Photo : M. Hacène
Par Malik Boumati
La clôture du 17e Salon international du livre d'Alger (Sila 2012) a eu lieu samedi dernier, enregistrant la satisfaction quasi unanime des participants, entre professionnels du livre et éditeurs, selon le site internet dédié à cette 17e édition de l'événement. Ils ont même évoqué des améliorations de l'organisation dans le sens de plus d'espace et de confort pour les exposants, soulignant l'affluence nombreuse d'un public avide de livres et de lecture. Mais pour les wilayas de l'intérieur, le salon est passé inaperçu pour les populations locales. Les gens n'ayant ni le temps ni les moyens de faire le déplacement vers les Pins maritimes, cette 17e édition du Sila a donné l'impression d'avoir duré quelques heures. C'est le sentiment d'une grande partie de la population de la wilaya de Tizi Ouzou dont certains se sont contentés de suivre les événements à travers la presse. Beaucoup d'autres n'ont même pas entendu parler du déroulement de la manifestation, étant «débranchés» de tout ce qui se dit dans la presse écrite et la télévision publique.Les rares personnes qui ont eu l'occasion de visiter les stands de la Safex sont revenues avec un sentiment d'angoisse qui en dit long sur leur déception et amertume. Et le principal grief retenu contre les organisateurs du Sila, reste l'omniprésence du livre religieux de toute sorte et de tout acabit et, ce, au détriment des ouvrages scientifiques qui enregistrent un déficit énorme en Algérie, que ce soit en titres ou en coût, pour les ouvrages disponibles. «J'ai eu l'impression de vivre la période des croisades. Les organisateurs du Sila semblent s'adresser à des Qureïchites qu'il faut remettre sur le droit chemin», s'indigne un étudiant qui a fait le déplacement à la recherche de quelques livres qu'il n'a d'ailleurs pas trouvés et qui s'est dit «offusqué» par le nombre de stands dédiés aux livres religieux et même islamistes. Les titres de philosophie et de médecine qu'il voulait s'offrir n'ont été exposés par aucun participant, d'où sa frustration et celle du jeune camarade qui l'accompagnait. «Même en Arabie saoudite ou dans les autres pays du Golfe, on donne de la considération aux livres non religieux. Nous ne sommes pas des sauvages à civiliser, nous voulons des livres dans nos spécialités respectives et de préférence avec des prix abordables, notamment pour nous étudiants qui n'avons pas le sou», renchérit son camarade qui cherchait lui aussi des livres de médecine.Ils sont nombreux à faire ce reproche aux organisateurs du Sila mais aussi aux pouvoirs publics qui, selon leurs griefs, ne font aucun effort concret pour la socialisation de la lecture et du livre, malgré tous les discours. Pourtant, les responsables de l'Etat sont conscients de ce phénomène. Il y a environ deux semaines, le ministre de l'Education nationale, Abdelatif Baba Ahmed, a tiré la sonnette d'alarme sur le manque d'enseignants en mathématiques. «Le manque d'encadrement en mathématiques est dû au recul du nombre de diplômés universitaires dans cette spécialité», avait déclaré le successeur de Benbouzid, ajoutant que «les filières scientifiques sont actuellement boudées, en témoigne le taux de réussite au baccalauréat mathématiques qui ne dépasse pas 3% du taux annuel de réussite au baccalauréat». Avec un constat aussi alarmant, les pouvoirs publics auraient pu faire un geste, pas seulement en créant un lycée spécialisé en mathématiques mais aussi et surtout en rendant disponibles et accessibles les ouvrages de cette discipline, que des pays comme l'Inde et la Chine ont su adopter et promouvoir de façon extraordinaire.Ce constat a été fait par les citoyens de toutes les wilayas, et pas seulement Tizi Ouzou et, ce, depuis des années, mais les autorités semblent coincées dans des considérations encore indéterminées. Il est vrai que personne ne comprend l'hésitation qui caractérise l'attitude des institutions de l'Etat à l'égard du livre. Entre le discours et les faits, il existe un fossé large comme un dictionnaire Vidal. Le festival «Lire en fête» que le département de la Culture organise annuellement dans plusieurs wilayas du pays est censé redonner le goût de la lecture aux bambins et à leurs parents. Les objectifs de ce festival et d'autres manifestations dédiées au livre et à la lecture ne pourront être atteints si les prix du livre continuent à flirter avec les cieux.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M B
Source : www.latribune-online.com