
Malik BoumatiDe toutes les activités culturelles, le théâtre est le seul à Tizi Ouzou à avoir survécu à la période «mortelle» des années quatre-vingt-dix quand laculture était loin des priorités des pouvoirs publics. Et cette résistance, on la doit avant tout aux associations culturelles de cette wilaya et auxmilitants amazighs qui ont maintenu cette activité contre vents et marées, par amour au quatrième art, mais aussi pour des considérations politico-identitairesévidentes. La qualité de leurs ?uvres n'était pas reluisante, mais ilsparticipaient activement et consciemment à maintenir le 4e art en vie.Aujourd'hui, avec le retour au calme et l'important matelas financier accordé à la culture, les Algériens en général et les habitants de la wilaya de Tizi Ouzou, en particulier, ont le droit d'espérer voir le renouveau du théâtre sous tous ses aspects. Mais si en termes de quantité ils sont servis, la qualité tarde encore à venir, au grand dam des amoureux du 4e art dont le nombre n'arrive toujours pas à décoller. Effectivement, le théâtre, un art populaire par excellence, n'arrive toujours pas à attirer le public sans lequel cet art n'a aucune chance de vivre. A Tizi Ouzou ou dans les autres wilayas du pays, le public se sent rarement «concerné» par les pièces de théâtre qui lui sont présentées. Particulièrement celles que l'on présente comme des ?uvres professionnelles pour lesquelles un effort indéniable a été fourni par les comédiens et surtout par les metteurs en scène et les réalisateurs. «Quand on assiste à une pièce de théâtre, on n'arrive souvent pas à s'y identifier pour diverses raisons», affirme un jeune amateur de théâtre rencontré dans la ville des genêts. Pour lui, les réalisateurs et les metteurs en scène ont fait leur formation à l'étranger, Russie et Italie notamment, et l'influence de leurs pays de formation reste toujours présente dans leurs textes, «et c'est ce qui gène un peu le public qui se reconnaît difficilement dans les pièces de théâtre montées en Algérie». Notre interlocuteur relève également certaines imperfections dans les mises en scène ou les costumes choisis pour les comédiens. «La tenue de la femme kabyle des années 1920 par exemple est confectionnée après une recherche basée principalement sur les clichés de l'administration coloniale et/ou des colons qui tentaient d'unifier l'identité algérienne dans le but de mieuxsoumettre la population», indique-t-il, précisant à ce titre que dans certaines pièces théâtrales, «on peut trouver des femmes en tenue chaouie présentées comme des villageoises kabyles».C'est un peu ce qui fait dire au jeune amateur que les pièces de théâtreréellement algériennes sont encore rares et elles émanent généralement des troupes de théâtre amateur issues des associations culturelles locales. Mais là encore, le public n'est pas attiré, tant la qualité des ?uvres proposées laissetoujours à désirer, les auteurs n'ayant pas bénéficié d'une formation adéquate.A ce titre, le Théâtre régional Kateb- Yacine de Tizi Ouzou, qui fonctionne toujours sans directeur depuis le printemps 2011, propose des pièces de théâtre quasi-quotidiennement, mais le public n'est pas toujours au rendez-vous, à l'exception des proches, des amis et les habitants du village d'origine de la troupe de théâtre présentant son ?uvre. Cette institution accueille cependant un peu plus de monde durant le week-end et le mardi après-midi à l'occasion de laprésentation de pièces théâtrales destinées aux enfants. Les pouvoirs publics ont un rôle primordial dans la promotion et le développement de la qualité de l'activité théâtrale, notamment avec un apport financier conséquent aux troupes théâtrales activant sérieusement dans la wilaya, mais aussi avec uneformation sérieuse dont pourraient bénéficier les responsables de ces troupes et leurs comédiens.M. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : La Tribune
Source : www.latribune-online.com