Tizi-Ouzou - Ouacif

Tahar Ould Amar, écrivain, à L'Expression «Le livre amazigh a besoin de qualité»



Tahar Ould Amar, écrivain, à L'Expression «Le livre amazigh a besoin de qualité»
Publié le 14.09.2023 dans le Quotidien l’Expression
Par Aomar Mohellebi

Tahar Ould Amar est un écrivain d'expression amazighe. Il est l'auteur de romans et essais. Il a publié: «Bururu» (Azur édition), «Tafunast I itezgen pétrole» (Éditions Achab) et «Murdus» (Éditions Imtidad). Il fait partie des organisateurs actifs du Salon du livre amazigh de Ouacif dont la troisième édition se tiendra dans quelques jours.

L'Expression: Comment s'annonce la nouvelle édition du Salon du livre amazigh de Ouacif qui aura lieu dans quelques jours?

Tahar Ould Amar: Plutôt bien. Drivé par M. Hacene Halouane, le comité d'organisation du Slao s'était déployé, depuis un bout de temps, sur tous les fronts qu'implique l'organisation d'un tel évènement et il est en train d'y apporter les dernières retouches. Le rendez-vous est donné pour le 27 du mois en cours à Ouacif.

Vous avez gagné en expérience grâce aux deux précédentes éditions, n'est-ce pas?
Il est évident que le bilan fait au terme de chaque édition a permis au Slao d'identifier les failles et faire de sorte d'en rectifier le tir. Donc, un capital expérience, lorsqu'il est mis à contribution, ne peut que hisser vers le haut. Il faut, cependant, souligner que la réussite d'un tel évènement est d'abord tributaire de la composante du comité d'organisation, de sa cohésion et de son engagement.
Le Slao a la chance d'être propulsé par un groupe soudé et, surtout, amoureux du livre.

Le choix de tenir ce salon régulièrement à Ouacif et de ne pas en faire un salon itinérant est motivé par quelles raisons?
On doit l'idée d'organiser un salon pour le livre amazigh à l'association Lhadj Lmextar Nat Sayd, une association de la région.
C'est donc tout naturellement que Larba At Ouacif accueille la 1ère édition. Cela étant, l'idée d'en faire un évènement itinérant n'est pas exclue, elle a même été discutée au sein du comité d'organisation. D'ailleurs, pour cette 3ème édition, le Slao s'étendra à un très beau village de la région, At Aggad en l'occurrence.
Le prolongement du Slao dans ce village se traduira par l'animation de quelques conférences et quelques activités périphériques (déclamation de poèmes, théâtre, urar...). Il est fort probable que l'édition à venir soit totalement organisée dans l'un des villages que compte la daïra. Et pourquoi ne pas, plus tard, envisager de l'organiser en dehors de la wilaya?

Comment s'effectue la participation à ce salon? Est-ce que ce sont les organisateurs qui invitent les écrivains et éditeurs ou bien la liberté est laissée à ces derniers pour y postuler?
L'adresse mail du SLAOLAO est le réceptacle des demandes de participation. Le membre du Slao, chargé du «courriel» prend acte, dès qu'une demande est formulée et suit le courriel jusqu'à la confirmation, ou non, de la participation du demandeur.
Les organisateurs n'invitent pas. Ceci dit, à l'heure qu'il est, le mail du Slao n'accepte plus de demande, la date limite pour ce faire étant arrivée à terme.

Concrètement, que peut apporter le Salon du livre d'expression amazighe?
D'abord, de la visibilité à une littérature qui a tant souffert de l'enclos dans lequel la bêtise l'avait confinée. C'est donc une très bonne chose que de donner l'occasion au livre d'expression amazighe d'être «vu» et lu par un public de non-initiés à «tasekla», un public lambda. Ensuite, et cela est très important, le salon, devenu librairie à ciel ouvert, participe largement à la «commercialisation» de tasekla (littérature), et c'est tout bénef pour d'abord, l'auteur, mais aussi l'éditeur.
Les activités périphériques (conférences, tables rondes et différents ateliers) à l'exposition du livre et aux ventes-dédicaces sont tout autant importantes, puisque, et d'une manière implicite, elles connectent le citoyen au livre et à la culture d'une manière générale.

Sans doute, l'existence d'une production livresque amazighophone constante ces dernières années plaide en faveur de la tenue d'un tel salon.
Oui, mais il faudrait que les pouvoirs publics accompagnent les élans de générosité qui caractérisent le tissu associatif. C'est tout de même incroyable qu'au lieu d'accompagner la culture sans laquelle rien ne va, on soumet les associations à un véritable labyrinthe administratif pour au final...ne pas autoriser la tenue de tel ou tel évènement culturel.

Votre salon est essentiellement dédié au livre amazigh, mais il permet aussi de représenter une fenêtre sur le livre d'une manière générale, n'est-ce pas?
Nous avons tant souffert de l'exclusion pour en reproduire les schèmes. Quelle que soit la langue du livre, il est le bienvenu.
Aucune langue n'est exclue. Vous savez, les langues sont amies, humbles et ouvertes. Ce sont nous qui sommes compliqués.

Des observateurs, en analysant les Salons du livre, y compris le Sila, n'hésitent pas à faire ce constat: il y a certes, beaucoup de monde qui s'y rend mais c'est, en général, par curiosité ou pour passer le temps et non pas pour le livre. Ils avancent pour preuve le fait que les ventes de livres lors de ces évènements, sont loin de refléter l'affluence qui y est enregistrée. Quel est votre avis sur ce sujet?
Et d'autres observateurs qui excellent dans l'art de la caricature disent qu'il y a plus d'auteurs que de lecteurs.
En fait, on n'a pas besoin de faire le guet devant les portails du Palais des expositions pour se rendre compte que le livre va mal. Si le livre était au centre des intérêts (à commencer par l'école), on n'en serait pas là.
Le Slao, les autres salons et festivals consacrés à la culture et portés par l'engagement et la générosité citoyenne sont plus que jamais importants. Même si des intellos ayant pignon sur Facebook y voient de «l'amateurisme, de la précipitation et la propagande vide de sens».

En tant qu'écrivain et critique littéraire, pouvez-vous nous faire un point sur les dernières publications: romans et autres de ces deux dernières années.
Critique littéraire, je ne le suis pas, même si dans mon autre vie de journaliste il m'arrive de consacrer des papiers à des publications, surtout d'expression amazighe. Mais je me limite à présenter l'oeuvre.
La critique littéraire suppose un outillage, c'est pourquoi je ne m'y aventure pas. Ces deux dernières années, le livre d'expression amazighe, variante kabyle essentiellement, défraye la chronique. Ce rythme de création était inimaginable il y a une vingtaine d'années. Et c'est tant mieux. Maintenant, et après cette relative fièvre romanesque, il faut accorder une grande importance aux mécanismes qui permettent le tri. Ce tri doit être opérationnel, d'abord au niveau de l'éditeur. Qu'il cesse de confondre éditeur et imprimeur et qu'il mette en place une commission de lecture composée de «professionnels». Le 2ème tri incombe à la critique littéraire qu'il faudrait inventer: n'est pas critique qui le veut.



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