Photo : M. hacène
De notre correspondant à Tizi Ouzou
Lakhdar Siad
L'accès au logement persiste comme une préoccupation essentielle des familles kabyles remuées entre une très faible disponibilité du logement attribué par les organismes publics. Les prix prohibitifs du loyer d'une part et les blocages et obstacles pour le droit à l'autoconstruction d'autre part sont les premières sources de tension qui génèrent conflits familiaux, fragilisation et parfois même destruction de la cellule familiale, désordre public et paralysie des institutions, sièges et bureaux des collectivités locales constamment décriés en Kabylie. C'est dire que le logement est un problème que les organismes et autorités locales gèrent mal jusqu'à douter de la bonne foi des responsables quant à l'objectif annoncé d'absorber les sans-logis et les milliers de demandeurs de logement dont l'instance perdure depuis deux décennies pour beaucoup d'entre eux. Illustration : en juillet dernier des émeutes ont éclaté à la cité des 100 logements de Fréha, à 30 kilomètres à l'est de Tizi Ouzou, provoquées par des dizaines de familles «victimes de la politique
du logement» en Kabylie et déclarées «squatteuses» par les autorités qui leur envoyèrent la brigade anti-émeute de la police à laquelle elles s'opposèrent en faisant plusieurs blessés des deux côtés en plus de nombreuses arrestations a-t-on constaté sur place. L'APC de Fréha avait achevé de distribuer les logements à des demandeurs, les bénéficiaires ne cessaient de réclamer leurs logements occupés durant les événements dits du printemps noir de 2001 et les «indus occupants» faisaient valoir leur droit au logement. Juin de l'année en cours, des bureaux du siège de l'APC d'Azazga, à 37 kilomètres de Tizi Ouzou, ont été saccagés par des dizaines de manifestants ne figurant pas sur une liste de 130 logements sociaux à Tizi n'Fliki. Ces logements étaient dans le même cas que ceux de Fréha et les «indus occupants» étaient délogés par la force publique. Autre cas atypique, dans la commune d'Iflissen, en Kabylie maritime, des logements F1 ne sont pas attribués, selon des nécessiteux qui ont pris attache avec la presse l'été dernier. Sur un programme de 50 logements sociolocatifs (LSP) attribués en 2005, on a appris que 6 logements de type F1 n'étaient pas distribués, alors que des personnes des villages d'Iflissen dans le besoin ouvrent naturellement droit à ces logements. Les services de la wilaya restèrent muets devant les requêtes des élus communaux, selon la même source. Pour rappel, dans son plan quinquennal 2010/2014 pour la wilaya de Tizi Ouzou, le gouvernement avait consacré une enveloppe de 265,4 milliards de dinars pour le développement global de la région. Une somme dérisoire vu la zone rouge du point de vue économique dans laquelle se trouve la Kabylie, jugent des élus et des observateurs. Le secteur de l'habitat arrive en tête avec environ 84 milliards de dinars. Le wali soutenait que l'argent était destiné pour la réalisation de 45 000 unités dont une forte prédominance de l'habitat rural et pour éradiquer les écoles et établissements scolaires construits en
préfabriqué. (22 000 unités d'habitat rural sur les 45 000 logements toutes formules confondues, Ndlr). A ce propos, quand le nouveau chef du gouvernement, Abdelmalek Sellal, avait fait état la semaine dernière de la réalisation de 15 000 unités de logements de type
location-vente pour satisfaire la demande en suspens en matière de logements, il doit surement savoir la sensibilité du sujet dans les villes et les milieux urbains ainsi que dans les zones rurales à l'approche des élections locales du 29 novembre prochain. Sauf que
sur le terrain, ça se passe autrement ! Récemment, un responsable de l'Association générale des entrepreneurs algériens (Agea) avait souligné les réticences des banques à l'égard des entreprises du secteur du Btph qui constituent le fer de lance de toute politique de résorption de la crise de logement. «Les établissements financiers répondent parcimonieusement aux sollicitations des PME qui ont besoin de capitaux d'amorçage et d'investissement», avait indiqué ce responsable devant la presse tout en mettant en exergue les énormes contraintes qui empêchent le secteur du Btph de jouer son rôle actif dans l'atténuation des tensions sociales. Un constat on ne plus clair sur l'intérêt qu'accordent les pouvoirs publics au secteur du bâtiment. À la même période, le revenant au secteur de l'habitat de et l'urbanisme, Abdelmadjid Tebboune, avait insisté sur le respect des délais de réalisation, limiter le recours à la sous-traitance
ainsi que l'inobservance des clauses du cahier des charges par les maîtres d'ouvrages. Cela dit, on a l'impression que l'Etat n'assume son rôle dans le droit au logement des habitants de Kabylie qu'ils bloquent parallèlement dans la réalisation d'un toit en formule autoconstruction en instaurant un arsenal juridique paralysant et un financement presque insignifiant du projet quand le demandeur a eu, enfin, le feu vert des autorités.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L S
Source : www.latribune-online.com