
La rencontre a regroupé de jeunes entrepreneurs de tous les recoins de l'AlgérieLes congressistes ont plutôt réclamé, et avec instance «un climat des affaires favorable».Le premier Congrès des promoteurs des petites entreprises vient d'avoir lieu à Aïn El Hammam dans la wilaya de Tizi Ouzou. La rencontre, qui a regroupé de jeunes entrepreneurs de tous les recoins de l'Algérie, a débuté le 3 avril au niveau de l'auberge des jeunes de la ville d'Aïn El Hammam et a été clôturée trois jours plus tard. La rencontre a été l'occasion de découvrir que le rêve de créer des entreprises est, dans beaucoup de cas, devenu un véritable cauchemar. Ce que les dispositifs en question et surtout leurs statistiques ne disent pas est grave. A cause des poursuites judiciaires des banques et les visites des huissiers, les menaces d'emprisonnement ont provoqué des dommages immenses parmi les jeunes. Le rêve devient cauchemar.Quand un rêve se transforme en cauchemarLes difficultés rencontrées par les jeunes après la création d'entreprises dans le cadre des dispositifs sont nombreuses et graves. Les dettes contractées et qui s'accumulent ont mis les jeunes dans des situations très dangereuses. Aujourd'hui, il est fait état de 10.000 camions acquis dans le cadre de ces dispositifs, saisis par les douanes. En difficulté de payement et sous la pression des huissiers, ces jeunes mettent leurs véhicules au service de toutes sortes de contrebande. Des centaines d'autres jeunes qui ont acquis des tracteurs pour activer dans l'agriculture se reconvertissent dans le trafic du sable.Les témoignages sont nombreux. Les difficultés ont provoqué le démantèlement de beaucoup de familles. Des divorces sont signalés suite aux difficultés souvent insolubles. Des cas de suicides sont fort nombreux également. Ils sont signalé à travers plusieurs wilayas. Les difficultés dans lesquelles se débattent les jeunes ont provoqué des milliers de dépressions. Les témoignages font état de cas par dizaines de milliers de maladies chroniques liées à ces tourments.«On ne demandera jamais l'effacement de nos dettes». Les jeunes comme leur collectif refusent catégoriquement que l'Etat efface leurs dettes. Contrairement aux idées reçues et reprises par une certaine presse, les jeunes veulent réussir. Ils veulent rembourser leurs crédits. Mais les propositions du gouvernement, estiment-ils, ne se traduisent pas sur le terrain. «Un rééchelonnement des dettes ne réglera rien. Bien au contraire, la décision, ajoute Yacine Guellil, président du collectif Came, ne fera que prolonger les difficultés et les accroître au fil des années.» La microentreprise a surtout besoin d'un climat des affaires favorable. Evoluer dans un milieu où le jeune promoteur se fait écraser par les entreprises dotées de cahiers des charges bien remplis. Parallèlement au prolongement de la durée de remboursement du prêt, les jeunes réclament un système de sous-traitance plus juste. Les 20% des marchés publics doivent être attribués aux jeunes sous forme d'une sous-traitance régulée et obligatoire avec les grandes entreprises. Le jeune promoteur ne doit pas être contraint à négocier des miettes avec son matériel loué aux grandes entreprises. Des recommandations ont été dégagées par les présents, réunis sous la coupe de la dynamique association des jeunes promoteurs Came (Collectif d'appui à la micro-entreprise). De riches conférences ont été présentées dans la matinée de mardi. En fait, les jeunes microentreprises en difficultés espèrent du gouvernement qu'il arrête les poursuites judiciaires car les affirmations selon lesquelles les jeunes ne sont pas poursuivis sont fausses. Il y a même des jeunes qui ont fait de la prison alors que d'autres sont quotidiennement jugés.D'autres jeunes ont relevé l'injuste traitement dont ils sont victimes. Beaucoup estiment que les affaires par milliers, les concernant passent au niveau de la cour pénale alors qu'elles sont d'ordre commercial.«Nous ne sommes pas des brigands. Nous sommes de jeunes Algériens qui ont des difficultés à évoluer dans un climat des affaires non favorable» estime un jeune rencontré sur place. D'autres jeunes ont relevé que le système bancaire est truffé d'erreurs. Beaucoup de ces derniers sont victimes de poursuites judiciaires basées sur des erreurs de comptabilité. En fait, les affaires dans les tribunaux concernant ces jeunes sont de deux types: directes lorsque l'un d'entre eux est attaqué par une banque ou un organisme d'Etat en lien avec l'activité. Elles sont indirectes lorsqu'elles sont provoquées par le déchirement d'une famille sous le poids des dettes et des difficultés liées au prêt.Pourquoi des poursuites pénales'Aujourd'hui donc, les jeunes s'interrogent sur les raisons pour lesquelles ils sont estés au pénal comme des brigands. (Quelques cas pour illustrer l'extrême gravité de la situation). Certains cas de ces jeunes sont à mettre dans la rubrique des faits divers. Le décalage entre ces dispositifs et certains des responsables en charge de les gérer a mis un grand nombre de jeunes et de familles dans des situations inextricables. Nous avons rencontré certains cas lors du congrès à Aïn El Hammam. C'est à croire que nous sommes dans la science-fiction. «J'ai eu mon prêt bancaire en 2005 et je suis encore sans registre du commerce en 2017. Je suis poursuivie en justice par la banque, par la direction du commerce à cause de la non-délivrance de ce document. La direction de l'Ansej de Tizi Ouzou qui m'a contrainte à débuter l'activité, me menace aujourd'hui d'abandonner mon local sis à la pépinière», témoigne la concernée qui a obtenu un prêt pour la confection et la broderie industrielles. «La nouvelle boulangerie de mon fils a avalé la boulangerie familiale. Nous sommes une famille de boulangers, c'est pourquoi nous avons encouragé notre fils à acquérir une boulangerie, estimant qu'il connaît mieux son métier. Après des difficultés, il se retrouve poursuivi en justice, alors j'ai dû fermer mon ancienne boulangerie pour lui permettre de payer et je lui avais donné mon local pour rouvrir la sienne.», a estimé un homme, la soixantaine. «J'ai été interdit d'entrée dans une agence Ansej de la capitale. Mon cas dépasse même les prérogative des responsables de l'Ansej qui ont fini par refuser de me recevoir», ajoute un jeune promoteur venu de la capitale.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel BOUDJADI
Source : www.lexpressiondz.com