De notre correspondant à Tizi Ouzou
Malik Boumati
Tous les adultes d'aujourd'hui se rappellent parfaitement de cette heure interminable qu'ils subissaient à l'école depuis l'arrivée de leur professeur d'Histoire jusqu'à ce qu'il remballe ses documents dans son gros cartable, signe de la fin du cours. Des enseignants sans motivation à réciter des histoires plates à provoquer des bâillements parmi les bambins, lesquels ne pensaient qu'à la fin du cours, synonyme de délivrance. Des cours plats qui ressemblaient plus à des récitations qu'à des cours d'Histoire. Aucun effort sérieux n'était fourni pour que l'écolier s'intéresse à l'Histoire, apprenne à aimer l'Histoire. Celle de son pays en premier lieu, puisque même la guerre de Libération nationale était enseignée de façon à provoquer un rejet chez l'apprenant.Pourtant, les responsables du secteur de l'Education n'avaient pas besoin de sortir de Saint Cyr pour faire aimer l'Histoire aux enfants. Il suffisait de regarder ce qui se passe dans d'autres pays pour comprendre qu'il est tellement aisé d'attirer l'attention des écoliers. Il faut dire qu'à l'époque, les dirigeants du pays ne cherchaient pas vraiment à faire aimer l'Histoire aux écoliers, mais à leur bourrer le crâne avec des histoires. Avec une Histoire fossoyée. Aujourd'hui, même si le système éducatif est resté sinistré, il y a un effort de la part d'un certain nombre d'enseignants qui essaient de donner une autre image des cours d'Histoire. L'effort est louable mais insuffisant. Dans d'autres contrées, tous les moyens sont bons pour glorifier l'Histoire et la civilisation des peuples. Le cinéma, la bande dessinée, les dessins animés sont aussi des outils indéniables pour que l'appréhension de l'Histoire en particulier et de toutes les matières en général soient le plus agréable possible pour l'enfant.L'école algérienne étant la même sur tout le territoire national, aucune wilaya n'est épargnée par cette amère réalité. A Tizi Ouzou, on n'est pas mieux loti. «Attendons que les outils pédagogiques classiques soient utilisés normalement, pour penser à de nouveaux supports», lance entre deux rires, un enseignant d'Histoire dans un collège de Tizi Ouzou, en réponse à une question sur l'utilité de la bande dessinée ou du dessin animé dans l'enseignement de cette matière. Pour lui, «tous ces supports doivent être un plus à un enseignement classique performant» alors qu'il regarde toujours derrière lui de peur d'être surpris en train d'utiliser des ouvrages non prévus par la direction ou le ministère de l'Education. «C'est le seul effort que je puisse faire pour l'instant, en plus d'une certaine attitude en classe qui met l'écolier dans une situation confortable pour qu'il puisse s'intéresser à ce que je raconte», ajoute encore notre interlocuteur.Le même sourire était perceptible chez un autre enseignant interrogé qui exhorte les pouvoirs publics à mettre en place un enseignement de l'Histoire «avec un grand H» en l'extirpant des censures politiciennes. «Nous, enseignants, devons enseigner l'Histoire de manière décontractée pour que l'élève s'intéresse et suive les cours convenablement», dit-il en insistant sur l'écriture de la vraie Histoire de l'Algérie que tout le peuple algérien doit assumer. «Aujourd'hui, on n'a pas le droit de dire que les Arabes du sixième siècle étaient accueillis avec des fleurs, alors que leur rencontre avec les Imazighen menés par Dihia et Koceïla était sanglante», estime notre interlocuteur soulignant la nécessité de «mettre fin à ce complexe et de regarder vers l'avenir de façon sereine». Une fois débarrassée de ce «complexe» et de cette «dérive», l'Histoire pourra être enseignée «sans que les enseignants se prennent la tête», dit-il non sans affirmer que «c'est à partir de là que le cinéma, la bande dessinée, et même le dessin animé pourront jouer un rôle dans l'enseignement de l'Histoire». Ce sont des supports, ajoute-t-il, qui «encourageront l'écolier à apprendre l'Histoire de son pays et du monde entier dans un climat d'amusement qui lui permettra d'assimiler et d'aimer ce qu'il apprend».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M B
Source : www.latribune-online.com