Tizi-Ouzou - A la une

Quand Matoub et les autres chantaient Si Lhocine



Quand Matoub et les autres chantaient Si Lhocine
Qu'il est dur de parler d'eux au passé!Ait Ahmed est resté dans la mémoire collective même lorsqu'il demeurait des années sans apparaître dans les médias.Dans son album posthume, édité en 1998, Matoub Lounès avait rendu un vibrant hommage à Hocine Ait Ahmed, une manière de dire que, même si des divergences de points de vue ont pu écarter les deux hommes durant un certain temps, il n'en demeure pas moins que l'idéal pour lequel ils se sont battus était le même.Lorsque jeunes lycéens en 1988, nous entendions pour la première fois le nom d'Ait Ahmed dans les chansons de Ferhat et Matoub, nous n'avions aucune idée de qui il pouvait être question. Nous étions loin d'imaginer qu'un jour, en décembre 2015, le même Ait Ahmed allait avoir droit à une telle avalanche d'hommages après sa mort, même de la part de ceux qui ont passé une grande partie de leur vie à vilipender ce chef historique. Dans l'une de ses chansons engagées, Ferhat chantait entre autres:«Ceux qui sont exilés peuvent revenir, hormis Boudiaf et Ait Ahmed.»Très jeunes et coupés de toute source pouvant nous éclairer sur ces deux noms, les jeunes lycéens que nous étions dans la ville de Tizi Ouzou, passions notre temps à essayer de deviner de qui veut parler Ferhat. Mais notre curiosité restait sans réponse tant à l'époque, on ne trouvait aucune trace des noms de Boudiaf encore moins d'Ait Ahmed. Nous savions seulement qu'il s'agissait sans doute de quelqu'un d'exceptionnel et de très important dont le pouvoir de l'époque ne voulait pas entendre parler.Dans les librairies, nous tentions de parcourir les références bibliographiques qui se trouvaient en fin d'ouvrages sans qu'il y ait de traces d'Ait Ahmed. Quant à ses livres, il n'y avait absolument aucune chance de les trouver même chez les bouquinistes les plus fournis. Il a fallu attendre jusqu'à après les événements du 5 octobre 1988 pour découvrir qui est Hocine Ait Ahmed. C'est le chef d'un parti politique qui s'appelle le Front des forces socialistes, créé après l'indépendance par des maquisards de la guerre de Libération nationale qui ont refusé le régime dictatorial qui avait commencé à se dessiner.Plus tard, on ne tardera pas à tout savoir sur le FFS et Ait Ahmed. Car après octobre 1988, un vent d'espoir et de liberté sans précédent a soufflé sur l'Algérie. Les livres de Hocine Ait Ahmed sont vite réédités par un éditeur algérien et les journaux indépendants qui allaient voir le jour plus tard ouvraient leurs colonnes à Ait Ahmed. On saura alors tout ou presque sur ce chef historique hors pair.On découvre le riche parcours de combattant de Hocine Ait Ahmed grâce notamment à ses Mémoires portant ces deux mots pour titre. Hocine Ait Ahmed dont on n'a jamais entendu parler sauf dans les chansons de Ferhat et Matoub s'est avéré avoir été l'un des artisans de la lutte de Libération nationale et un acteur à un plus haut niveau de toutes les étapes ayant précédé la guerre d'indépendance.Le rôle joué par Ait Ahmed après l'indépendance dans le cadre de la lutte pour la démocratie et contre le parti unique est également sorti au grand jour à la faveur de l'ouverture démocratique d'octobre 1988. Puis, après un premier tour avorté d'élections législatives, Ait Ahmed choisit de nouveau le chemin de l'exil. La parenthèse de l'espoir né des évènements d'octobre 1988 est rapidement fermée.L'Algérie plonge dans un chaos qu'aucun observateur n'avait pu deviner.Bien que loin de la terre natale, Ait Ahmed a continué de lutter à sa manière pour la paix, en s'opposant d'abord à l'arrêt du processus électoral de 1991, puis en choisissant la voie du dialogue contre celle de l'éradication qui avait cours. Hocine Ait Ahmed, par ce choix, allait encore s'attirer les foudres. Au milieu des années 1990, il est la cible d'attaques de la part d'hommes politiques et de certains médias dont notamment un. Or, ils ont été les premiers à lui rendre d'élogieux hommages après l'annonce de son décès. Cette ambivalence peut sembler à première vue incompréhensible.Mais c'est le cas de tout homme de la trempe de Hocine Ait Ahmed. Il a été visionnaire sur de nombreuses questions et là c'est incontestable. Il a peut-être pris des positions qui n'ont pas plu à d'autres acteurs politiques et observateurs. Mais il a toujours su peser sur le cours des événements. Dans les années 1990, quand un événement très important se produisait en Algérie, tout le monde guettait avec impatience la position d'Ait Ahmed à travers ses interviews fleuves mais très rares. Ait Ahmed ne parlait pas beaucoup, mais quand il le faisait, c'est souvent pour asséner des vérités dont ceux qui osaient les évoquer se comptaient sur les doigts d'une seule main. Ait Ahmed est resté dans la mémoire collective même lorsqu'il demeurait des années sans apparaître dans les médias. Une posture qui l'a vite transformé en mythe et une sorte de légende vivante. C'est donc sans surprise que son décès a provoqué autant d'émoi et que ses funérailles s'annoncent grandioses comme son parcours que la majorité de ses compagnons reconnaissent en toute modestie.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)