
«Ce sont les voyageurs qui demandent de la musique»Le phénomène agace au plus haut degré les voyageurs, mais personne n'ose dénoncer ou réclamer.Les rares personnes qui s'aventurent sont immédiatement réprimandées par le conducteur qui est bien sûr le propriétaire du véhicule. La musique est mise à fond à faire percer les tampons. Dès que le voyageur s'installe, des millions de décibels l'assiègent et il doit supporter ce bruit envahissant jusqu'à l'arrêt où il peut enfin descendre. Pour sonder et tenter de comprendre l'origine de ce phénomène, nous sommes montés durant plusieurs jours dans des transports de toutes les destinations de la wilaya de Tizi Ouzou. Nous avons conversé avec les voyageurs et interrogé les transporteurs. Le mystère demeure encore intact, mais des pistes sont apparues. Au niveau de la gare intermédiaire de Boukhalfa, les destinations sont nombreuses. Nous avions le choix à n'en plus pouvoir choisir. Nous prenons quand même la destination la plus privilégiée, Tigzirt. Le pied n'est pas encore levé de l'embrayage que la musique surgit de toute part. Menus de baffes sur les quatre côtés, le fourgon prend des airs de grande discothèque.Les voyageurs se taisent. Les visages réagissent différemment. «Je n'arriverai jamais à comprendre ce qui se passe dans la tête des transporteurs pour mettre une musique aussi fort. Ce n'est pas du tout nécessaire.» La plainte est à peine audible. C'est un voyageur, assez âgé, de la région d'Iflissen qui n'a pas pu supporter le calvaire. Le trajet a été très long pour ceux qui ne supportent pas cette musique à fond. Mais il est à faire remarquer que d'autres personnes ne semblent aucunement dérangées. Bien au contraire. Dans l'après-midi, de retour de Tigzirt, nous avons pris un fourgon vers Boudjima. De ce côté, c'est le calvaire aussi. Les voyageurs ont été assaillis par des millions de décibels. Nous avons osé une question au conducteur qui ne s'est pas du tout privé de nous donner son meilleur argument. «Je vous donne mon fourgon une semaine et ne mettez pas de musique, comme ça vous verrez que les voyageurs vous fuiront comme la peste. Ce sont les voyageurs qui en demandent. Moi j'en ai marre de cette musique si vous voulez savoir», répond-il à la limite de la chamaillerie.Vraisemblablement agacé, un autre voyageur donne une explication bizarre mais partagée par un grand nombre de personnes. «Ce sont les femmes qui imposent cela. Depuis qu'elles voyagent toutes, les transporteurs n'osent plus travailler sans ces décibels», affirme-t-il. «Il faut dire plutôt les jeunes filles et les jeunes gens en général qui en demandent. Les personnes d'un certain âge, adultes se taisent même si elles ne supportent pas», poursuit son ami. C'est tellement à fond que les gens ne peuvent plus se parler.» Notre surprise était encore plus grande une fois arrivés à Boudjima. Ce que nous avons souffert dans le transport-Tizi Ouzou Boudjima- n'est rien du tout face à ce qui nous attendait dans les transports des petites lignes inter-villages. «Les transporteurs ici peuvent vous agresser si vous osez leur demander des explications. Ce sont des jeunes gens qui travaillent sans papiers, sans autorisation de ligne et sans aucune expérience dans le métier de transport. Je vous déconseille de leur parler.» Pour rajouter à notre crainte, son ami nous raconte l'histoire d'un voyageur qui a été obligé de poursuivre sa route à pied pour avoir osé réclamer au chauffeur de baisser le son. A l'intérieur du transport, le son est insupportable. D'ailleurs, un voyageur a dû retourner à pied près de 500 mètres parce que le conducteur n'a pas entendu ses cris: «A l'arrêt!! À l'arrêt!». «Il peut vous faire parvenir jusqu'au terminus. Il ne vous entend pas», ajoute un voyageur assis à nos côtés. Arrivé au dernier arrêt nous sommes descendus. Nos têtes grondaient de bruit. Nos oreilles sifflaient. Le son était tragique.Le lendemain, nous avons choisi d'autres destinations. Le phénomène existe mais pas avec une aussi grande intensité. «Ici les gens n'ont pas le temps d'écouter la musique. Le trajet n'est pas si long», explique un transporteur qui assure la ligne Draâ Ben Khedda vers Tizi Ouzou. «Moi, je crois que les transporteurs doivent suivre des formations. L'Etat doit leur assurer un savoir-faire», explique un autre.Enfin, vers d'autres destinations, la musique est à fond mais pas comme à Boudjima. De ce côté, les transporteurs ont la palme d'or dans le dérangement. Un point s'est avéré important. Les transporteurs manquent de professionnalisme et de formation. C'est une fois les formations assurées que le voyageur sera bien traité. Pour l'instant, il doit supporter car les transporteurs aussi subissent la loi de la majorité.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel BOUDJADI
Source : www.lexpressiondz.com