Tizi-Ouzou - A la une

«Les multiples rencontres professionnelles ont enrichi mon capital expérience» Salah Bekka. Producteur et manager



Sérial Entrepreneur selon un magazine européen, Médaille de Chevalier de l'Ordre National du Mérite décernée par l'Etat français, Salah Bekka est un homme multiple et déroutant. Parmi ce large spectre d'entreprises, qu'il s'entête à réussir, Salah Bekka est aussi un homme de spectacle qui a acquis ses lettres de noblesse parmi les «nababs» du métier en Europe.
On se souvient de vous comme l'initiateur de beaucoup de projets socio-humanitaires comme l'électrification et la construction des châteaux d'eau de Barbacha, l'insuline pour l'Algérie, le scanner pour l'hôpital de Tizi Ouzou, « la conduite accompagnée » où vous avez fait visiter l'Algérie à des jeunes Français et émigrés, la restauration de l'Ecole des Beaux Arts d'Azazga, la liste est longue'
Oui, ce sont de riches expériences. Au-delà de leur but immédiat et de leur concrétisation, c'est leurs corollaires d'union et de fraternité retrouvée qui est exaltant.
C'est toujours valorisant d'être une des parties prenantes d'une action qui profite à la communauté. Cela pour dire que je ne me suis jamais considéré, autre, qu'un unique maillon d'une longue chaîne constituée d'amis de bonnes volontés, émanant, d'horizons professionnels divers sans qui rien n'aurait pu être réalisé, qui ont accompagné, dans l'ombre ces vieux et jeunes villageois qui se sont pris en charge et entraidés à concrétiser des projets qui ont, 30 ans, après l'indépendance, rapproché les villages de Barbacha de la civilisation. Ceci est d'ailleurs le cas pour toutes nos actions concrétisées à travers le territoire national et a l'étranger.

Y a-t-il eu depuis d'autres réalisations '
Oui, nous sommes « entrées » dans le village planétaire par « l'avènement » récent d'Internet. Aujourd'hui, au bout du dernier sentier de Barbacha, on se connecte enfin au reste du monde. Et à ce sujet, je saisis l'occasion pour remercier vivement et chaleureusement au nom de la population de Barbacha le Président de la République qui a répondu favorablement à nos deux lettres ouvertes qui lui ont été adressées pour aplanir les difficultés qui paraissaient insurmontables. C'est ainsi que les autorités notamment celle de Bejaia et d'Amizour ont conjugué leurs efforts pour faire aboutir le projet. Qu'ils trouvent, ici, nos plus sincères remerciements.

Si on revenait à l'artistique ' De Ait Menguellet à Takfarinas, en passant par Khaled et Baâziz, on ne peut pas dire que vous avez travaillé avec des Artistes « communs »'.
C'est vrai, on peut tout dire d'eux, sauf qu'ils sont communs, ils illustrent la diversité et la richesse de la chanson algérienne. Chacun avec sa personnalité est exceptionnel.
Travailler avec eux est très enrichissant humainement. Mais autant ils sont différents, autant ils convergent sur un point nodal : le talent.

Qu'est-ce qui vous motive pour travailler avec les uns et pas avec les autres '
D'abord, il faut savoir que je n'ai jamais sollicité qui que ce soit ; cela a toujours été une affaire de circonstances. Et je dois avouer que pour le moment ce sont des circonstances heureuses puisqu'elles m'ont fait rencontrer des Femmes et des Hommes qui ont notablement enrichi mon capital expérience dans ce domaine.
Pour revenir à votre question, deux critères sont pour moi décisifs.
Le premier, ce sont les qualités intrinsèques de l'homme.
Ensuite viennent son désir et sa volonté, voire son ambition d'approcher du plus haut degré du professionnalisme artistique. Ces quatre artistes allient admirablement ces deux critères.

C'est avec Ait Menguellet que l'on à découvert vos qualités d'organisateur. Qu'est ce que vous retenez de lui en premier '
Pour parler de monsieur Ait Menguellet, il faut des livres et beaucoup de mémoire. Chaque moment avec lui est à raconter. Alors vous imaginez 18 années d'une fréquentation assidue et quasi quotidienne. Il est pour moi l'exemple d'un comportement exemplaire. Une éducation qu'il a non seulement transmise à ses enfants, mais qu'il sème aussi au gré de ses rencontres.
Dans la vie quotidienne, il est en adéquation avec ses textes : méticuleux et constant.
Une seule ombre au tableau néanmoins, professionnellement, Monsieur Ait Menguellet, une fois rentré dans son village, il n'est pas facile de l'en déloger. Il est la ponctualité personnifiée. Il a le respect du temps et de « l'autre ». Sa timidité qui n'est en faite que du respect, est loin de faire de lui un être austère pour autant. Il peut donner un cours magistral sur toutes les facettes de l'humour qu'il affectionne tout particulièrement, contrairement à ce que croient les gens. Il traite gravement de choses légères et légèrement de choses graves, mais dans les deux cas, il offre plusieurs angles de vue avec la même perspicacité et clairvoyance.

Après Ait Menguellet, on vous retrouve avec Khaled, cela peut désarçonner plus d'un'
Je comprends que cela puisse désarçonner. Moi-même, j'ai l'impression à chaque fois de changer de planète.
Ce n'est pas plus mal, ce n'est pas meilleur, ce n'est pas comparable, c'est autre chose.
Un autre univers où l'on découvre d'autres mentalités, d'autres méthodes de travail, d'autres aspects de l'humain' C'est enrichissant même si des fois, on l'apprend à ses dépens.
« Les expériences qui nous font mal, nous instruisent et nous aguerrissent », disait Benjamin Franklin. Certes, mais, elles se paient nécessairement cher et cash !

