgaire manipulation médiatique, intervient comme un grave moment de réflexion dans le débat public sur les excès du système concernant les atteintes aux fondamentaux de la démocratie. Le déni démocratique qui va de la répression citoyenne aux mesures de rétorsion pour museler la presse, en passant par le piétinement permanent des institutions est aujourd'hui comme dans une maison de verre, sous surveillance citoyenne. Les Algériens ont désormais des portables pour se défendre contre les infamies de l'abus du pouvoir et n'ont aucunement l'impression de commettre des délits en informant l'opinion publique. Le huis clos n'est plus permis.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderezak Merad
Source : www.elwatan.com