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Printemps kabyle : la tradition au secours de la citoyenneté Colloque d'El Watan



«En quoi la tradition est-elle venue au secours de la citoyenneté lors du printemps kabyle de 2001 '» est la question à laquelle a tenté de répondre, samedi soir, M. Brahim Salhi, sociologue, professeur à l'université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, lors du panel «prémices de la révolte '» du colloque du quotidien El Watan intitulé «Cinquante ans après l'indépendance : quel destin pour l'Algérie '»
Revenant sur les évènements dits du «printemps noir», le sociologue explique que ce mouvement de contestation qui a donné lieu à des violences et des affrontements meurtriers entre des citoyens et les forces de l'ordre trouve ses origines dans la décennie du terrorisme islamiste et même des évènements de la révolte du 5 octobre 1988. Selon lui, l'analyse des événements de 1988 permet de comprendre que cette période a libéré les énergies et l'expression citoyenne.
Cette période a aussi été, a-t-il dit, la traduction d'aspirations politiques. Il indiquera que «les démarches de la société civile se mesurent par la créativité associative, la vie politique et la multiplication des supports médiatiques». Pour lui, 1988 est une période charnière d'où découleront de nombreux évènements. A contrario, «le radicalisme des mouvements islamistes va ouvrir la voie à la décennie noire et toute la dynamique engendrée par les événements d'octobre 88 va être brisée».
Il explique que «l'expression politique va baisser en intensité, la société civile s'affaiblir, et la politique ne s'exprimer qu'à travers une gestion du tout- sécuritaire». «L'Etat va ainsi essentiellement se manifester dans ses prérogatives régaliennes, ce qui va l'exposer à des dérapages qui se justifiaient par l'état de guerre», souligne- t-il. Sur le plan médiatique, le professeur estime que «le printemps kabyle fait l'objet d'une couverture médiatique calamiteuse».
Il souligne que la mort du jeune Massinissa Guermah a crée une onde de choc parmi la population des 16-24 ans qui va s'engager dans une contestation violente. Leurs revendications vont déborder tous les cadres établis jusqu'alors. Ces jeunes se retrouvent dans un face-à-face violent avec l'Etat, sans une médiation, ce qui va entraîner la mort de nombreux jeunes, la destruction de biens, et in fine, une socialisation massive à la culture de l'émeute.
Un dialogue violent s'est mis en place entre la société et l'Etat
Ainsi, une culture de dialogue direct et violent va se mettre en place entre la société et l'Etat, selon lui, et pour illustrer son idée, il s'appuiera sur les slogans scandés et les graffitis sur les murs qui traduisent la hogra et la mal vie.
Le chercheur relève également que lorsque l'affrontement va augmenter en intensité, l'inquiétude sociale laissera place à l'intervention de formes d'organisation qui vont faire appel à la tradition afin de gérer et encadrer la contestation. Ainsi, peu après le 21 avril 2001, les comités de village vont être réactivés. Ce ne seront pas les instances villageoises stricto sensus mais une reconfiguration de ces cadres malgré la profondeur historique de ces derniers.
La première coordination crée entre le 21-22 avril est le comité de village de la daïra de Beni Douala mais sans référence au arch ou à la tribu. «Ce n'est qu'à partir du 9 mai qu'apparait dans la presse le terme de arch de Ath Irathen qui va par la suite être utilisé à plusieurs reprises avant de donner naissance à une organisation de niveau régional.
En outre, il explique que «dès le départ, cette contestation qui s'est muée en émeute a provoqué des réflexes traditionnels tels que le consensus, le contrôle des masses, dès lors que les médiations citoyennes étaient laminées et que les partis politiques n'avaient pas vocation à gérer ce type de situation». Cela pour faire peser les consensus des groupes au détriment des individus et contrôler cette masse de jeunes afin que cela ne dégénère pas en massacre.
Cependant, il ne manquera pas de souligner que la convocation de la tradition va se rigidifier, la réalité empirique ne montre pas une obéissance sans obstruction. Pour illustrer cette idée d'un mode de représentation qui n'emprunte pas forcément à la tradition, il donne l'exemple des réunions à l'échelle communale. Il remarque que des jeunes ont reçu un mandat pour siéger à ces assemblées, ce qui est en dehors de la logique traditionnelle qui cependant sert d'instrument politique.
Par ailleurs, il indiquera que l'hypermédiatisation des arouch a permis au discours officiel de s'appuyer sur cette organisation. «Le langage officiel a repris à son compte le terme de arch dès la marche du 14 juin 2001 en le couplant avec la revendication linguistique alors qu'elle ne figurait qu'à la 3e ou 4e position des revendications élaborées dans la plate-forme d'El-Kseur et ce, pour contenir la contestation dans ses limites géographiques.
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