
Le village natal de Chérif KheddamDans ce petit village, le passé vit en parfaite communion avec le présent.C'est un petit village résolument accroché aux cimes du Djurdjura. A peine 500 habitants y vivent. Mais leur vie est chargée de bonheur, de dignité et surtout de défis. Après une guerre de sept ans qui a détruit leurs maisons, les gens se sont mis au travail pour construire un village nouveau tout en sauvegardant le patrimoine. Boumesaoud, le village qui a vu naître le grand Cherif Kheddam. Un petit bourg, mais d'une beauté presque indescriptible. Nous avons relevé le défi et nous y sommes allés pour voir Boumesaoud qui a ravi le prix Rabah Aïssat du village le plus propre, dans sa 7ème version.A Boumesaoud, le passé vit en parfaite communion avec le présent. La montée est longue depuis la nouvelle gare de Tizi-Ouzou. il aura fallu, pour parvenir à Boumesaoud, faire escale à Aïn El Hammam. Une belle ville qui nous rapproche d'Iferhounene. Le chemin n'arrête pas de monter, mais résolument, Boumesaoud nous tend la main et nous y parvenons. Nous sommes submergés par un bouquet de sentiments et de sensations très forts. L'accueil chaleureux de ses habitants, les petites ruelles qui se tiennent les unes les autres et celui du saint Sidi Amar Ouhamouche répandant sa baraka sur tous les visiteurs.L'eau vient des entrailles de notre villageCe qui frappe du premier regard à Boumesaoud, c'est cette présence forte du passé. Les anciennes maisons n'ont pas été démolies pour construire de nouvelles. Bien au contraire. Elles sont restées comme des témoins d'un passé indélébile qui projette les gens vers un avenir tout aussi authentique.Après le passage par Sidi Amar Ouhamouche, c'est la Djemaâ, lieu de réunion des villageois qui nous accueille. Conçue avec des matériaux modernes tels que la dalle de sol. Une décoration murale qui rappelle la fraîcheur de l'eau qui ruisselle d'ailleurs d'une petite fontaine aménagée dans un petit coin. Toutes les meilleures idées qui ont propulsé Boumesaoud vers le prestige d'être le village le plus propre de la wilaya y ont été discutées et mûries sur ces dalles accueillantes. Tout près de là, un peu plus en bas, on aperçoit la mosquée. La nouvelle car l'ancienne se trouve plus en bas. Elle a été construite grâce aux moyens des villageois et relève d'une architecture mauresque. Les salles d'ablutions sont dotées de toilettes de marbre brillant et des douches munies de chauffe-bain. Sortis de cette mosquée à l'architecture mauresque, l'âme remplie de quiétude, nous descendons la petite ruelle qui donne plus à l'intérieur du village. A un détour, nous tombâmes dans un grand espace au bout duquel nous aperçûmes une fontaine ruisselante. L'eau était délicieuse et fraîche. Le décor est d'une extrême beauté. Il y a même des bancs pour se reposer et contempler les cimes accoudées comme pour défier les horizons qui leur pèsent sur les épaules. De là, assis ou debout sur les dalles, nous pouvions apercevoir aussi cette douce brume monter des rivières tracées dans les monts comme les rides d'un âge lointain.En fait, malgré la beauté envoûtante de la place de Boumesaoud, nous devions poursuivre notre descente vers l'intérieur du village. Là, nous sommes rejoints par notre guide, un jeune membre du comité de village.Chaleureusement accueillant, notre interlocuteur s'était montré d'une disponibilité à vous couper le souffle, en s'appliquant à nous montrer les plus petits détails de son petit village. Un petit village, mais qui donne au monde de grandes âmes. Seulement avant de poursuivre avec notre ami, nous ne pouvions éviter d'éclaircir un fait frappant qui a marqué nos esprits dès notre arrivée. Il nous fallait absolument percer le secret de cette eau ruisselant de partout.Il fallait bien percer ce secret. «Nous n'avons pas de réseau de l'Algérienne des eaux ici dans notre village. Nous avons nos propres sources en haut dans la montagne. Nous avons quatre forages. Le dernier, nous venons de faire jaillir son eau. C'était le jour-même de la remise du Prix du village le plus propre. Boumesaoud a vécu deux joie simultanées», explique notre guide. Il racontait en effet que l'eau a été ramenée au village via des canalisations faites par les moyens propres des villageois. Une fois parvenue dans le village, l'eau est répartie via des conduites personnelles vers les foyers, mais sans oublier les places les plus importantes du village. Il y a des sources aménagées avec robinets rehaussés de décor de fontaines anciennes dans les recoins de Boumesaoud.Un village: deux comitésToutefois, ce n'est pas parce que l'ADE n'est pas présente que l'organisation est absente. La distribution de l'eau est minutieusement réglementée par les villageois. Notre jeune interlocuteur nous explique que toutes les maisons ont des compteurs d'eau. Le liquide est gratuit durant toute l'année, sauf les mois d'été. A partir du mois de mai, l'eau est rigoureusement rationnée. Chaque âme a droit à 50 litres gratuitement. Passé cette quantité, l'eau devient payante au litre. La loi reste en vigueur jusqu'au mois d'octobre. Cette organisation villageoise, contrairement à ce qu'il peut paraître, est parfaitement respectée. Les contrevenants risquent des amendes pouvant atteindre des dizaines