Et quel est le trait de caractère qui vous a marqué chez Khaled '
Khaled c'est Khaled. Vous savez, on ne naît pas gentil, on ne naît pas méchant, c'est l'environnement dans lequel on évolue qui fait que l'on soit l'un ou l'autre. Seulement, Khaled, je crois que « l'on peut » dire qu'il fait exception, car je pense vraiment qu'il est né gentil. Sa gentillesse s'exprime par des émotions justes. Contrairement, à ce qu'on peut penser, le rire et le sourire de Khaled ne sont qu'extérieurs, une vitrine, ils font partie d'un décor qu'il range dès que les projecteurs s'éteignent. En fait, son rire se raréfie dès qu'il est loin des lampions et des fans. Un jour, lors d'une séance de dédicace, sachant que sont moral était déjà au plus bas, il affichait toujours son inamovible sourire. Inquiet, je lui demande, si ce n'est pas trop pénible pour lui ; résigné, il eut cette réponse :
« Oui ! Mais « eux » ne le savent pas' » Khaled, il est aussi cela. Pour moi Khaled c'est : la Voix. On peut être pour ou contre, mais on ne peut le lui dénier sans mauvaise foi.

Mais il est aussi connu pour ses frasques notoires avec son épouse'
L'épouse de Khaled s'occupe très bien la carrière de son mari. Elle est, je pense, la mieux adaptée à son mode de travail, mais surtout la plus appropriée à l'artiste lui-même.
Quant aux frasques qui leurs sont attribuées, si elles sont avérées ! Comme on le dit chez nous, souhaitons-leur la paix,

De Khaled, « la voix », vous vous êtes retrouvé dans un univers de contestation pure et dure, c'est la rencontre avec Baâziz'
Baaziz est un tout autre univers, musical, textuel et comportemental. Avec un talent insolent, il est un « faiseur » de tubes. Mais à l'image de sa chanson, il est ce que l'on peut appeler « un électron libre ». Sans « mode d'emploi », Baaziz est insaisissable, voire ingérable. Ce mode d'emploi se résume au respect qu'il attend en retour des autres. Dans le respect mutuel, vous serez en symbiose avec cet artiste. Et là, ça devient un réel plaisir de travailler avec lui. Dans la vie de tous les jours Baâziz est tout simplement l'exact contraire de ce qu'il incarne sur scène où ses critiques acerbes choquent souvent. Il est l'Artiste le plus respectueux des autres et le plus affable que je connaisse. Sous ses « dehors » de rebelle et d'écorché vif, se cache un homme sensible compréhensif et à l'écoute de sa communauté. Discret, il refuse de médiatiser la plupart de ses concerts humanitaires au profit de diverses associations.
Baaziz est aussi un artiste qui a oublié de ne pas être intelligent d'où tout l'intérêt de le côtoyer. Et, ce qui ne gâche rien, Baaziz a toujours le sourire et le rire prêt à fuser. Sa bonne humeur est contagieuse.

Nous arrivons enfin à Takfarinas'
Cette valeur incontournable de la chanson algérienne et l'un de ses meilleurs ambassadeurs est aussi un homme qui a un respect aigu des valeurs artistiques, familiales et humaines en général. Professionnellement, Takfarinas est toujours en quête de la perfection. Sachant que ses spectacles sont en fait des shows, il est méthodique, très méticuleux dans son travail, ses exigences vont inévitablement de pair avec ce qu'il offre. Le respect du public est chez lui une véritable obsession. Takfarinas est le chef d'orchestre de sa carrière il ne s'implique pas exclusivement dans le volet artistique, mais garde un 'il sur tout, jusqu'au plus infime détail.
Notre collaboration ne fait que débuter, laissons le temps au temps' On verra.

Vous êtes dans l'événementiel depuis 24 ans, que pensez-vous de l'organisation en Algérie '
On s'adapte, mais s'adapter n'est pas évoluer. Sur le plan de l'investissement sur la communication, on ne frôle même pas le minimum encore. Il y a un malaise !
Pourtant, maintenant, les moyens humains et techniques existent. Un artiste dont la carrière est connue et reconnue n'a plus rien à prouver, s'il se produit dans une salle vide, c'est que son public n'a pas été informé. Que dire alors d'un artiste à promouvoir ' Il faut savoir, que même si vous faites venir l'artiste le plus connu au monde, au café de votre quartier. Si vous ne les mettez pas au courant, les gens passeront sur le trottoir et ne rentreront pas faute de ne pas avoir été informés, vous serez tout seul avec votre artiste devant votre tasse de café.
Par contre, si vous le faites savoir, votre café serait trop petit, pour contenir tous ceux qui se déplaceront, pour le voir !
Tout le monde sait qu'au temps du village planétaire, la communication est la clé, le tremplin vers la réussite de tous projets.

Souhaitez-vous rendre un hommage particulier '
Oui, même plusieurs, d'abord un hommage particulier au travail accompli par monsieur Ould Ali pour le spectacle de Takfarinas a Tizi Ouzou et à Monsieur Benterki Directeur de l'ONCI ainsi qu'à toutes leurs équipes pour tout ce qu'il apporte à la culture en général.

Qui regrettez-vous '
Si Larbi Belkheir, que Dieu ait son âme.

Vous aimez tant aller à contre-courant de la pensée ambiante '
Non pas du tout ! Il se trouve juste que je n'aime pas faire plaisir et adhérer au prêt à penser, au détriment de ce que je crois et ressens. C'est tout.
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