Tizi-Ouzou - Ifigha

Tabourt (Ifigha) - Un village historique à préserver



Tabourt (Ifigha) -  Un village historique à préserver




Le village Tabourt recèle, à travers ses maisons traditionnelles et son aspect architectural séculaire, un potentiel touristique qu’il faudra préserver et promouvoir.

Tabourt ou «porte», un village relevant de la commune d’Ifigha, dans la daïra d’Azazga, à 37 km à l’est de Tizi Ouzou est un ancien hameau composé d’une centaine de maisons kabyles.

Sa naissance remonte à la fin du 15e siècle. Quatre familles y habitent encore aujourd’hui. Les autres commençaient à quitter cette bourgade depuis les années 70, pour aller s’installer dans des habitations neuves, construites au pied de ce village séculaire ayant résisté aux aléas du temps et aux vicissitudes de l’histoire.

Aujourd’hui, les habitants de l’actuel «Tabourt» réclament les moyens de l’Etat afin de restaurer les maisons vétustes de leur ancienne citadelle.

Aussi, ils demandent le classement de ce site comme patrimoine culturel et historique et sa promotion touristique.

Le hameau est accessible par un sentier étroit et escarpé menant jusqu’à ses hauteurs. Une allée aménagée en pavé par ses occupants d’autrefois.

Cependant, cette voie piétonne s’est dégradée. Elle a été réparée en partie par les villageois en aménageant des perrons en béton et mis en place des barrières de protection pour faciliter l’accès aux visiteurs.

Aussi, ils ont restauré une maison pour accueillir en son sein les invités de la fête de l’olive organisée en février dernier.

«On aurait pu réfectionner ce sentier avec la pierre pour garder l’aspect architectural original du bâti. Mais, nos moyens sont limités», dira Madjid, qui habite avec sa famille dans l’ancienne bourgade.

Les familles se prennent en charge

Les murs et les toitures de certains logis se sont effondrés suite aux intempéries.

«Nos ancêtres ont construit les murs des maisons en les inclinant vers l’extérieur. Ce n’est pas une malfaçon. C’est pour épargner le danger aux occupants, en cas d’écroulement de ces parois.», expliquera Sofiane Hadj Sabir, membre de l’association culturelle «Tabourt n’Ath Ghovri».

Il ajoutera: «Nos aïeux ont installé au village des ateliers de fabrique de tuile et de pierre taillée, matières utilisées pour la construction des maisons kabyles. Ces matériaux ont été même exportés vers d’autres régions de Kabylie.»

Pour approvisionner les besoins domestiques en eau potable des familles de l’actuel village, les habitants ont construit deux réservoirs d’eau et ont installé un réseau AEP avec leurs fonds propres. L’eau est tirée depuis les monts du lieudit «Adrar» par le moyen de captage de sources.

La distribution équitable de l’eau est assurée par le comité. Un 3e château contenant une eau non-potable est destiné aux besoins des cheptels.

Dans ce hameau séculaire, 4 portes appelées; Tabourt b’Afir, Tiboura Tideyqanin, Tabourt Mesbah et Tiboura, donnent accès vers les quatre horizons.

La porte Tiboura permet une vue imprenable sur le village Achallam au nord-est et sur l’Oued «Assif Ousserdoune» à l’est. Ce cours d’eau sépare les Aths Ghovri de la localité des Ath Idjer. Elle permet aussi d’accéder vers les champs plantés de figuiers des habitants. Le versant sud a pour vocation l’oléiculture. Une arène de jeux et une maison de jeunes sont visibles en regardant vers le bas du village.

«Nos ancêtres ne sont pas bêtes en s’installant sur cette colline. Regardez en bas où notre village actuel est situé. Il y a des maisons construites sur des terrains glissants.», dira encore Madjid.

L’association culturelle et le comité du village disposent d’un siège commun situé dans l’ancien village. C’est là qu’ont eu lieu les préparatifs de la première édition de la fête de l’olive.

Au cours de la visite effectuée à l’intérieur de ce village, Omar, villageois de 70 ans, a voulu partager l’héritage historique légué par ses aïeuls.

«Les 3 premiers de nos ancêtres ayant atterri ici à Tabourt, se sont d’abord installés au lieudit Taourirt. Suite à une pénurie d’eau, ils étaient contraints de se déplacer vers Tala-Hamou où ils ont construit des maisons et une mosquée. Ils étaient ensuite rejoints par 3 familles des Ath-Yahia. Des dissensions se sont produites lorsque des ennemis aux Ath-Yahia ont brûlé le village Tala-Hamou.

Ensuite, nos ascendants étaient allés s’installer à Adrar Ighallen. Et comme ils n’étaient pas nombreux, ils se sont agrégés au village Aourir, aujourd’hui dit Tabourt. A l’arrivée des colons français, un caïd d’Ifigha demanda aux notables de notre village de rejoindre ses rangs, en vain. Pour assurer leur indépendance, ils ont demandé un agrément de constitution de «Tadjmât» auprès de l’administration française qui leur a exigé d’avoir au préalable 15 membres afin qu’ils soient reconnus. C’est lors du recensement de 1892 que l’autorité française a reconnu notre Djemâa Tabourt n’Ath Ghovri. Aujourd’hui, notre village compte 17 familles après l’extinction de deux d’entre elles.», racontera t-il.

Village actif durant la guerre de Libération

Ce villageois fera savoir que Tabourt constituait depuis longtemps un «pont» de passage et de liaison entre les Ath Ghovri (Azazga) et les Ath Idjer (Bouzguène).

«A Tabourt on a mis à la disposition des personnes qui veulent traverser l’Oued Ousserdoune un passeur pour les assister».

S’agissant de la guerre de libération nationale, notre interlocuteur a mis en exergue l’apport du village durant la période «1955-1959».

«Le village Tabourt a rallié la cause de l’indépendance du pays. Il était un relais entre Djerdjer, Akfadou et Ivehriyen. Les villageois étaient tous réquisitionnés pour la cause. Ceux qui n’étaient pas dans les maquis, ravitaillaient les Moudjahidine.».

En effet, dans le versant sud du village, une maison a servi de lieu de refuge et d’abri pour les maquisards pendant la guerre de libération. Une forteresse qui dispose de plusieurs issues de sortie.Un lieu stratégique pour les Moudjahidine. Un site qui nécessite, à l’instar de tout le village, l’attention des pouvoirs publics en vue de sa restauration et sa promotion pour le tourisme compte tenu de ce qu’il recèle comme patrimoine culturel et historique, souhaitent les habitants.

A ce propos, la maire de la commune, M. Hami, dira: «Nous avons entamé les démarches ayant trait à la restauration du village Tabourt avec la direction de la culture de Tizi Ouzou qui a donné son accord. Dans un premier temps, nous allons engager une étude pour délimiter le territoire qui nécessite rafistolage. Quant à la maison qui a servi de refuge durant la guerre de l’indépendance, le président de l’APW s’est engagé à nous doter d’une enveloppe de un million de DA pour sa restauration. L’étude sera prise en charge par notre APC.»


Farid Guellil



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