Après une accalmie relativement longue comparée aux deux années précédentes marquées par plus d'une soixantaine d'enlèvements, la question sécuritaire en Kabylie est brutalement revenue sur le devant de l'actualité ces dernières semaines.
A l'enlèvement, à la mi-novembre dernier, puis la libération, au début de ce mois de décembre, du cardiologue D. Naceredine à quelques kilomètres à peine de la ville de Tizi- Ouzou, ont succédé deux autres kidnappings, toujours dans la partie sud de la wilaya de Tizi-Ouzou, en l'espace de vingt-quatre heures. Une recrudescence qui inquiète au plus haut point et pose avec acuité des interrogations sur le droit constitutionnel de la «sécurité des biens et des personnes» que l'Etat doit garantir en tout lieu et moment, d'autant plus que, si l'on doit se fier au discours officiel, le terrorisme n'en est qu'à ses «résidus». S'aventurer dans plusieurs contrées de la Kabylie profonde, même aux portes de Tizi-Ouzou, relève désormais d'une entreprise à risques. En attendant, la population vit dans l'incertitude même sans se risquer dans des déplacements comme ce fut le cas de H. Mohamed, enlevé mardi dernier dans la soirée alors qu'il vaquait à sa tâche dans l'huilerie dont son père est un des copropriétaires, mitoyenne au domicile familial. Kidnappé par six hommes armés, le jeune homme a été libéré dans la nuit de jeudi à quelques centaines de mètres du lieu du rapt.
A Sidi Ali-Moussa, le 67e enlèvement
B. M., la quarantaine, commerçant de son état, a passé le solstice d'hiver entre les mains de ses ravisseurs (un groupe terroriste écumant les maquis sud de la wilaya de Tizi- Ouzou). Il avait été kidnappé tout près de son domicile au village Sidi Ali-Moussa, dans la commune de Souk El-Tenine (daïra de Maâtkas), en fin de soirée, le mercredi 21 décembre. Le groupe armé, sans doute celui qui est également derrière tous les rapts qui se sont produits ces derniers mois dans les circonscriptions des Ath-Douala, Maâtkas, Draâ-El-Mizan…, s'en est pris cette fois-ci à ce modeste commerçant qui aura été relâché quelques heures après son enlèvement, soit le lendemain matin (matinée du jeudi). Les spéculations allaient bon train durant le week-end sur le payement ou non d'une rançon en contrepartie de sa libération. Beaucoup de monde a rendu visite à cette paisible famille pour la soutenir dans cette pénible épreuve. Et le climat d'insécurité et d'angoisse persiste toujours dans cette commune qui ne dispose pour l'heure d'aucun service de sécurité. Selon un décompte «officieux», le kidnapping de Sidi Ali-Moussa est le 67e du genre en Kabylie, mais plusieurs observateurs de la scène sécuritaire récusent ce chiffre dès lors que plusieurs rapts n'ont pas été déclarés aux services de sécurité, surtout ceux ayant connu un rapide dénouement après paiement de rançons. D'innombrables cas ont été enregistrés dans les communes des daïras de Maâtkas, Béni-Douala, Draâ-El-Mizan et Boghni sans qu'aucun service de sécurité ne puisse s'en rendre compte. Quelques fois, les éléments d'Aqmi se présentent tout simplement chez les familles réputées être aisées pour procéder systématiquement au racket, en menaçant de s'en prendre à un des membres de leurs familles le cas échéant. C'est exactement ce qui s'est passé au village El-Bir, dans la commune de Maâtkas, le 18 août dernier lors de l'incursion terroriste ayant coûté la vie à 3 jeunes du village qui avaient résisté précisément à ce chantage. Si l'on prend l'exemple de cette dernière commune où plus d'une douzaine de kidnappings s'y sont produits, on en trouve également de ces familles qui ont dû payé de fortes sommes d'argent pour échapper aux invivables angoisses inhérentes à ces histoires d'enlèvement, et ce, sans le moindre ébruitement. Pour l'heure, aucune statistique sérieuse n'a été faite à ce sujet et c'est souvent la loi de l'omerta qui règne dans plusieurs villages de Kabylie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Azedine A Idir
Source : www.lesoirdalgerie.com