
Saïd Boulmerka n'est pas venu au théâtre par hasard. En 1967, il avait dix ans quand il est monté pour la première fois sur scène.«J'ai joué en français le rôle du fils du colon, dans une représentation de la fameuse pièce Si Naâynaâ de Hassan El Hassani, célèbre par la fameuse réplique ??Tu goul ou tu goul pas''», se rappelle-t-il. Ce sera le début d'une longue histoire d'amour avec le 4e art. Un amour qui le suivra jusqu'au lycée Hihi El Mekki dans sa ville, Constantine.C'était la belle époque d'inter-lycées. «En 1976, soit une année avant le bac, j'ai écrit ma première pièce de théâtre, inspirée d'une ?uvre de Kateb Yacine ; une histoire qui raconte le périple d'un gardien d'immeuble ancien combattant à la Grande guerre de 1914-1918». La pièce, présentée à l'ex-université populaire lors des activités du Fonds des ?uvres scolaires (FDOS), obtint le 2e prix.«Je me rappelle toujours de ce vieil homme, membre du jury, venu après le spectacle me serrer la main et me dire : ??Mon fils, tu as beaucoup de talent, il faut continuer''». Sur sa lancée, Saïd Boulmerka intègre en 1977 le groupe d'activité culturelle (GAC), sous la houlette d'Abdellah Hamlaoui.«J'ai appris beaucoup de choses avec Abdellah Hamlaoui ; c'est lui qui m'a initié aux techniques du théâtre ; c'était une belle expérience que j'ai vécue aux côtés de Hassan Bouberioua, Ali Aïssaoui et le défunt Zerrouk Chaâbane.» C'était aussi la belle époque du théâtre amateur. «Après mon bac, j'avais en tête de faire du cinéma ou du théâtre», dira Saïd. C'est un jeune plein d'entrain et d'enthousiasme qui tentera une expérience dans les arts dramatiques.Mais le passage à l'école de Bordj El Kiffan laissera de mauvais souvenirs. «Je n'avais pas apprécié l'atmosphère qui y régnait ; après un bref séjour, j'ai décidé un jour de prendre mon cabas et j'ai quitté l'école la nuit ; je suis rentré à Alger à pied», se rappelle-t-il.Premiers succès à Tizi OuzouCe sont par contre ses études à l'université de Tizi Ouzou, entre 1978 et 1979, qui ont marqué Saïd Boulmerka à ce jour. Il évoque cette époque avec grande nostalgie. «C'est dans cette université que j'ai produit la pièce El Moudja qu'on devait présenter à la maison de la culture de Tizi Ouzou, dont le directeur n'était autre que Sid Ahmed Aggoumi ; ce dernier a demandé à nous voir d'abord devant lui seul ; il était convaincu de notre prestation et il a décidé de nous programmer ; nous nous sommes produits devant une salle comble, pour présenter un spectacle en arabe dialectal face à un public kabyle ; c'était vraiment merveilleux», dira-t-il. La pièce El Moudja qui traitait des éternels problèmes de la bureaucratie, connut un succès retentissant. «Nous avons été sollicités de partout ; nous avons même joué dans une caserne». Saïd parle avec fierté de son séjour à Tizi Ouzou.«Je n'ai pas eu des difficultés à apprendre le kabyle ; j'ai même été élu avec un grand score pour représenter l'université de Tizi Ouzou au congrès national de l'UNJA au Palais des Nations ; c'était un fait inédit à l'époque». Après les deux ans passés à Tizi Ouzou et une rupture avec le théâtre, Saïd tente d'intégrer en 1979 l'Institut des hautes études cinématographiques en France. Il abandonnera faute de moyens financiers. De retour au pays, il réussit au concours d'accès à l'Ecole normale supérieure, qu'il rejoint après une histoire longue et rocambolesque.Une nouvelle aventureEnseignant de langue française dans un CEM à Sidi Mabrouk, Saïd Boulmerka sera rattrapé par le virus du théâtre en 2006. Une expérience qui restera gravée dans sa mémoire. «J'ai été sollicité par les responsables du Théâtre régional de Constantine pour une adaptation de la pièce de Molière, Tartuffe ; j'ai réalisé une traduction de l'?uvre en vers en arabe dialectal». Mais les choses ont mal tourné. «Une fois la pièce produite, j'ai été choqué et frustré à la fois de ne pas trouver mon nom sur l'affiche, alors que c'était moi qui avait adapté le texte». Une déception qui le marquera pour toujours. Révolté, Saïd est allé se faire justice lui-même auprès du jury du festival du théâtre abrité par le TRC. Il sera réhabilité grâce à Hamida Aït El Hadj, une grande dame du théâtre, qu'il a réussi à convaincre, preuves à l'appui qu'il était l'auteur du texte.Justice a été faite et la page a été tournée. L'expérience des adaptations des ?uvres de Molière se poursuivra pour Saïd Boulemerka, mais n'aboutira pas sur des productions théâtrales. L'adaptation de l'?uvre Les cavaliers d'Aristophane connaîtra le même sort. Ce n'est qu'en 2012 que Saïd Boulmerka sera sollicité encore une fois pour produire la pièce Salah Bey.«C'est une pièce que j'ai écrite initialement pour la radio, mais qui sera finalement adaptée pour les planches», dira-t-il. Présentée pour la première fois le 23 avril dernier, pour inaugurer le programme théâtral de la manifestation Constantine, capitale de la culture arabe 2015, l'?uvre, mise en scène par Mohamed-Tayeb Dehimi, a suscité des réactions auprès du public et provoqué aussi un large débat.«J'ai voulu montrer un autre aspect historique de la personnalité de Salah Bey, car les Constantinois qui ne lisent pas l'Histoire ou ne la connaissent pas n'ont une idée sur Salah Bey qu'à travers la chanson Galou Laârab galou ; j'estime que je n'ai pas voulu montrer un aspect négatif de Salah Bey, mais présenter uniquement une réalité historique en spectacle ; les faits sont là.»Homme affable et d'une grande humilité, à l'esprit fécond et imaginatif, Saïd Boulmerka, qui à force de respirer le théâtre comme l'air, a fini par sculpter son propre style sur ses ?uvres. L'enfant de Bab El Kantara n'a qu'un seul rêve, celui de donner vie sur les planches et ou sur écran aux nombreux projets qui bouillonnent dans sa tête.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Arslan Selmane
Source : www.elwatan.com