de milliers de dinars.Après ces explications qui nous ont donc permis de percer le secret de l'abondance de l'eau à Boumesaoud, il nous vient à l'esprit une autre question pas moins importante que la première. Il nous fallait absolument découvrir par quelle potion magique, les habitants de Boumesaoud trouvaient ces financements conséquents.De la paisible place où règne un calme qui guérit les âmes quotidiennement agressées par le bruit des villes, nous poursuivîmes notre pèlerinage à Boumesaoud. Sans pour autant oublier notre question. Quelques mètres en bas, nous bifurquons sur une autre ruelle plus exiguë. Elle menait vers l'ancienne mosquée en pierre. D'une simplicité extrême, la maison témoignait d'une vie religieuse intense mais très simple dans ce village maraboutique. La demeure du cheikh est accoudée étroitement à l'ancienne mosquée, elle aussi, construite de la même pierre. Faute de mégaphone, le cheikh pour faire l'Adhan dispose seulement d'une petite dalle construite avec de la pierre. En y montant, sa voix pouvait parvenir à tous les alentours. Les deux enceintes témoignaient en fait d'une vie religieuse faite plus d'ascétisme qui convenait parfaitement à l'austérité et à la pauvreté des anciennes populations du Djurdjura.Sortis de ces lieux de culte à la lumière spirituelle qui dépasse de loin les moyens matériels dont disposaient les hommes de religion jadis, nous poursuivîmes notre quête pour percer le secret des moyens financiers qui ont permis de construire des lieux de culte, nouveaux, grandioses et de doter le village de moyens d'une vie moderne. «Nous n'avons aucune difficulté à réunir les sommes nécessaires. Les enfants de Boumesaoud restés au village travaillent et les enfants de Boumesaoud partis en France financent», explique notre aimable interlocuteur. Enfin, le mystère est percé. Le village a une sorte de diaspora à l'étranger. Ses enfants donnent de l'argent que les jeunes restés à Boumesaoud investissent dans les projets d'intérêt commun. «Nous avons ici un comité de village, mais nous avons un deuxième comité en France. Nos frères de Boumesaoud sont organisés en comité en France pour travailler parallèlement avec nous. Ils réunissent l'argent nécessaire à des projets que nous leur proposons. Ils nous l'envoient. Notre comité de village ici, se met au travail.Mais, en fait, comment fonctionne cette organisation qui donne l'impression que le village Boumesaoud est une ruche d'abeilles' C'est un autre mystère que nous lèverons tout en poursuivant notre visite.Un pèlerinage manquéLes panneaux conçus sur les murs nous orientent parfaitement à travers les ruelles du village. Soudain, le regard s'accroche justement à un écriteau qui indiquait qu'on passait devant la porte de la maison qui a vu naître le grand Cherif Kheddam. C'est une petite demeure, entrelacée aux autres, construite de pierres irrégulièrement formées. La porte d'entrée comme les dalles et les portes des chambres intérieures étaient de dimensions minuscules comme toutes les maisons kabyles. On devait se courber un peu pour entrer sur un monde grand et vaste. Avec notre guide, nous découvrirons des objets gardés jalousement par la famille malgré le départ pour la France du jeune Cherif. On pouvait encore admirer le berceau qui a vu grandir tous les enfants de la maison. Un mécanisme de tissage ancien resté à l'état neuf avec toutes ses pièces. Le patrimoine est jalousement sauvegardé par l'association Cherif Kheddam. Nous quittons cette petite maison qui a donné au monde un grand homme, ses murs disparaissent derrière nous, laissant place à une vue idyllique sur les montagnes qui commençaient à secouer les ailes à l'arrivée du soleil. Il était déjà midi, passé quelques minutes. Le regard «mouillé» de ce paysage aux couleurs chatoyantes, on s'aperçoit de la présence éternelle de quelques tombes joliment construites en pierres taillées. Sur l'une d'elles, un écriteau indique que c'était là que repose éternellement le grand Dda Cherif Kheddam.La richesse des détails qui se succédaient à nos yeux ne nous a pas fait oublier notre questionnement. Il fallait absolument percer le secret de la réussite de ce travail titanesque.Les villageois travaillaient la nuit«En fait, nous n'avons pas fait tout cela pour gagner le prix Rabah Aïssat. Notre consécration est venue comme une rencontre fortuite. Nous avons travaillé de la sorte avant d'avoir entendu parler de ce prix» explique notre guide devenu notre ami grâce à son accueil chaleureux et son aimable et infaillible disponibilité. Notre interlocuteur nous expliqua que les villageois de Boumesaoud travaillent même le mois de Ramadhan. «Durant ce mois, nous sortions travailler juste après la rupture du jeûne. On ne rentrait qu'à l'appel à la prière d'El Fedjr», raconte-t-il.L'organisation villageoise est strictement respectée. Les membres du comité de village de Boumesaoud sont renouvelés chaque année. On nous explique que la méthode a permis à tous les jeunes de montrer leurs capacités à gérer et à travailler. A la fin de leur mandat, les membres du comité sont tenus de présenter leur bilan devant l'assemblée villageoise à la Djemaâ, justement.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel BOUDJADI
Source : www.lexpressiondz.com