Le soleil qui dardait ses rayons sur les bidonvilles d'Oued Aïssi, à 10 km à l'est de la capitale du Djurdjura, n'a pas empêché les enfants en bas âge de jouer au milieu des détritus, en ce cinquième jour du mois de Ramadhan, à quelques heures du ftour. D'autres pataugent dans les rigoles des eaux usées de l'oued Sébaou. Plus d'une centaine de baraques sont entassées les unes contre les autres, à quelques encablures de l'hôpital psychiatrique Fernane-Hannafi. «On ne peut pas garder nos enfants à l'intérieur au moment de préparer le repas. Les lieux sont exigus. Les hommes aussi sont contraints de rester dehors.C'est ça la vie dans un bidonville», nous explique Djamel, un jeune étudiant de 21 ans, né au milieu de ces baraquements, dont les parents sont venus s'installer au début des années 1990, fuyant le terrorisme et la misère de Aïn Bessam, dans la wilaya de Bouira. Il vit dans une maison précaire avec sept autres membres.
A l'image de tant d'autres de ses voisins, Djamel ne se plaint pas de la misère et de la précarité. Il dit qu'il est habitué et aguerri. «On est pauvres, mais heureux», dira-t-il en esquissant un sourire. La demeure familiale est érigée en parpaing et des tôles de zinc. L'heure du ftour approche lentement. Les enfants aussi se rapprochent des habitations. La fringale les fait piaffer d'impatience. L'adret laisse place à l'ubac des montagnes environnantes.
A quelques minutes de l'Adhan, tous les membres de la famille de Djamel s'assoient autour de la table et écoute les versets coraniques que la radio locale de Tizi Ouzou diffuse avant l'appel d'El Maghreb. L'ambiance et conviviale. Les enfants ne cessent pas de s'agiter. C'est le seul moment où toute la famille se rassemble durant toute la journée. Des dattes, des gâteaux et des boissons gazeuses ornent la table posée au milieu d'une petite courette. Au menu, une soupe aux légumes, du poulet et du riz. «Certes, on est pauvres, mais on n'est pas avares.
On mange ce que tout le monde mange durant le mois de Ramadhan. En dépit de nos difficultés financières, durant le mois sacré, on ne lésine pas sur les dépenses. On ne compte pas sur les cinq litres d'huile et les deux kilos de sucre de la direction de l'Action sociale pour passer un bon Ramadhan», dira le père de Djamel, qui nous a réservé un accueil des plus chaleureux. «J'ai passé 22 Ramadhans sous ce toit. Au début, c'était la misère noire. Mes enfants étaient encore petits et j'étais seul à travailler dans les chantiers pour assurer leur nourriture.
Aujourd'hui, ils ont grandi et chacun contribue à sa façon aux besoins de la famille. Dieu merci !», ajoutera le père de Djamel. «Aujourd'hui, on mange parfois à notre faim», lâche le père de famille, dont les rides et la peau brûlée par le soleil renseignent sur les années dures qu'il a passées. «Même si notre situation s'est améliorée, on souffre toujours de la précarité», fera-t-il remarquer. C'est le moment du ftour. Les enfants mangent avec grand appétit. «Ce n'est pas le cas de tous les habitants de ce bidonville. Certaines familles sont mal nourries.
Un de nos voisins, très âgé, et qui n'a que des filles vit de mendicité. On l'aide durant le mois de Ramadhan, mais un pauvre ne peut pas faire grand-chose pour un autre pauvre», dira Djamel. Il a hâte de quitter les bancs de la fac pour aider sa famille à sortir de ce gourbi.
La nuit tombe sur Oued Aïssi et la soirée ne fait que commencer. Les hommes se dirigent vers la mosquée de la ville de Tizi Ouzou pour les Tarawih. Les femmes, quant à elles, terminent le ménage et échangent des visites entres voisines, créant à leur manière une ambiance particulière en ce mois sacré afin d'oublier, l'espace d'une soirée, les difficultés de la journée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdenour Igoudjil
Source : www.letempsdz.com