En Kabylie, la taille de la pierre est devenue ces dernières années une véritable menace sur la vie de ceux qui s'y adonnent, particulièrement ceux qui ne respectent pas les mesures de sécurité.
Dans la wilaya de Tizi Ouzou, plusieurs régions sont connues pour cette activité ancestrale qu'est la taille de la pierre, un matériau qui orne et consolide tout à la fois les murs des maisons.
Réputé pour sa pierre taillée et finement sculptée par des artisans qui ont hérité de cet art de père en fils, le village de Tala Bouzrou (la fontaine de la pierre), relevant de la commune de Makouda, à une vingtaine de kilomètres de Tizi Ouzou, a vu, la semaine dernière, l'organisation d'une journée de sensibilisation à la silicose, cette terrible maladie qui attaque les poumons et qui constitue la première cause de mortalité chez les tailleurs de pierre. Les études le prouvent et la réalité le démontre, les tailleurs de pierre paient de leur vie en pratiquant ce métier millénaire. Depuis 2007, dans la wilaya de Tizi Ouzou, six personnes ont déjà payé de leur vie leur contact permanent avec la poussière qui se dégage de la pierre taillée. Il se dit que les symptômes de la maladie apparaissent généralement après cinq ans d'exposition à la poussière de la pierre taillée et la mort du patient survient après une souffrance qui dure autant d'années. Par ailleurs, trente personnes atteintes de silicose ont été recensées au niveau de trois localités de la wilaya, à savoir Azazga, Aïn El-Hammam et Tala Bouzrou.
C'est ce qu'a déclaré, à Makouda, le Dr Hamache, spécialiste des maladies pulmonaires au CHU de Tizi Ouzou. Le mot d'ordre, au cours de cette manifestation, était sans nul doute la prévention. C'est d'ailleurs un point sur lequel ont insisté tous les intervenants qui estiment que 'la silicose est malheureusement incurable et le malade n'a la chance de guérir qu'à travers une greffe pulmonaire', notera encore Dr Hamache, qui ajoutera que 'l'accumulation de la poussière dans les poumons finira par les transformer en véritable pierre'. Les participants ont aussi voulu soulever le problème de la prise en charge des malades qui ne possèdent pas de couverture sociale et qui se retrouvent contraints de subir, seuls, chez eux avec leur famille, les souffrances. Au cours de la même rencontre, des représentants de T'kout, dans la wilaya de Batna, ont tenu à intervenir pour faire part de leur expérience, quand bien même malheureuse en ce domaine.
à se fier aux chiffres émis par ces derniers, 76 personnes ont péri des suites de cette maladie depuis 2004. Ajoutant par la même occasion qu'actuellement, ils sont 300 personnes touchées par ce mal, dont cinq sont gravement atteintes. En plus des conférences qui ont vu l'intervention de plusieurs médecins, spécialistes et même les premiers concernés, ceux qui travaillent la pierre, un film documentaire avec de nombreux témoignages de tailleurs malades de la silicose, aujourd'hui décédés, a été projeté et a suscité la consternation au sein de l'assistance. Et comme son nom l'indique, le village Tala Bouzrou n'a que la pierre taillée, qui constitue la seule richesse qui fait vivre ses habitants, même au détriment de la santé de ses enfants. Trop attachés à cette activité héritée de père en fils, les artisans du village refusent même d'aller consulter un médecin de peur de découvrir la sale maladie. Quel dilemme !
Samira BOUABDELLAH
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samira BOUABDELLAH
Source : www.liberte-algerie.com