Dans les années 1930, à Michelet — aujourd’hui Aïn El Hammam — au cœur de la Kabylie, la poterie était un savoir-faire exclusivement féminin, transmis de mère en fille. Dans les villages accrochés aux pentes du Djurdjura, les femmes façonnaient l’argile avec une maîtrise remarquable, sans tour de potier, uniquement à la main.
Assises à même le sol, elles modelaient patiemment jarres, plats et cruches destinés à l’usage domestique : conserver l’huile d’olive, stocker les céréales ou transporter l’eau. Après séchage au soleil, les pièces étaient cuites à l’air libre, dans des foyers rudimentaires alimentés par du bois et des branchages. Chaque étape exigeait précision et expérience.
Les décors, tracés à l’ocre, au noir ou au brun, révélaient un univers symbolique riche : motifs géométriques, lignes brisées, triangles et losanges, porteurs de significations liées à la protection, à la fécondité ou à l’identité du clan. Cette poterie n’était pas seulement utilitaire ; elle exprimait l’âme artistique de la femme kabyle et son rôle central dans la société rurale.
Dans ces ateliers à ciel ouvert, entre gestes ancestraux et solidarité villageoise, se perpétuait un patrimoine millénaire. Les poteries de Michelet incarnaient alors l’authenticité d’une Kabylie fière de ses traditions, où la création artisanale était intimement liée à la vie quotidienne et à la mémoire collective.
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Posté par : patrimoinealgerie