Réalisé et produit en France en septembre 2011, le film qui a été projeté lundi dernier à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, devant un parterre de journalistes, est un mixage d'entretiens livrés par Matoub à des médias étrangers et où il s'était exprimé sur des événements touchant à l'histoire récente de l'Algérie.
L'aura et la notoriété de Matoub Lounes continuent de lui survivre longtemps après sa mort. Plus d'une dizaine d'années après sa tragique disparition, l'artiste, l'homme et son engagement inspirent, par l'essai, le témoignage, écrit ou filmé, une production littéraire et iconographique riche et foisonnante. Un intérêt nullement usurpé, tant l'implication sociale et politique de l'artiste, à travers ses chansons ou ses interventions publiques dans les médias ou à l'occasion de ses galas, était évidente. Un engagement poétique et politique assumé au péril de sa vie par Matoub (il sera, tour à tour, arrêté et blessé par les gendarmes en 1988, puis enlevé par le GIA et enfin la cible d'un attentat qui a mis fin à sa vie en 1998) qui continue d'être l'archétype et le symbole de l'homme d'action et de l'artiste habité par les préoccupations politiques et sociétales de son temps et de son peuple, dont il s'est volontairement fait le porte-parole lucide et acharné. Artiste émérite et adulé de son public, Matoub avait tôt fait le choix d'une posture inconfortable du chanteur subversif et iconoclaste qui s'est exprimé, par-delà le silence et la censure pour empêcher la liberté de faire et de dire ; que cela vienne de l'intégrisme islamiste ou du pouvoir. C'est ce thème, cette dimension inhérente au parcours de l'homme et de l'artiste, qui constitue le propos de Matoub Lounès, le combat éternel, le documentaire au titre évocateur réalisé par Tahar Yami, ancien directeur de la maison de la culture de Tizi- Ouzou durant les années 1990 et actuellement installé en France où il dirige une boîte de communication. Réalisé et produit en France en septembre 2011, le film qui a été projeté lundi dernier à la maison de la culture Mouloud- Mammeri de Tizi-Ouzou, devant un parterre de journalistes, est un mixage d'entretiens livrés par Matoub à des médias étrangers et où il s'était exprimé sur des événements touchant à l'histoire immédiate et tragique de l'Algérie ; d'extraits d'images d'archives retraçant les événements impliquant Matoub ou qui lui sont liés. Le tout accompagné d'un récit sur fond d'extraits de chansons très emblématiques de l'artiste, sert de fil conducteur et de support à un documentaire qui est, selon le réalisateur, une tentative de restituer un parcours riche et foisonnant, celui d'un homme et de l'artiste à l'œuvre aux facettes multiples qui ne peuvent être restituées dans un court métrage de 26 mn. Critiqué pour sa démarche d'écriture qui fait la part belle à l'émotion que suscite l'apparition et la voix du chanteur au détriment d'un texte qui ne rend pas compte de toute la complexité, l'épaisseur du personnage, en croisant les points de vue et les évènements qui ont émaillé son itinéraire, Tahar Yami se défend d'avoir fait une œuvre rétrospective et promet de revenir avec un documentaire qui va explorer toute la dimension artistique, poétique et politique d'un chanteur qui, au péril de sa vie, avait refusé, contrairement à beaucoup de chanteurs et d'intellectuels à la notoriété bien établie, de se faire le complice du silence face aux périls qui ont menacé les fondements de la République et de l'identité millénaire de Algérie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S Ait Mébarek
Source : www.lesoirdalgerie.com