Les maires approchés sont unanimes à rejeter la directive qui leur a été donnée pour satisfaire uniquement les zones d'ombre au détriment des villages non classés qui vivent, soutiennent-ils, les mêmes problèmes.Les maires des communes déshéritées de Tizi Ouzou, qui ont initialement accueilli avec soulagement les promesses des pouvoirs publics concernant l'amélioration du cadre de vie des populations des zones dites d'ombre, ont vite déchanté, tant le financement des projets inscrits au profit de ces zones s'est avéré nettement inférieur à ce qu'ils ont espéré. "Nous sommes confrontés à de grandes difficultés dans le classement des zones d'ombre et des priorités. Ici, à Aït Yahia Moussa, c'est toute la commune qui peut être déclarée zone d'ombre, car tous les villages accusent un énorme retard en matière de développement. Cette dénomination en vogue ces derniers temps nous met dans une situation inextricable.
Nous n'avons aucun critère pour sélectionner ces zones, d'autant plus qu'aucune indication ne nous est donnée à ce sujet", a confié le maire de cette municipalité, avant de poursuivre : "Si les décideurs veulent vraiment mettre à niveau ces zones et rattraper le retard accusé, il faudrait leur dégager des enveloppes financières conséquentes pouvant répondre à leur besoin de développement. Ce n'est pas le cas du tout, parce que nous sommes sommés de consacrer 70% de la cagnotte destinée aux Plans de développement communaux (PCD) à ces zones au détriment des autres. Même parmi les zones d'ombre classées comme telles, on ne peut en retenir que quelques-unes."
À Draâ El-Mizan, les habitants du village Maâmar, qui attendaient impatiemment la prise en charge de leur localité classée zone d'ombre, mais qui n'ont encore rien vu venir, ont carrément procédé, ces derniers jours, à la fermeture du siège de l'APC afin de réclamer leur part de développement. Ces protestataires ont dénoncé "leur exclusion des PCD". "Certains villages, à l'instar de ceux du versant de Tazrout, qui ont été touchés de plein fouet par le terrorisme, étaient classés zones d'ombre, mais nous avions cru que des budgets spéciaux leur seraient attribués. Finalement, il n'en fut rien.
Au final, il s'agit juste de les favoriser dans le cadre des PCD, et c'est ce qui irrite les autres villages qui estiment qu'ils relèvent eux aussi des villages enclavés et dépourvus de plusieurs commodités", a expliqué un élu siégeant à l'APC de Draâ El-Mizan, qui soutient que l'enveloppe dégagée pour les PCD ne peut prendre toutes les opérations proposées par les comités de villages. "Comment alors affecter 70% de cette cagnotte à des zones dites d'ombre alors que l'enveloppe financière est déjà insuffisante pour retenir une opération par village '" s'est-il interrogé, expliquant que dans sa commune cinq villages sont retenus comme zones d'ombre, mais au moment de la répartition de la cagnotte des PCD, l'exécutif a été sommé, à l'instar de tous les autres, de consacrer à ces dernières un taux de 70% de la cagnotte des PCD. "C'est insensé ! Nous avons adressé un rapport dans lequel nous avons exprimé notre refus d'obtempérer à cette injonction", a déclaré, dans ce même sillage, le P/APC de M'kira, dans la daïra de Tizi Gheniff. "M'kira est déjà une zone rurale déshéritée.
Nous ne savons pas comment prendre en charge seulement quelques villages parce que qualifiés de zones d'ombre et laisser les autres sur la rade", a-t-il poursuivi. Même son de cloche chez le maire de Bounouh et des autres P/APC de la daïra de Boghni, qui ont refusé de prendre ce pourcentage sur la cagnotte des PCD pour la consacrer aux seules zones d'ombre. "Nous avons neuf zones d'ombre. Mais il est impossible de leur consacrer 70% sur les PCD car tous les autres villages ont besoin d'opérations. Si vraiment les initiateurs voulaient sortir ces zones de leur enclavement, il fallait leur dégager des plans spéciaux financés sur les budgets du sectoriel", a souligné le maire de Bounouh.
Le maire d'Assi-Youcef, une municipalité de haute montagne, qui compte, selon lui, cinq zones d'ombre, a asséné : "Je réitère mon refus d'accorder 70% de la cagnotte des PCD à ces zones tout comme les P/APC de notre daïra." Le maire d'Ath Boughardène a affirmé que sa commune n'a bénéficié d'aucun projet dans le cadre des Plans sectoriels de développement (PSD) depuis déjà deux ans. Les maires interrogés sont, ainsi, unanimes à rejeter la directive qui leur a été donnée pour satisfaire uniquement les zones d'ombre au détriment des villages non classés qui vivent, soutiennent-ils, les mêmes problèmes que ces zones d'ombre.
Ces derniers disent être désormais convaincus que ce concept de zone d'ombre relève finalement d'une "gestion purement politique", puisque, soutiennent-ils, les pouvoirs publics comptent finalement sur les cagnottes allouées au PCD pour les prendre en charge. "Nous sollicitons les initiateurs de cette nouvelle vision de nous fournir au moins des critères clairs pouvant nous guider pour le recensement de ces zones, tout en nous accompagnant avec des cagnottes financières conséquentes afin de concrétiser les projets qui sont retenus sans toucher à l'enveloppe des PCD de 2021", a insisté un de ces P/APC.
O. Ghilès
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghilès O
Source : www.liberte-algerie.com