Une étude menée à travers 8 wilayas dont Tizi Ouzou montre que 56% des enfants interrogés se sont arrêtés au cycle moyen, 31% au primaire.Des mineurs durement exploités, c'est aujourd'hui une réalité amère à Tizi Ouzou. Bien que la législation algérienne bannisse le travail des enfants de 10 à 18 ans, ils se font embaucher un peu partout. Ils sont sur les chantiers, dans les usines privées à fabriquer des parpaings, l'agriculture, collecteurs de plastique dans les décharges publiques, gardiens de parkings, vendeurs de beignets sur les plages en été. Malgré leur jeune âge, ils doivent affronter une situation implacable. L'exploitation est criarde dans le secteur privé. Ils ne bénéficient pas de salaires minimums d'activité garantie, tels que fixés par la réglementation. Sous payés et non déclarés à la sécurité sociale, le travail informel les fait «vivre».
Chassés de l'école sans aucune qualification professionnelle, ils doivent se débrouiller pour s'autofinancer ou aider leurs parents. Ce type d'activité va du petit vendeur de mouchoirs à papier dans les gares routières, d'herbes aromatiques dans les souks, à l'ouvrier agricole payé à la journée, en passant par les innombrables chantiers de bâtiment et autres circuits de vente en tout genre. Las d'errer inutilement, ces enfants se sont mis à la recherche d'un travail temporaire. Ce «job» deviendra par la force des choses, définitif. Presque tous s'accordent à dire que personne ne les oblige à travailler. Hakim, 16 ans, travaille comme serveur dans un café-maure pour un salaire de 7000 DA. Il n'a droit qu'à une demi-heure de pause.
En travaillant, le problème d'argent de poche ne se pose pas pour lui. Sans le mettre à l'abri de l'ennui, il lui donne accès aux maigres distractions qu'offre Tizi Ouzou. Accroc des réseaux sociaux, il aime dialoguer virtuellement avec ses copains pendant des heures. Interrogé sur les conditions de travail et d'hygiène à la cafétéria, il hausse les épaules. Pour lui, «qu'il y ait de bonnes normes de travail ou non, c'est surtout le problème du patron. Ce sont ses moyens».
Le jeune homme ne regrette pas d'avoir été exclu de l'école. Comme ses semblables, il sait que les diplômes en Algérie ne sont plus un moyen leur garantissant un avenir à la mesure de leurs ambitions. Il dit ne pas supporter ce client qui commande un café, un verre d'eau, puis demande du feu, le tout pour 20 DA et rien à jeter dans «sa» boîte à pourboire. Pour des poignées de dinars, il doit maitriser ses gestes, être rapide et aimable. Autre «trouvaille»: au lieu de rendre la monnaie en «grosses» pièces de 50 DA, il tend des 1 et 5 dinars que le client laisse rarement sur sa table de consommation.
Tout comme celui de garçon de salle, bien des métiers demeurent mal rémunérés. Les recrutements se font beaucoup plus par le canal des connaissances. En outre, il a été observé l'exploitation même des apprentis affectés par le secteur de la formation professionnelle. Loin de bénéficier d'un stage pratique, ceux-ci travaillent sans être payés. Ils deviennent des éléments à tout faire jusqu'à âtre utilisés comme «domestiques», faire des achats, le ménage pour les filles. Nombre d'individus sans scrupules y trouvent agréablement leurs comptes.
Les employeurs vous diront que ces jeunes ne veulent pas réellement travailler. «Ils veulent juste se faire un peu d'argent», nous dit-on. Ces mineurs trouvent le travail harassant, mal payé et le plan de carrière inexistant. Sans perspectives, ils déchantent vite et finissent par partir.
Le souci de gains chez l'employeur est plus fort. Il n'ya aucun contrat de travail. Cela ne semble pas préoccuper pour autant les recruteurs. «On a besoin d'un travailleur, il est facile de s'en procurer tout autant qu'il est facile de s'en défaire», tel semble être leur leitmotiv. Que fait l'Inspection régionale du travail' En dépit des efforts fournis, il faut admettre que l'intervention de cet organisme est très limitée. Hormis la visite des lieux de travail «légaux», les autres voies du secteur informel sont impénétrables et difficiles à cerner.
