Tizi-Ouzou - A la une

Qu'est-ce qu'une activité non partisane '



Qu'est-ce qu'une activité non partisane '
A quelques mois des législatives 2017, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique semble vouloir ouvrir le terrain universitaire à la politique.Dimanche, Tahar Hadjar a émis un v?u devant les représentants des organisations estudiantines : celui de voir ces entités devenir «des écoles politiques qui forment les étudiants adhérents». Le 10 octobre dernier, lors de la conférence nationale des étudiants et des compétences universitaires, organisé par l'Union nationale des étudiants algériens (UNEA), il exhortait les étudiants à s'impliquer dans cette démarche. «Il n'est pas interdit de faire de la politique.C'est votre droit», déclarait-t-il en précisant toutefois que «le plus important c'est de ne pas rendre l'université partisane». Ainsi, à la veille d'échéances électorales nébuleuses, le ministre et non moins membre du bureau politique d'un FLN mal en point, offre-t-il l'Université comme terrain de lutte politique. Cela serait une décision salutaire n'était le caractère ambigu des déclarations faites et des modalités utilisées. D'abord, il est utile de relever que l'exhortation du ministre (pour faire de la politique) a été faite au cours d'un événement préparé par une organisation estudiantine affiliée (non officiellement) au parti FLN.Que Tahar Hadjar intervienne en tant que ministre de la République, n'est-ce pas déjà un parti pris ' Ensuite, il est bon de rappeler que la loi n°12-06 du 12 janvier 2012 relative aux associations stipule clairement dans son article 13 que «les associations sont distinctes par leur objet, leur dénomination et leur fonctionnement des partis politiques et ne peuvent entretenir avec eux aucune relation qu'elle soit organique ou structurelle», les organisations estudiantines étant des associations à caractère spécifique mais sur lesquelles cet article reste applicable.Mais ne dit-on pas que les règles sont faites pour être transgressées ' Il est de notoriété publique que toutes les organisations estudiantines actuelles sont sous tutelle des partis politiques. Les plus en vue sont celles qui sont proches des formations politiques dominantes. Alors la crainte est que derrière le v?u du ministre d'installer le débat politique à l'intérieur de l'université se niche une volonté pernicieuse de faire dans le propagandisme orienté vers les formations proches du pouvoir.Ainsi, les chefs des établissements universitaires auront, grâce à l'interdiction de toute activité partisane, le loisir de décider ce qu'est une activité politique partisane de ce qui ne l'est pas. Rappelons qu'en novembre 2015, une instruction du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, ordonnait aux responsables des établissements l'interdiction de ce genre d'activité. «Les responsables d'institutions de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique sont instruits d'interdire toute activité politique au sein des établissements universitaires», lisait-on dans la directive. S'ensuivit une série d'incohérences qui ont défrayé la chronique universitaire.Ainsi, pour la célébration du Printemps berbère, le 20 avril dernier, la communauté universitaire et des acteurs politiques s'étaient mobilisés contre l'interdiction de conférences-débats au niveau des universités de Tizi Ouzou et de Bouira. A Tizi Ouzou, pour motiver le refus signifié par le responsable de l'université à l'adresse des organisateurs d'une conférence (qui aura finalement lieu) de l'avocat et ex-député du RCD Hakim Saheb, le ministre affirmait que la décision «n'a rien à voir avec le 20 avril. Cela concerne toute activité politique (partisane) au sein des établissements scolaires et universitaires».Mais que peut être une activité politique sans l'intervention de politiciens (ou politicards, c'est selon) ' Pourquoi alors les festivités et autres dates de commémoration organisées pour faire l'éloge des réalisations du président de la République sont-elles tolérées ' N'est-ce pas aussi de la politique partisane 'Plus marquant encore, le supplément étudiant a consacré des espaces pour des universitaires en colère dénonçant l'atteinte aux libertés académiques. En janvier 2015, l'interdiction de la publication de l'ouvrage de Meriem Bouzid Sababou sur la Sbeiba, la célébration de l'Achoura touareg avait suscité une vive polémique. En mai de la même année, le refus par l'administration de l'université de Béjaïa de la prise ne charge de l'économiste Samir Bellal qui devait participer à un colloque scientifique à Paris avait également soulevé un tollé.Interviewé dans le supplément étudiant, le docteur assène : «L'Université n'est plus cet espace de liberté où les questions économiques et sociales sont débattues librement et sans contraintes. Le recours à l'enseignement de l'économie dans la définition et/ou la justification des politiques économiques se réduit dans la pratique à l'aspect technique et instrumental.» S'il en est ainsi pour les libertés académiques, que peut-il alors en être de celles politiques. Max Weber écrivait dans l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme : «La politique n'a pas sa place dans la salle de cours d'une université». En Algérie, cette doctrine est élargie même en dehors des amphis.
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