Tizi-Ouzou - A la une

Une histoire, une légende



Il existe dans la ville de Cherchell une Manufacture de tapis traditionnels .Cette Manufacture Centenaire, appelée affectueusement «Dar zrabi», littéralement traduit «Maison du Tapis» fabrique plus de trente types de Tapis Haut de gamme à base de laine pure. Cependant leur prix de vente, est différent des tapis fait à base de fibres synthétiques, qu'on peut acquérir à moins de 10 000 dinars.M. Aberkane, le Président directeur général de cette société par actions (SPA), nous révèle qu'à l'origine, cette manufacture employait 120 femmes sur plusieurs dizaines de métiers traditionnels, hérités pour la plupart de l'ère coloniale. Ce responsable nous relate la légende et l'histoire fabuleuse de «Dar zrabi». «Nos tapis sont fabriqués à base de laine pure. Leur prix est donc plus élevé que ceux des fibres synthétiques. Nos tapis sont donc accessibles aux collectionneurs, aux amateurs de tapis haut de gamme ou à la décoration des grands ensembles hôteliers», nous précise ce responsable. Selon le bref historique que nous a fait le P-dg de cette société, «Dar zrabi a été créée par des dames missionnaires anglaises qui ouvrirent à Cherchell un atelier de tissage de tapis vers 1908, avec l'aide d'une personne qui avait appris la technique de tissage auprès de l'école de tapis de Tlemcen». En fait, on retrouve cet historique dans l'excellent traité «Le tissage manuel» de M. Delaye. Cependant, l'histoire coloniale et la légende cherchelloise rapportent une autre version : «C'était dans les années vingt sous la houlette de Mme Conto, gérante d'une des cinq manufactures que comptait la ville de Cherchell, que naquit le tapis artisanal de Cherchell, confectionné avec des laines d'Australie». Toujours selon l'histoire légendaire de «Dar zrabi» : «Le tapis de Cherchell décorait les luxueuses cabines du premier paquebot géant français Le France. Ce tapis ornait aussi le palais de «Buckingham Palace» et le train de la reine Elizabeth d'Angleterre. La légende de «Dar zrabi», rapportait aussi «qu'un tapis artisanal de 25 mètres fabriqué et originaire de Cherchell, fut acquis et offert par l'empereur du Japon à son fils à l'occasion de son mariage». Une histoire et des légendes fabuleuses, riches en références mondiales. «Dar zrabi», employait dans les années cinquante, plus de deux cents ouvrières. La pionnière de ces ouvrières, qui se prénommait Benabbès Zohra, décédée en 2003 à l'âge de 80 ans, avait marqué du sceau de sa qualification, le label du tapis de Cherchell. Elle, qui fut embauchée à l'age de 15 ans comme apprentie ouvrière. Cette dame se chargeait du mariage des couleurs, de la supervision des centaines d'ouvrières et d'apprenties. Elle fut félicitée par les notables, les ministres, les diplomates et les chefs d'Etats qui venaient à Cherchell admirer le célèbre et légendaire tapis pur laine. Ce fut cette dame qui décidait de l'imitation ou la conception des motifs des tapis. «Dar zrabi» fabrique des tapis à points noués spécifiques à l'ensemble des régions d'Algérie. Qu'ils soient décorés de bandes transversales, à motifs géométriques ou conçus de points multicolores, ces tapis allient la spécificité régionale, à la tradition arabe, berbère ou orientale. C'est ainsi qu'on retrouve le merveilleux tapis d'Oued Souf, conçu de motifs géométriques et de bandes latérales typiques au Grand Sud, qui contraste avec le tapis du M'zab, qui lui, se distingue par ses couleurs rouge vif et jaune, dénotant une liberté des motifs et de la conception artistique. Quant aux tapis de Tizi-Ouzou, de Maâtka ou berbère, de dimensions diverses, nous retrouvons la couleur marron, de type berbère. Le tapis d'Alger quant à lui, se reconnaît à ses couleurs criardes et chatoyantes, brassant le vert, l'orange, le