
Trop de bavures militaires ont été commises l'année dernière en Kabylie, endeuillant de nombreuses familles et aggravant le sentiment de défiance vis-à-vis de tout ce qui symbolise l'autorité de l'Etat. Ces «méprises», pour reprendre le terme du commandement de l'ANP, étaient particulièrement mal venues dans une région qui n'a pas encore totalement pansé les blessures des événements du Printemps noir. Des interrogations étaient clairement exprimées, par les simples citoyens comme par les observateurs de la scène sécuritaire, sur l'efficacité et l'opportunité d'un dispositif militaire qui n'arrive pas à distinguer un terroriste d'un villageois en promenade, un gang du GSPC d'un groupe de femmes rentrant d'une veillée funèbre. Une mère de famille, un ouvrier et deux chasseurs ont perdu la vie dans la région entre juin et novembre 2011, sous les balles de soldats armés de fusils mitrailleurs mais pas de renseignements. Il était temps que l'armée nationale apporte un démenti aux accusations sur le bien-fondé du déploiement de ses unités à travers les localités d'une région devenue, à son corps défendant, le QG d'AQMI.
Ainsi, il arrive que des terroristes ayant semé la mort dans les villes et sur les routes quittent le chef-lieu de wilaya comme de simples citadins pour regagner tranquillement, pensaient-ils, leur fief dans les maquis. Ni émirs ni «khechkhach», ces vulgaires criminels, amassant des fortunes en même temps qu'ils répandent la mort, ont prospéré dans une région marquée par la faillite du renseignement, permettant à des réseaux de soutien d'entretenir, dans la ville comme dans les villages reculés, des groupes de bandits prétendument combattants de la foi. Le démantèlement des groupes de patriotes, enclenché conjointement avec la politique calamiteuse du pardon en direction des terroristes, avait porté un coup dur, sinon fatal, à la lutte engagée pour l'élimination de ces derniers. Depuis que les patriotes sont «rentrés chez eux», très peu de renseignements remontent au sujet des mouvements des groupes armés. Plus grave, les soldats de l'ANP se sont retrouvés opérant quasiment «à vue», redoutant la bavure à chacun de leurs mouvements. L'opération militaire ayant permis d'éliminer, lundi dernier, près de Tizi Ouzou, l'un des lieutenants de Droukdel, a apporté un réel soulagement au sein de la population locale. Elle n'oublie pas, toutefois, que de nombreux autres «sous-émirs» d'AQMI ont été tués ces dernières années, y compris dans la même localité, sans que le terrorisme islamiste ne soit définitivement enrayé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com