Tizi-Ouzou - A la une

Rupture culturelle



Rupture culturelle
Le syndrome de l'impasse politique a beaucoup été évoqué dans les analyses sur l'état du pays et du pouvoir en place, notamment depuis la mise en veille des plus hautes fonctions au sein de l'Etat. Cependant, il est une conclusion qui n'a pas été tirée, celle d'une rupture culturelle qui s'affiche désormais dans tous les discours officiels et l'action publique. Si la langue amazighe a été reconnue officielle depuis l'année dernière, la culture qu'elle véhicule est loin de coïncider avec celle déployée et défendue par le pouvoir dans tous ses démembrements. Le Premier ministre a précisé le niveau de conviction des autorités à propos de l'amazighité, en indiquant, mercredi dernier à Oran, qu'il célébrait «les deux dates phares de l'histoire de la lutte de l'Algérie pour la consécration de son identité, Youm El Ilm (16 avril) et le Printemps berbère (20 avril)». En tentant de la «neutraliser», le pouvoir retombe dans la négation de la culture amazighe qui, à travers les âges, a porté des valeurs de séparation entre le temporel et le spirituel. Un membre de l'Exécutif a synthétisé par ailleurs l'essence culturelle et cultuelle de l'Etat en annonçant mobiliser les imams à l'effet d'exhorter les citoyens à aller voter le 4 mai prochain pour renouveler le Parlement. Aussi loin que l'on remonte dans le temps, le cheikh officiant à la mosquée ne s'est jamais impliqué dans la désignation et l'action du comité de village. En mettant en avant le rôle des imams plutôt que celui des opérateurs économiques, en préférant les vains processus électoraux aux dynamiques de développement réel, les gouvernants impriment à leur action un sens opposé aux attentes des populations.Des instructions ont été données, cette année, à l'administration locale pour organiser des festivités officielles à l'occasion du 20 Avril. Seul un Etat en rupture avec la société et avec l'histoire peut décider de célébrer des violences qu'il a lui-même commises. La seule action qui pouvait être demandée au wali de Tizi Ouzou était de se rendre avec humilité dans les résidences universitaires qui avaient été investies par les services de sécurité dans la nuit du 19 au 20 avril 1980, et de reconnaître que l'interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri, le 10 mars de la même année, était une erreur.Pour dépasser ce contentieux historique, plus grave que la crise pétrolière, les perspectives se dessinent parfois dans les programmes de la campagne électorale en cours. Pétrifiés par l'idée de devoir quitter le pouvoir, à brève ou moyenne échéance, les partis «institutionnels» se livrent à un pathétique échange d'accusations intra-muros, employant un reste de lucidité à crier leur attachement à l'unité nationale. En période électorale, il convient de s'attarder sur le discours des partis qui risquent de gagner plutôt que ceux qui ont toutes les chances de perdre. En campagne présidentielle à l'occasion de ces législatives, le représentant de l'alliance MSP-FC a surpris son monde, mardi dernier, lors d'un meeting à Tizi Ouzou, où il a affiché ses aptitudes à la realpolitik. Celle-ci, fondée sur le «calcul des forces», commande à ce nouveau «redoutable homme politique» d'éviter la confrontation avec une région où il ne compte pas de clientèle ni d'organisation de masse, contrairement au système FLN. Tout en faisant l'impasse sur les «takbir» ayant émaillé ses meetings dans d'autres villes du pays, le chef de file islamiste a préconisé la régionalisation et la décentralisation administrative et politique.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)