De notre correspondant à Tizi Ouzou
Lakhdar Siad
Les demandes d'adoption émanant de couples mariés qui n'arrivent pas à procréer sont de plus en plus nombreuses à Tizi Ouzou, selon des recoupements d'informations établis par des sources proches d'organismes et associations de prise en charge de l'enfance abandonnée. Comme pour les autres domaines de la vie, l'adoption au sens juridique ou telle que connue dans les annales de l'évolution de la famille a ses propres caractéristiques en Kabylie, où les liens et ressorts de solidarité familiale côtoient avec harmonie et complémentarité le désir ardent de toute famille d'avoir une descendance. Dans un passé plus ou moins récent, l'adoption concernait plus particulièrement les enfants orphelins dont le père ou les deux parents ont été tués pendant la guerre de libération. Dans la tradition locale et depuis des siècles, élever un enfant qui a perdu ses parents dans la bataille armée est élevé au rang de devoir socialement intriqué au sein de la société kabyle. C'est dire que celle-ci (la société kabyle) a pris de l'avance sur les futures lois adoptées par le législateur algérien. A ce sujet aussi, on fait remarquer partout où l'on interroge les personnes impliquées que «c'est l'administration, avec ses lourdeurs bureaucratiques, qui est en retard par rapport au progrès constaté dans la cellule familiale quant à
l'acceptation de l'adoption par toutes les tranches d'âge». Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi tant de freins administratifs à l'adoption alors que le fait est intégré par les parties concernées et n'est plus perçue comme un tabou ou une procédure malvenue. On désigne du doigt primo l'enquête sociale sur les demandeurs qui doivent être «riches et d'un niveau intellectuel très élevé», conditions que ne remplissent pas la «majorité» des candidats à l'adoption qui sont issus pour la plupart de milieux sociaux moyens ou défavorisés, estiment beaucoup de gens touchés directement ou indirectement par la démarche et la réglementation de l'adoption. «Je ne comprend pas le refus de la DAS (direction de l'action sociale) à notre demande d'adoption, pourtant nous nous sommes bien préparés ma femme et moi, nous avions mis toutes les chances de notre côté, éliminé tous les obstacles possibles quant à l'aboutissement de notre requête ; c'est injuste de la part de la DAS qui a battu tous les records en nous répondant en un laps de temps très réduit, ce qui veut dire que notre demande n'a pas été soigneusement étudiée par les membres de la commission de cette direction», confie un demandeur d'adoption déçu et en colère contre l'administration. «Pourquoi prive-t-on un couple du droit d'adopter un enfant sous prétexte de revenus faibles de l'un des deux demandeurs sachant que la situation sociale de beaucoup de familles dans le pays qui ont à charge beaucoup d'enfants en bas âge est plus que précaire ; et puis quand un couple décide d'adopter un enfant, il doit forcement avoir déjà pensé à tout, il n'a pas besoin d'un enquêteur pour bien prendre soin de l'enfant», conteste une femme au foyer sans enfant depuis son mariage il y a quatre ans et demi.Cela dit, il y a lieu de relever qu'en Kabylie, on entend beaucoup parler de couples d'émigrés, notamment en France, qui adoptent un ou deux enfants malgré la complexité du dossier à fournir, l'entrée en jeu de l'aspect religieux dans la procédure d'adoption, sachant que l'adoption d'enfants telle que pratiquée dans les pays européens ou autres n'est pas compatible avec la législation algérienne toujours influencée par le recours aux préceptes religieux. Ainsi, dans l'attente de mesures de facilitation d'adoption d'enfants tant souhaité par les parents «stériles» et des militants associatifs et des droits de l'enfants qui s'inquiètent de l'état des enfants abandonnés ou nés sous x, «il est indispensable d'engager un débat large sur la question tant sur les plans humain et social qui relève de la sensibilité et de la responsabilité collective», nous fait remarquer une militante des droits des enfants dans un village de Kabylie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L S
Source : www.latribune-online.com