Les travailleurs clandestins sont domiciliés dans des habitations et garages clandestins lugubres lorsqu'ils ne sont pas éparpillées dans la nature, les champs de pomme de terre et de pastèque, sans trop savoir qui travaille pour qui, comment et dans quelles conditions. La tâche des inspecteurs de travail est ardue et les moyens de dissuasion peu efficaces. Le marché de travail classique étant saturé, l'employé au noir, mineur ou majeur n'ose même pas porter plainte contre son patron.
Sous prétexte de marquer une période d'observation, pour s'assurer du recrutement définitif du nouveau travailleur, l'employeur mettra un temps parfois de 3 à 5 mois pour procéder à la déclaration d'assurance, s'il le fait bien sûr. Et vu la précarité de ces emplois, le travailleur y aura exercé sans être déclaré à la sécurité sociale. En l'absence d'une étude crédible sur ce fléau, les sources se contredisent sur l'évaluation du taux des enfants en milieu de travail. Entre 250 000 et 300 000 enfants travaillent en Algérie selon, l'Organisme national pour la promotion de la santé et le développement de la recherche scientifique «Foram». Selon la même source, «leur foyer se trouve souvent dans les milieux huppés où ils sont employés comme des servants dans des maisons».
Exploitation à huis clos
Une étude sur ce phénomène a été menée il ya trois ans. Elle a touché 2979 enfants dont 702 filles à travers 8 wilayas qui sont Alger, Ain Defla, Blida, Bejaia, Boumerdès, Bouira, Tipaza et Tizi Ouzou. Cette étude dont les conclusions ont été publiés par la presse nationale montre que «56% des interrogés se sont arrêtés au moyen, 31% au primaire. 31% des enfants ont indiqué qu'ils avaient quitté l'école de leur plein gré, et rarement à cause des conditions sociales des familles.28% de ces enfants travaillent loin de leur famille, 53% affirment que la raison principale est pour aider leur famille, 75% déclarent que l'argent est donné aux parents».
Selon des observateurs, le travail des enfants est un épiphénomène qui résulte de la déperdition scolaire des moins de 18 ans. Près de 500 000 élèves sont exclus chaque année de l'école algérienne. Ces chiffres ont été communiqués par le Conseil des lycées d'Algérie (CLA), après avoir mené une enquête en 2010 sur les causes de la déperdition scolaire. Sur 1 000 enfants ayant rejoint la première année primaire, seulement 850 atteignent la classe de cinquième année secondaire, a révélé la même source. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, même si l'on ne dispose pas de chiffres, il n'en demeure pas moins que le phénomène gagne du terrain.
La Commission éducation, formation professionnelle et l'enseignement supérieur de l'Assemblée populaire de wilaya (APW) tire la sonnette d'alarme. Dans son rapport 2013-2014, il est souligné : «L'inquiétude de la commission, va vers les difficultés que rencontrent les jeunes élèves exclus, notamment des CEM et des lycées. Ces derniers méritent une attention particulière. Il y a lieu de réfléchir à un programme de rattrapage à tous les niveaux comme moyen psychologique devant les inciter à la réussite ou à leur ouvrir des créneaux en matière de formation professionnelle ambitieux que de les voir happés par l'oisiveté et la rue avec tous les maux sociaux».
En effet, bon nombre de ces recalés se retrouveront vendeurs de cigarettes, de cacahuètes et de téléphones portables volés. D'autres finiront par devenir trabendistes. Il n'a ya pas beaucoup de solutions pour eux. Souvent, l'on commence par acheter quelques paquets de cigarettes qu'on revend à l'unité. L'apprentissage se fait vite. Les plus «doués» sont recrutés et passent alors aux «choses sérieuses». Celles-ci sont plus rémunératrices aux ?.gros fournisseurs qui en tirent profits.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahcène Tahraoui
Source : www.elwatan.com