rouge ou le damage classique propre aux dynasties arabo-musulmanes. Curieusement, le tapis de Constantine au damage de 900 points /dm2, rappelle par ses motifs, le style berbère de Tizi-Ouzou. Quant aux tapis Némemcha, Babar, Aurès ou Haracta, leurs motifs respectent la spécificité chaouie, au dallage méticuleux, soigné et géométrique, rappelant étrangement les belles mosaïques romaines, qui ornaient, il y a deux mille ans, les luxueuses résidences des centurions romains. Les tapis Doukali, Djebel Amour, Maâdid, Guergour et Biskra se reconnaissent quant à eux à leurs points multicolores, auxquels s'allient les luxueux parements latéraux typiques des grandes contrées du sud algérien, conservant intacts les décors des guerriers des portes de fer. La présence des tapis des régions de Nedroma et de Tlemcen dénote aussi d'une conservation des motifs almohades et des dynasties abdalwadides dans leur combat contre les invasions mérinides de Fès et hafçides de Tunis. Ainsi «Dar zrabi» s'attache à respecter fidèlement les motifs de chaque région, mais aussi le légendaire ressourcement aux traditions arabo-musulmanes. La légende et l'histoire de «Dar zrabi», fait rêver, tel le rêve des mille et une nuit, où on retrouve des multitudes de tapis aux couleurs enivrantes, déterrées des cavernes d'Ali Baba. Mais au delà de ces rêves, il y a la réalité, la poignante et dure réalité des dizaines de millions de dinars de stocks, invendus. Il y a la précarité d'une situation qui menace dangereusement l'équilibre de cette entreprise. Pour M. Aberkane, le P-dg de cette entreprise, l'objectif est d'atteindre une production annuelle de 1 800 mètres carrés avec un effectif de 90 ouvrières et de 30 apprenties : «nous avoisinons un taux de réalisation de 90%.» Mais s'agissant d'un produit artisanal traditionnel, l'Etat soutient-il les prix à la production ' Non, nous répond, M. Aberkane ; «on se débrouille avec nos propres moyens, dans le cadre de la concurrence nationale et internationale» En d'autres termes, aucune chance n'est laissée à cette société rachetée par ses travailleurs en 1999. La trentaine d'actionnaires ne peut faire à face à une adversité économique , pour perpétuer la célébrité et la notoriété de la légendaire «Dar zrabi». Pourtant, les 30 métiers à tisser hérités de l'ére coloniale, sont en totalité occupés par des ouvrières jeunes et moins jeunes qui s'affairent autour de modèles à la recherche de motifs appropriés. Ces ouvrières, payées au SNMG, ont été embauchées dés leur jeune âge à partir de 16 ans, comme apprenties. La plupart d'entre elles sont là depuis des années. Studieuses, silencieuses, elles sont debout, quelquefois accroupies toute la journée autour d'immenses tapis de trois mètres au damage de 900 points par décimètre carré, c'est-à-dire une grande concentration de points noués à la précision sévère. Des conditions de travail peu aisées, quelquefois à la limite du possible. L'autre aléa est, bien sûr, l'importante masse salariale qui rogne plus de 65% du chiffre d'affaire. N'importe quelle entreprise aurait baissé le rideau. Sur le plan économique, c'est une situation intenable. «On peut réduire cette masse salariale en utilisant d'autres moyens de fabrication et le recours à la fibre synthétique et aux métiers éléctroniques et informatisés, mais on souhaite préserver l'emploi féminin de ces travailleuses qui sont là depuis des années, mais aussi le label de «Dar zrabi», utilisant de la laine pure pour réaliser des tapis fabriqués main. Le prix moyen de vente d'un tapis se situe entre 2 millions à 6 millions de centimes, selon la dimension» Ainsi, se perpétue la légende et l'incroyable histoire de cette manufacture centenaire, ouverte en 1908.
Houari Larbi
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